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Page créée en nov. 2014
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Statue de saint Antoine le Grand dans le chœur

L'église Saint-Antoine-des-Quinze-Vingts a été érigée en 1902 par l'architecte Joseph-Émile Vaudremer (1829-1914) aidé de Paul Bischoff et Lucien Roy. La municipalité voulait remplacer la chapelle de l'hospice des Quinze-Vingts, devenue église paroissiale en 1802, trop petite pour une population en augmentation. Rappelons que c'est Louis IX qui créa l'Hospice des Quinze-Vingts en 1259 pour accueillir trois cents aveugles (15 fois 20).
L'église, construite en brique et en pierre, est de style néo-roman. Certaines parties et décorations sont typiques de l'Art nouveau de l'École de Nancy. Sa verrière a été réalisée par l'atelier parisien Charles Champigneulle. Avec sa série de saints, elle demeure très académique.
En revanche, la petite coupole du chœur est conçue d'une manière assez révolutionnaire pour l'époque (1902) : du verre moulé lié par du ciment. La technique allait être largement reprise. En 1937, à l'église parisienne Sainte-Odile, François Décorchemont utilisera le ciment pour lier sa pâte de verre dans la confection de sa grande verrière.
L'église Saint-Antoine-des-Quinze-Vingts est toute proche de la gare de Lyon. Si vous avez du temps avant de prendre le train, n'hésitez pas à y faire un tour. En semaine, elle est ouverte toute la journée.

Saint Antoine le Grand en prière dans la peinture murale de Georges-Victor Claude
La nef de l'église Saint-Antoine-des-Quinze-Vingts à Paris
La nef de l'église Saint-Antoine-des-Quinze-Vingts vue de l'entrée.

La façade néo-romane et le clocher.
Avenue Ledru-Rollin, Paris 12e.

Décorations florales et entrelacs sur le haut de la façade.

Architecture intérieure.
Les deux côtés de la nef sont scandés d'arcades en plein cintre, surmontées d'une arcature gémellée au niveau des tribunes.
Les arcades sont séparées par de lourds piliers nus. À leur sommet, un chapiteau massif et élancé, de forme peu classique, reçoit la retombée de l'arc-doubleau.
Les tribunes sont éclairées par des vitraux en verre blanc. Au troisième niveau, la suite de saints qui orne la verrière ne suffit pas à éclairer convenablement l'édifice, qui reste assez sombre.


Élévations droites dans la nef.
Il n'y a pas de vitraux au premier niveau. C'est pourquoi l'église est assez sombre.

Le Sacré-Cœur.
Atelier Charles Champigneulle, Paris, 1911.

Chemin de croix, station 1 :
Le Lavement de pieds.

Les bas-côtés aboutiseant aux autels absidiaux.
À l'arrière-plan, l'autel de la Vierge.

La tribune et les lourds piliers néo-romans.
Une étroite frise néo-romane suit la courbure des arcades tout au long de la nef.

«««--- Les plaques (en grès ?) du Chemin de croix sont fixées au-dessus des arcades des bas-côtés.

Ainsi se présente, au 3e niveau de l'élévation, la série des vitraux consacrés aux saints.
Un vitrail central est dédié au saint patron d'un donateur pour la construction de l'église (ici sainte Julitte).
Il est entouré de deux vitraux à formes géométriques enrichis de prières.
Atelier Charles Champigneulle, Paris, 1911.

Autel absidial gauche de la Vierge.
Style Art nouveau.

