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Eglise Saint-Pierre à Caen, décor Renaissance sur le chevet

Remplaçant une église romane du XIIe siècle, l'église Saint-Pierre actuelle a été construite du XIIIe au XVIe siècle, en pierre de Caen. Sa particularité est de conjuguer plusieurs styles d'architecture : le gothique rayonnant, le gothique flamboyant et le style Renaissance. Ainsi la façade occidentale (XIVe siècle) relève du gothique rayonnant, la balustrade du triforium est en gothique flamboyant (comme celle de l'église Saint-Jean - à Caen également), tandis que l'abondance des sculptures en pierre des chapelles rayonnantes rappelle la Renaissance italienne. Autre point caractéristique : la nef se compose de deux parties construites à deux époques différentes (XIIIe et XIVe siècles).
En 1793, l'église Saint-Pierre est transformée en Temple de la Raison. En 1944, située dans un quartier durement touché par les bombardements anglais, l'église voit la flèche de son clocher et son toit détruits. Saint-Pierre fait l'objet d'un programme de restauration en 1952-1953.


Aspect général de la nef de l'église Saint-Pierre à Caen
XIIIe et XIVe siècles
Eglise Saint-Pierre à Caen, la façade
La façade ouest de l'église Saint-Pierre à Caen, avec ses deux niveaux, est
caractéristique du gothique rayonnant. La tour-clocher du XIVe siècle culmine à 80 mètres.

La voûte offre une belle discontinuité : les cinq premières travées datent du XIVe siècle, les six suivantes du XIIIe. Sur celles-ci, les voûtes à clés pendantes ont été mises en place au XVIe siècle. Les cinq travées construites au XIVe (au premier plan) ne sont pas exactement dans le prolongement des six travées du XIIIe, ce qui est tout à fait perceptible sur la photographie.


Saint-Pierre vue du chevet avec ses magnifiques sculptures Renaissance qui sortent tout juste de restauration
Les arcs-boutants le long de la nef sont ornés de motifs en gothique flamboyant.
Eglise Saint-Pierre à Caen, décor Renaissance sur le chevet
Sculptures de style Renaissance sur le chevet (en pierre de Caen)

Balustrade typiquement Renaissance visible sur le chevet
Ce genre d'ornementation est en net contraste avec le gothique du reste de l'édifice.

A DROITE : Le quartier et l'église devaient apparaître ainsi dans la 1ère moitié du XIXe siècle ---»»»
En 1862, la rivière Odon a été couverte, les maisons sur son bord détruites.
Le boulevard Saint-Pierre a été créé à la place.
Eglise Saint-Pierre à Caen, tableau de William Fowler
«Vue de l'église Saint-Pierre de Caen»
Tableau de William Fowler (actif à Londres de 1825 à 1867), musée des Beaux-Arts de Caen.

La pierre de Caen. La région de Caen peut s'enorgueillir de posséder des gisements de pierre calcaire blonde, presque blanche, une pierre de construction connue dans le monde entier. Les plus beaux bâtiments ont été réalisés avec ce matériau, dont la célèbre Tour de Londres. Il y a 150 millions d'années, au Jurassique, un large banc calcaire s'est constitué entre Falaise et Bayeux. À cette époque, la Normandie était recouverte par des eaux peu profondes où les sédiments côtiers se sont déposés. Ils forment aujourd'hui le calcaire de Caen... qui cache une multitude de vestiges fossiles (animaux et végétaux, notamment des crocodiles). Le banc se compose de trois strates. Le premier (et le plus en bas) est le «banc bleu». Épais de sept à huit mètres, il contient beaucoup de marne, ce qui le rend impropre à la construction. Au-dessus, sur vingt à vingt-cinq mètres de hauteur, se trouve la célèbre pierre de Caen, qualifiée de roche «biopelmicrite». Grâce aux propriétés de ses cristaux, c'est la micrite, en proportion importante dans le calcaire, qui permet de lisser la pierre parfaitement. Évidemment, la couche de calcaire de Caen n'est pas uniforme. Plus ou moins dure, elle est destinée à la construction, au pavage ou à la sculpture.
Déjà utilisée par les Romains, la pierre de Caen a connu un regain d'exploitation au VIIe siècle, notamment pour la construction de sarcophages (qui seront remplacés au XIVe siècle par des cercueils en bois). C'est au duc Guillaume le Bâtard que l'on doit le développement à grande échelle de la pierre de Caen. Nous sommes dans la seconde moitié du XIe siècle. Délaissant la ville de Fécamp et son château aujourd'hui en ruine, il choisit Caen pour capitale de son duché. Mais l'endroit n'est qu'une bourgade. Il faut construire le château et aménager le port. Et bâtir les deux abbayes que le duc s'est engagé, auprès du pape, à ériger en expiation de la faute née du lien de consanguinité (pourtant assez éloigné) qu'il possède avec son épouse Mathilde. Cette tâche grandiose commence vers 1060. Caen n'est plus qu'un vaste chantier où s'amoncellent les tas de pierre de Caen.

