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Page créée en mars 2011
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L'église Saint-Pierre-de-Chaillot date des années 1930. Au XIe siècle, il y avait une première église dédiée à saint Pierre et qui dépendait de l'abbaye de Saint-Martin-des-Champs. Une nouvelle église lui a succédé en 1740.
À la Révolution, cette église est dépouillée de son contenu et vendue comme bien national. Le Concordat la rouvre au culte et en fait une succursale de l'église de la Madeleine.
Les limites de Paris sont élargies en 1860. Le quartier de Chaillot est intégré à la capitale. Son aspect rural disparaît au profit d'hôtels particuliers assez chics. À cheval sur les 8e et 16e arrondissements, le quartier de Chaillot est l'un des plus huppés de Paris. La paroisse comptait 1 500 habitants. Elle va bientôt en rassembler 30 000.
En 1865, on dresse les plans d'une nouvelle église, mais la guerre franco-prussienne arrête tout.
Dans les années 1890, on dresse à nouveau des plans pour bâtir un nouvel édifice, mais, là encore, le déclenchement de la Grande Guerre met un terme au projet.
Avec la loi de Séparation de 1905, l'édifice devient propriété de la ville de Paris. C'est dans cette ancienne église Saint-Pierre-de-Chaillot que furent célébrées les obsèques de l'écrivain Marcel Proust, le 21 novembre 1922.
Dans les années 1920, l'épiscopat lance un ultime projet pour la construction d'une nouvelle église plus vaste. Des terres annexes sont achetées et rétrocédées à la municipalité. Seuls des dons privés vont financer la construction, mais la Ville en conservera la propriété parce que le nouvel édifice en remplace un précédent qui était au même endroit et qui lui appartenait déjà.
L'édifice a été bâti de 1931 à 1937 sur les plans d'Émile Bois (1875-1960), architecte en chef de la Ville de Paris. Il est inauguré le 18 mai 1938 par le cardinal Verdier, fondateur des Chantiers du Cardinal et archevêque de Paris.
De style romano-byzantin, l'église est en béton armé recouvert de pierre. Son intérieur un peu sombre s'orne de grandes fresques peintes sur le béton par Nicolas Untersteller (1900-1967). Les vitraux, peu nombreux, sont des créations des frères Mauméjean. Bas-reliefs et rondes-bosses sont d'Henri Bouchard (1875-1960).
Saint-Pierre-de-Chaillot compte parmi les grandes églises en béton de la capitale et se rapproche de l'église du Saint-Esprit dans le XIIe arrondissement. Proche de l'arc de Triomphe, elle accueille de nombreux visiteurs et fidèles.


Vue d'ensemble de la nef et de l'une des quatre grandes fresques de Nicolas Untersteller (1900-1967)
Elle illustre la vie apostolique de l'Église catholique.
ASPECT EXTÉRIEUR DE L'ÉGLISE SAINT-PIERRE DE CHAILLOT

L'église Saint-Pierre-de-Chaillot
vue de l'avenue Marceau.

Saint Pierre en majesté et bénissant
Henri Bouchard (1875-1960).
Les prélats du bas sont les cardinaux Dubois et Verdier.

Le clocher de Saint-Pierre-de-Chaillot
culmine à 65 mètres.

Le tympan triangulaire de la façade a été sculpté par Henri Bouchard (1875-1960).
Les bas-reliefs à gauche illustrent la vie évangélique de l'apôtre Pierre (du temps de Jésus).
Les bas-reliefs à droite relatent sa vie apostolique, sa vocation et son martyre.

Vie évangélique de l'apôtre Pierre, détail.
Henri Bouchard (1875-1960).

Vie apostolique de l'apôtre Pierre, détail.
Henri Bouchard (1875-1960).

Partie droite du tympan d'Henri Bouchard
La vie apostolique de saint Pierre se termine par sa crucifixion à Rome, la tête en bas.

Soubassement gauche du tympan d'Henri Bouchard : groupe d'apôtres.