Saint Antoine le Grand (1/4)
La dédicace des églises à ce saint homme est moins répandue que celle à saint Antoine de Padoue. Il est vrai que celui qui est regardé comme le fondateur de l'érémitisme chrétien n'a pas une vie très passionnante : des prières dans une grotte, des leçons d'édification morale à ses quelques disciples, et des histoires farfelues de démons vicelards qui veulent son âme. La Tentation de saint Antoine est un thème très illustré par les peintres. En 1946, Salvador Dali en a fait un tableau parmi les plus réputés : des éléphants magnifiquement stylisés présentent au saint homme les tentations de ce monde, dont deux femmes nues offrant leur corps à la concupiscence des mâles...
La vie de saint Antoine nous est connue par la Légende dorée de Jacques de Voragine. Elle est également relatée par d'autres exégètes comme, au XIXe siècle, le père Giry dans son important ouvrage sur la vie des saints. Un ouvrage qui donne évidemment, selon la mode religieuse de l'époque, dans l'édification et l'invention.
Antoine naît en Haute Égypte en 251, dans le petit village de Come, Dèce étant empereur de Rome. Ses parents sont riches, nobles et catholiques. Ils choisissent de l'élever à l'écart des autres pour qu'il reste pur. «(...) il passa sa jeunesse dans une grande innocence : sobre, religieux, obéissant, et aimant, comme Jacob, à demeurer dans la maison de son père», écrit le père Giry. Vers vingt ans, ses parents décèdent. Il reste seul avec une sœur.
Sa vocation se dessine quand il entend lire dans une église cette parole de l'évangile de Matthieu : «Si tu veux être parfait, va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres, suis-moi, et tu auras un trésor au ciel.» Alors, il vend tous ses biens, les distribue aux pauvres, place sa sœur auprès de filles vertueuses et part dans le désert.
À cette époque, les monastères n'existent pas encore. Ceux qui font retraite sont des ermites : ils travaillent de leurs mains en gardant le strict minimum pour survivre, prient, lisent les Écritures et se rendent visite les uns les autres. Antoine, par sa dévotion, y gagne bientôt une réputation de sainteté.
Voyant une vie si parfaite, le démon décide de le tenter.

Les motifs ne manquent pas : regret d'avoir quitté le monde, doute sur sa condition, attrait de la sensualité ; tout s'accumule dans des nuits de cauchemars. Mais rien n'y fait. Les prières et les mortifications sont les plus fortes. Alors le démon prend forme humaine, se jette à ses pieds et s'avoue vaincu.
Antoine se retire dans un sépulcre, nourri seulement grâce à la bienveillance d'un ami. Le sachant abandonné de Dieu, parce qu'Il souhaite éprouver sa foi, le diable revient à la charge et redouble ses assauts contre le saint homme. Au point de le laisser évanoui et couvert de plaies. Après avoir guéri de ses blessures, c'est toute une sarabande de démons qui se déchaîne. «(...) Antoine vit paraître des figures horribles de lions, de taureaux, de loups, d'aspics, de serpents, de scorpions, d'ours, de tigres et d'autres bêtes sauvages, lesquelles, chacune à l'envi, s'efforçaient de l'épouvanter et de lui nuire (...)», écrit le père Giry dans sa vie des Saints.
Grâce à la prière et l'aide de Dieu, l'ermite tient bon. Il a alors trente-cinq ans et décide d'aller vivre au-delà du Nil, en haut d'une montagne, dans un vieux château où pullulent les serpents.
Jusqu'à présent, Antoine était un ascète, nom donné à l'époque à ceux qui se retiraient du monde pour s'adonner à la prière et à la mortification. Ces religieux restaient à proximité des villes ou bien vivaient dans les villes elles-mêmes. Certains, pourtant, que l'on qualifie aussi d'ascètes, se rendaient utiles et prenaient en charge un ministère ecclésiastique ou l'instruction du peuple.
Avec son départ au-delà du Nil, nous apprend le père Giry, Antoine change de catégorie : d'ascète, il devient anachorète. Et la vie qu'il va embrasser dans le désert, loin de tout lieu habité, va faire de lui le père de la vie monastique et érémitique. Revenons au château : les serpents lui cèdent la place et l'enceinte lui sert de cellule. Un ami le ravitaille en pain et en eau deux fois l'an, depuis le toit pour qu'Antoine ne le voie pas. Mais les esprits malins continuent de le harceler par des tentations de toutes sortes qui ne font que redoubler sa ferveur et sa foi.
Arrivée à ce point, la vie de saint Antoine le Grand, dans la Légende dorée, n'est plus qu'une succession de sentences et de morales édificatrices à la suite de discussions avec ses disciples.
--»» Suite 2/4 plus bas.


Chemin de croix, station 2 : Jésus est condamné.

Dessin sur la voûte (au-dessus des arcs doubleaux).
On donne ici le cheval, le paon et le poisson.