Construction de la Tour de Londres avec de la pierre de Caen
Construction de la Tour de Londres avec de la pierre de Caen
Maquette du musée de la Tapisserie de Bayeux
Le chevet de l'église Saint-Pierre Depuis la restauration du chevet, la partie orientale de Saint-Pierre brille de mille feux.

La pierre de Caen (suite) ---»»» La ville de Caen bénéficie d'un promontoire rocheux, idéal pour la sécurité d'un château féodal. Il faut néanmoins en redresser la paroi et, au nord, creuser un profond fossé pour assurer la défense de la forteresse. Or le site baigne littéralement dans la pierre de Caen. Les carrières seront donc à ciel ouvert et permettront d'alimenter facilement la construction en matériau. Les pierres des abbayes promises au pape viendront des autres carrières de la ville, minorant ainsi le coût du transport.
Après sa victoire à Hastings, Guillaume le Bâtard devient Guillaume le Conquérant. Lanfranc de Pavie, nommé évêque de Canterbury, fait reconstruire en pierre de Caen la cathédrale détruite par un incendie trois ans plus tôt. De très nombreux monuments anglais vont suivre, bâtis avec le même matériau (soit en totalité, soit pour des parties sculptées) : Tour de Londres, châteaux de Winchester, Rochester et Durham, cathédrales de Norwich, Chichester et d'Exeter, etc. Le port de Caen dut connaître une activité frénétique. Pour qui connaît l'Angleterre, il est certain que la blancheur de cette pierre la différencie de ses sœurs anglaises. Ainsi, le marron foncé des pierres du palais de Hampton Court, quand on se faufile à l'extérieur entre les murs, fait parfois penser à une prison...
Le coût du transport de la pierre de Can, par mer ou par route, est énorme. La pierre pèse lourd. Aussi va-t-on chercher très tôt à ne transporter que l'indispensable : grâce à des gabarits fournis par les maîtres-constructeurs qui dirigent sur place les édifices à élever, la sculpture est faite dans les carrières, donc sur le lieu d'extraction, afin de n'expédier qu'une pierre déjà moulurée. Une fois arrivée à destination, ce matériau sera directement utilisable. Au XIIe siècle, cette technique se généralise. Ce qui explique que les carrières caennaises soient jonchées de déchets de taille. Le progrès ne s'arrête pas. Les tailleurs de pierre se spécialisent : les mêmes carrières

La pierre de Caen (suite) ---»»» fournissent les mêmes objets.
L'usage de la pierre de Caen décline au début du XVIIe siècle. À la fin du XIXe siècle, le tiers du trafic du port de la ville est encore assuré par le calcaire, le reste est occupé par les céréales et le charbon. Au début du XXe, son commerce a pratiquement disparu. La pierre a été remplacée par la brique et le ciment, moins chers. Après le bombardement de juin 1944, qui a rasé la ville, des tonnes de pierres de Caen ont pu être récupérées et réutilisées pour la reconstruction et la restauration.
Mises à part la Normandie et l'Angleterre, on trouve des bâtiments construits avec ce matériau en Bretagne, en Aquitaine (Bordeaux, Marmande), à Paris et même aux Bermudes (ancienne possession anglaise) où la cathédrale a été bâtie en pierre de Caen.
Aujourd'hui, en ce début du XXIe siècle, les chantiers en pierre de Caen redémarrent. Essentiellement pour la restauration des bâtiments médiévaux : hôtel de ville de Caen, château de Caen, églises ornées de nombreuses sculptures gothiques. Le travail ne manque pas. Plus de vingt millions de mètres cubes : c'est le volume estimé que l'on a retiré du sous-sol depuis le début de l'extraction. Le Musée mémorial de la Bataille de Normandie a été entièrement bâti en pierre de Caen. Des architectes étrangers, et notamment anglais, viennent s'informer en Normandie des techniques de restauration car leurs édifices en pierre de Caen subissent eux aussi l'usure du temps.
Source : «La Pierre de Caen» de Pascal Leroux, OREP Éditions, ISBN 978-2-915762-68-6

Le port d'arrivée des pierres depuis la Normandie
Construction de la Tour de Londres avec de la pierre de Caen : le port d'arrivée des pierres depuis la Normandie
Maquette du musée de la Tapisserie de Bayeux