Saint Adrien.
Atelier Champigneulle, Paris, 1911.

Saint Joseph
Atelier Champigneulle, PAris, 1911.

L'entrée du chœur et du bas-côté droit jusqu'à l'autel Saint-Joseph dans l'absidiole droite.
Chemin de croix, station 11 : Jésus est cloué sur la croix ---»»»
et station 14 : Jésus est remis à sa mère

Autel absidial dédié à saint Joseph.

L'Art nouveau.
Les autels absidiaux se rapprochent du style Art nouveau de l'École de Nancy. On remarque ici des teintes assez neutres : le beige et le crème contrastent avec une série de bruns, dont une partie est relevée par des rinceaux. Aucun élément ne doit se détacher de l'ensemble. Tout est harmonieux, noyé dans une dominante marron clair.
Voir plus bas la décoration autour de l'orgue de chœur qui offre un aspect encore plus net de l'Art nouveau de l'École de Nancy.


Saint Louis.
Saint Louis (Louis IX) est le fondateur
de l'hospice des Quinze-Vingts en 1259,
créé pour accueillir trois cents aveugles.

Saint Antoine de Padoue.
Le culte de ce saint (toujours représenté
avec l'Enfant Jésus sur un bras)
est plus répandu que celui de
saint Antoine le Grand.

Le chœur et la chapelle axiale sont séparés par une grille.
L'important orgue de chœur est visible sur la tribune à gauche.

Sainte Élisabeth de Hongrie, détail.
Atelier Charles Champigneulle, Paris, 1911.

Le Christ en croix dans le chœur.

Chemin de croix, station 8 :
Jésus tombe pour la troisième fois.

Saint Antoine le Grand dans le chœur.

Saint Eugène.
Atelier Charles Champigneulle, Paris, 1911.

Saint Antoine le Grand (3/4).
---»» Arrive la querelle de l'arianisme. Arius, théologien alexandrin, soutient que Jésus est d'abord homme avant d'être dieu, que la divinité n'est pas égale entre le Père et le Fils, affirmations qui suscitent un beau tollé.
Nous sommes aux alentours des années 320. Sur sa montagne, Antoine est aux premières loges. Il écrit à Balac, juge arien, cruel envers les catholiques, mais ne fait que provoquer ses rires.
En punition, cinq jours plus tard, son cheval le renverse et le mord plusieurs fois à la cuisse. Balac meurt quarante-huit heures après.
Dieu fait voir en esprit à Antoine la désolation d'Alexandrie après la mise à sac des sanctuaires par les Ariens. Devant les larmes du saint, Il l'informe que l'Église en sortira victorieuse.
Saint Athanase l'appelle à Alexandrie pour s'opposer, par ses discours de sagesse et sa parole inspirée de Dieu, aux prédicateurs ariens. Il s'y rend.
Revenu à sa montagne, Antoine correspond avec les puissants de ce monde, y compris Constantin Ier, premier empereur chrétien.
--»» Suite 4/4 plus bas.

Les peintures murales du chœur.
De style très académique, elles sont l'œuvre de Georges-Victor Claude (1854-1921). La vie de saint Antoine y est illustrée dans deux tableaux donnés plus bas : 1) Antoine, jeune, distribue ses biens aux pauvres ; 2) devenu ermite, il prie pour chasser les tentations. Cette deuxième scène a été largement illustrée par les peintres.
De l'autre côté du chœur, Claude a représenté un des Docteurs de l'Église, saint Grégoire le Grand, pape de 590 à 604, auteur d'un sacramentaire qui est la source du missel romain, et une sainte Cécile, vêtue de vert et de blanc, jouant de la lyre.


Le chœur et ses peintures murales ne peuvent se passer de lumière artificielle.
Le caractère néo-roman de l'édifice transparaît très bien dans la suite d'arcades sur deux niveaux dans la nef.

Saint Antoine le Grand (2/4).
---»» Le récit du père Giry est plus prolixe. On apprend ainsi que l'antre de l'ermite ne reste pas inconnue. Les visiteurs lui demandent aide, conseils et guérison de leurs maux. Tous entendent le bruit infernal des démons qui tourmentent le saint.
Giry écrit ainsi : «La sainteté de vie du bienheureux Antoine donna tant d'admiration que, du lieu où il était, sa réputation se répandit par toute la terre, traversant l'Afrique, l'Italie, l'Espagne et la France, jusqu'aux provinces les plus éloignées ; de sorte que plusieurs troupes d'hommes touchés de l'esprit de Dieu accoururent au désert pour suivre ses traces et vivre sous sa conduite.» Sans craindre l'exagération, le père ajoute : «Pour cet effet, on fonda plusieurs monastères, et les déserts furent tellement remplis, qu'ils semblaient être des villes peuplées d'habitants célestes.»
Côtoyant ses disciples, Antoine va tracer sa règle de conduite, faite de joie de vivre, d'humilité, de discrétion et de mépris des choses terrestres.
Pour la gloire du Christ, il recherche le martyre. En l'an 311, l'empereur Maximin rallume la persécution contre les chrétiens à Alexandrie. Antoine s'y rend, espérant y trouver la mort. Il assiste ses coreligionnaires devant les juges, les accompagne sur le lieu de leur supplice, mais rien n'y fait. Il n'est pas arrêté. Sur ordre, tous les religieux sont expulsés de la ville, mais lui décide de rester et s'exhibe dans une belle robe blanche sur la place publique. Peine perdue. Dieu ne veut pas de lui.
Alors il s'en retourne à son monastère et se jette derechef dans les prières et les mortifications.
Il faut commenter cette partie du récit du père Giry. À Alexandrie, l'ermite ne fait aucune provocation, n'attaque pas les dieux des autres et ne s'oppose nullement à leur culte. À lire le père Giry, Antoine se contente d'aider ses frères et de se montrer ostensiblement dans la rue. Bien sûr, Giry et notre saint en concluent que Dieu, refusant sa mort, l'attend pour d'autres missions parmi les hommes.
Donnons une interprétation plus factuelle : les autorités n'ont aucun motif pour l'arrêter. Le récit donne en fait un exemple de la tolérance romaine : vous n'attaquez pas mes dieux, je ne m'attaque pas à vous. La plupart du temps, les chrétiens provoquaient le Pouvoir en refusant de sacrifier aux dieux de l'Empire. Cette attitude était interprétée comme le rejet des lois de Rome, l'irrespect envers l'Empereur et donc le choix délibéré du statut d'ennemi de l'État. Ou plus grave encore, ils détruisaient les statues des dieux. Et la peine de mort suivait. Dans le récit du père Giry (tirée de l'histoire rapportée par saint Athanase), personne ne demande à Antoine de sacrifier aux dieux (ce qu'il aurait sûrement refusé de faire). Aussi, ne faisant aucun mal et respectant les lois de l'Empire, peut-il aller et venir à sa guise.
Revenu dans sa cellule, plongé dans sa ferveur, le saint multiplie les miracles auprès de tous ceux qui le visitent. Il chasse les maladies et les possessions. Cependant, craignant un excès de réputation, il décide encore une fois de partir et s'en va en haute Thébaïde, un lieu où il n'y a que des hommes sauvages. En chemin, une voix lui commande de changer de route. Plutôt que d'aller au sud, il doit se diriger vers l'orient, vers la mer Rouge.
Après trois jours de marche, il arrive au mont Colzim et s'établit au pied de la montagne, dans une étroite grotte, tandis qu'une autre cellule, en haut du massif, lui sert de refuge quand il a besoin de solitude. Car sa grotte est bientôt découverte. Les religieux affluent. Pour ne pas vivre au crochet des autres, il cultive la terre, partage ce qu'il récolte, travaille de ses mains et se fait obéir des bêtes sauvages auxquelles il ordonne de respecter le fruit de son travail.
Le démon continue de le harceler : il assemble des animaux féroces pour l'épouvanter, l'empêche de jouir de la félicité spirituelle quand il prie, ou encore lui impose des tentations et des visions de diables tourmenteurs des âmes pécheresses. Antoine surmonte le mal à force de nuits de prières, de ravissements et de joie.
---»» Suite 3/4 plus bas à gauche.