Le chœur et l'abside de Saint-Pierre
La pluie de bombes qui est tombée sur la ville en juin 1944 a évidemment soufflé
toute la verrière. Les vitraux sont contemporains.
Remarquez la clé pendante du chœur
Élévations sud dans le choeur
Elévations du XIIIe siècle dans le chœur. Elles sont à deux niveaux et répondent
au modèle normand : grandes arcades en arc brisé et fenêtres hautes qui dominent un triforium.
Comme à Saint-Jean de Caen, il est ouvert et possède une balustrade en gothique flamboyant

Le chœur de Saint-Pierre remonte au XIIIe siècle. À l'origine, il était plat et possédait une grande verrière. Le tout a été détruit en 1520 pour être remplacé par un chevet avec déambulatoire ouvrant sur cinq chapelles rayonnantes. De cette époque date une conjugaison de styles (gothique flamboyant et Renaissance) que l'on rencontre partout dans cette partie de l'église. Tout au-dessus du maître-autel se trouve une gigantesque clé pendante (donnée en gros plan dans la photographie ci-dessous).


Le maître-autel de Saint-Pierre est de style Louis XVI

Une impressionnante décoration en gothique flamboyant
sépare les arcades du chœur et les fenêtres hautes de l'abside
(partie supérieure de la photographie).
Eglise Saint-Pierre à Caen, clé-de-voûte Saint-Pierre
Clé pendante au-dessus du chœur
Elle fait plus de trois mètres de haut et représente saint Pierre. Sa statue est une copie de l'original ci-dessous.

Vitrail contemporain
La Vierge face à un monstre à la Bête de l'Apocalypse.
Eglise Saint-Pierre à Caen, original de la clé pendante de Saint-Pierre au-dessus du maître-autel
Statue de saint Pierre

Original de la clé pendante
au-dessus du chœur

Déambulatoire nord
Sa voûte est à structure gothique, mais sa décoration est Renaissance.
Eglise Saint-Pierre à Caen, vitrail
Vitrail contemporain

«Je te donnerai les clés du
Royaume des Cieux»

Vue de Saint-Pierre sur une gravure de la deuxième moitié du XIXe siècle
(La rivière Odon a été couverte en 1862.)

Déambulatoire coté sud. Au fond, la chapelle de la Vierge

«««--- À GAUCHE
Lithographie du XIXe siècle (Les Arts du Moyen Âge)
«Fin des XVe et XVI siècles - Vue intérieure d'une partie des collatéraux
et du chœur de l'église de Saint-Pierre de Caen (...)»
Eglise Saint-Pierre à Caen, les vitraux de l'abside
Vitraux modernes de l'abside entourés d'une décoration en gothique flamboyant
Cliquez sur l'image pour l'afficher en gros plan.

«L'abside de l'église Saint-Pierre à Caen», huile sur toile, 1861
Tableau de François d'Herbès (1805-1877), musée des Beaux-Arts de Caen
Eglise Saint-Pierre à Caen, la façade vue de l'intérieur et la rosace
L'intérieur de la nef de Saint-Pierre, du côté de la façade

L'architecture est trop fragile pour y installer un orgue de tribune.
Saint-Pierre est ainsi l'une des rares églises à exhiber une belle
rosace sans la cacher par un buffet d'orgue.

Vitrail contemporain

«Avant le chant du coq, tu me renieras trois fois»
Eglise Saint-Pierre à Caen, chapelle rayonnante de la Vierge
Chapelle de la Vierge dans le déambulatoire
Le style de la voûte est qualifié de «gothique tardif».

La chaire à prêcher de Saint-Pierre, de style néo-gothique
Pas d'information officielle précise sur cette chaire
À DROITE, la cuve de la chaire ---»»»
Son aspect général et les très belles sculptures sur bois visibles dans
la photographie de droite la feraient dater du XIXe siècle.
Eglise Saint-Pierre à Caen, détail de la rosace de la façade
Le centre de la rosace de la façade vu en gros plan
Vitrail contemporain

La voûte d'un bas-côté. Elle date du XVe siècle,
après l'élargissement des collatéraux.
Eglise Saint-Pierre à Caen, sculptures sur bois sur la chaire à prêcher

Gros plan sur les sculptures en gothique
flamboyant dans le chœur

La chaire à prêcher vue du bas-côté sud.
Elle ressemble à celle de l'église Notre-Dame à Niort

L'orgue contemporaine accrochée
«en nid d'hirondelle» à l'élévation nord

Source : «Caen» de Xavier Barra i Altet, Editions Jean-Paul Gisserot et panneaux documentaires dans l'église
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