«Saint Antoine distribue ses biens aux pauvres»
Peinture de Georges-Victor Claude (1854-1921) dans le chœur.
Saint Antoine en prière chasse les tentations
«Saint Antoine en prière chasse les tentations»
Peinture de Georges-Victor Claude (1854-1921) dans le chœur.

Le chœur, l'orgue de chœur (Merklin) et les peintures de Georges-Victor Claude.

La Mère de Dieu.
Atelier Charles Champigneulle, PAris, 1911.
Sainte Cécile jouant de la lyre
Sainte Cécile jouant de la lyre.
Peinture murale de Georges-Victor Claude (1854-1921).

L'Art nouveau.
La photo de l'orgue de chœur ci-dessous est un bon exemple du style Art nouveau tel qu'on peut l'apprécier au musée de l'École de Nancy. L'uniformité des bruns est frappante. L'œil ne détecte aucun contraste entre celui du buffet de l'orgue, celui du parapet et celui du mur. Tout cela crée une ambiance morne et triste, surtout quand ce style et cette teinte s'étendent aux quatre murs d'une pièce et à son plafond.


L'Art nouveau resplendit dans cette uniformité des bruns autour de l'orgue de chœur et des peintures murales.

Vitrail figuratif moderne.

Sainte Cécile jouant de la lyre, détail.
Peinture murale de Georges-Victor Claude (1854-1921).

Rare statue de la Vierge embrassant l'Enfant, détail.
«««--- Les trois vitraux figuratifs de l'abside s'harmonisent bon an mal an
avec la rosace de la Crucifixion au-dessus. Atelier Duchemin (2005)

«Saint Antoine distribue ses biens aux pauvres», détail.
Peinture de Georges-Victor Claude (1854-1921) dans le chœur.

«Saint Antoine en prière chasse les tentations», détail.
Peinture de Georges-Victor Claude (1854-1921) dans le chœur.

Saint Antoine le Grand (4/4).
---»» Parmi les religieux, on commence à l'appeler «le Grand». Ses disciples fondent un premier monastère (Pispir) à douze lieues de sa grotte, distance fixée par l'ermite lui-même. Celui-ci s'y rend souvent et s'entretient avec les visiteurs, après qu'ils ont été reçus par Macaire, futur saint lui aussi. Les autres monastères fondés par ses disciples auront moins souvent l'honneur de sa visite.
Enfin, il apprend par révélation que sa mort approche. Comme il ne veut pas être embaumé, pratique qu'il condamne, il demande à Macaire et Amathas - qui l'assistent dans les dernières années de sa vie - de l'enterrer dans un lieu qu'ils garderont secret. Sa mort survient le 17 janvier 356, âgé de cent cinq ans, écrit le père Giry. Qui poursuit, fidèle à son désir d'édifier le lecteur : «C'était une chose merveilleuse qu'avec tant de longues et excessives pénitences que ce Saint avait pratiquées, il n'eut pas perdu une seule dent, que sa vue n'eut point diminué, et qu'il eut encore les jambes fermes et le corps robuste ; ce qui était une grande preuve de sa vertu, et de ce que Dieu opère miraculeusement en faveur de ses serviteurs.»
Plus tard, par révélation, Dieu fait connaître l'emplacement du tombeau. Le corps peut donc être transporté à Alexandrie, puis, vers 635, à Constantinople quand les Arabes conquièrent l'Égypte. En 1070, l'empereur grec Romain Diogène concède les reliques à Jocelin, l'un des barons du Dauphiné, province de la France actuelle. Les reliques arrivent à La-Motte-Saint-Didier, près de Vienne, où l'on construit une église pour les recevoir. Des moines bénédictins de l'abbaye de Montmajour, près d'Arles, sont appelés pour en assurer la garde.
En 1090, une maladie terrible, le Mal des ardents se répand dans plusieurs régions et seule l'invocation à saint Antoine soulage les malades. Alors pèlerins et affligés affluent dans l'église Saint-Antoine de La-Motte-Saint-Didier. Un dénommé Gaston, dont le fils a été guéri du Mal des ardents, fait construire un hôpital à côté de l'église. Ainsi commence l'histoire de l'ordre des Antonins, approuvé par le pape Urbain II en tant que société de frères hospitaliers.
Mais hospitaliers et Bénédictins se querellent. En 1297, le pape Boniface VIII met un terme au conflit : il érige le prieuré de Saint-Antoine en abbaye et en chasse les Bénédictins de Montmajour. Restés seuls, les Antonins vivront désormais sous la règle de saint Augustin.
L'ordre eut de nombreuses maisons, appelées, comme chez les Templiers, des commanderies. Il fut incorporé à celui de Malte en 1776 et 1777 par bulles papales. À la Révolution, nous dit le père Giry, il existait encore soixante-six Antonins. Aujourd'hui, La-Motte-Saint-Didier, en Isère, est devenu Saint-Antoine-l'Abbaye.
L'église abbatiale, érigée entre le XIIIe et le XVe siècle, abrite les reliques de saint Antoine le Grand.
Sources: 1) «Vie des saints» du père Giry, édition de 1862 ; 2) «La Légende dorée» de Jacques de Voragine, éditions Diane de Selliers.


Le chœur, précédé des statues de saint Antoine et de saint Louis, est légèrement surélevé par rapport à la nef.

Rosace de la Crucifixion dans l'abside.
Aucune information n'a pu être trouvée sur l'atelier qui l'a créée.
Ce n'est pas vraiment le style de l'atelier Champigneulle.

Une sainte dans la chapelle axiale.

Saint Grégoire le Grand.
Peinture de Georges-Victor Claude (1854-1921).

Un ange joue de la lyre dans la rosace de la Crucifixion.

Un ange en prière dans la rosace de la Crucifixion.

Un ange souffleur dans la rosace de la Crucifixion.

La coupole de verre, au-dessus du chœur, n'est pas d'une taille gigantesque. Elle mérite néanmoins
d'être observée dans une paire de jumelles pour y découvrir les moulures des verres. ---»»

Coupole : les verres moulés et liés par le ciment.

La coupole de verre.
C'est l'élément architectural le plus intéressant de l'église. Conçue par les ateliers Dorignies, cette coupole suit, à l'époque de sa conception, une idée toute nouvelle. C'est un assemblage de verres moulés, liés par le ciment. La photo ci-dessus montre, à droite, ces verres savamment moulés au centre de la coupole, et, à gauche, les verres des huit cadrans qui entourent le centre.


La chapelle axiale fait une impression étrange.
La grille qui la sépare du chœur rappelle celle d'un zoo ou d'un cirque,
quand le dompteur fouette l'air pour disposer de ses fauves...

Rosace de la Crucifixion, partie centrale.
Atelier inconnu

Modèle des vitraux dans la nef : le Sacré-Cœur est entouré de deux vitraux
en verre blanc, ornés de formes géométriques accompagnées de prières.
Atelier Charles Champigneulle, Paris, 1911.

Statue de la Vierge à l'Enfant.

Statue d'une sainte.
Saint Charles Borromée, détail. ---»»»
Atelier Charles Champigneulle; Paris, 1911.

Sainte Madeleine.
Atelier Charles Champigneulle, Paris, 1911.

Sainte Jeanne de Chantal.
Atelier Charles Champigneulle, Paris, 1911.

Rosace de la Crucifixion, partie basse.
Deux anges accompagnent le lion de Marc et le taureau de Luc.
Atelier inconnu.

Saint Marcel.
Atelier Champigneulle, Paris, 1911.

L'orgue de tribune est un Cavaillé-Coll de 1884
(révisé en 1909, 1983, 1992 et 2004).

Sainte Julitte, détail.
Atelier Champigneulle, Paris, 1911.

La nef de l'église Saint-Antoine-des-Quinze-Vingts vue du chœur.

Documentation : «Paris d'église en église», Massin éditeur
+ «Églises parisiennes du XXe siècle», Action artistique de la Ville de Paris, article : «Les matériaux ou les parures du béton» de Simon Texier
+ «La Légende dorée» de Jacques de Voragine, éditions Diane de Selliers
+ «Vie des saints» par le père Giry, Paris, 1862, article : «Saint Antoine le Grand, abbé».
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