Dans le groupe des apôtres, Henri Bouchard a remplacé Judas par
Matthias. Paul a pris la place de Pierre, déjà présent dans la mandorle centrale.
ASPECT INTÉRIEUR DE L'ÉGLISE SAINT-PIERRE DE CHAILLOT

La nef de l'église au niveau de la croisée.
A gauche, le bras gauche du transept. À droite, le chœur et l'abside.

Le Tétramorphe.
Vitrail des frères Mauméjean.

Architecture intérieure.
Sur un terrain de 3 260 m2, en forme de triangle presque équilatéral, l'architecte Émile Bois a conçu une église très originale et dont l'intérieur déroute un peu le visiteur.
Dans Paris et ses églises de la Belle Époque à nos jours, Isabelle Renaud-Chamska rappelle que le cahier des charges imposait de bâtir un monument qui, à l'extérieur et à l'intérieur, afficherait un caractère de grandeur et de simplicité digne de l'un des plus beaux quartiers de Paris. «Le sentiment qu'il doit exprimer, ajoutait le cahier, ne viendra pas tant de sa richesse que de sa pieuse et noble simplicité». Aux visiteurs de juger si l'intérieur est bien riche, pieux, noble et simple...
Inspiré de l'art byzantin, l'église est en forme de croix grecque. Le plan ci-contre montre une vaste coupole centrale octogone entourée de quatre coupoles plus petites.
On distingue trois parties de longueur égale :
- une nef (flanquée de bas-côtés surmontés d'une tribune) ;
- le carré du transept coiffé d'une coupole centrale de 45 mètres de haut et prolongé de deux bras terminés en pans coupés ;
- un chœur à cinq pans précédés de deux travées droites (et entouré d'un déambulatoire).
En dépit d'une hauteur impressionnante noyée dans une forte pénombre, l'église «invite au recueillement et rassure parce qu'elle est totalement lisible», écrit Isabelle Renaud-Chamska.
Pour l'historienne, le style romano-byzantin choisi par le maître d'ouvrage «s'inscrit en effet dans la tradition chrétienne millénaire, par goût des formes signifiantes qui parlent immédiatement aux fidèles.»
Arcades en plein cintre, coupoles sur pendentifs, baies effilées, baies en triplet, tout cela ressort de l'art roman et, effectivement, «parle immédiatement aux fidèles». Mais, pour ne pas heurter les traditions, il fallait en plus allier l'architecture et la décoration.
Émile Bois fit appel à deux artistes reconnus : le sculpteur Henri Bouchard (1875-1960), premier grand prix de Rome en 1929, chargé des bas-reliefs de la façade et des sculptures à l'intérieur de l'édifice ; et Nicolas Untersteller (1908-1968), prix de Rome en 1928, pour les peintures intérieures.


Plan de l'église Saint-Pierre-de-Chaillot.
Architecte Émile Bois (1875-1960).

Élévation gauche de la nef et ses statues d'apôtres du sculpteur Henri Bouchard.

Le bas-côté droit rappelle les bas-côtés de l'église du Saint-Esprit
dans le XIIe arrondissement de Paris.

La coupole octogonale au-dessus de la nef.
En son centre, Ducos de la Haille a peint Dieu trinitaire.

Dieu trinitaire peint par Ducos de la Haille.

Chapelle latérale gauche de la Sainte Famille.

Chapelle de la Sainte Famille
Au premier plan : l'autel avec le bas-relief d'Henri Bouchard
Derrière, le panneau de cuivre repoussé (réalisé par Touret) représente l'Ascension.

La Vierge de Chaillot, détail.
Statue en bois du XVIIIe siècle.
(Vestige de l'ancienne église).
LE TRANSEPT DE L'ÉGLISE SAINT-PIERRE DE CHAILLOT

Une coupole octogonale domine le carré du transept.

Chapelle de la Vierge dans le bras gauche du transept.

Arcade du transept et peintures de Nicolas Untersteller.
La partie arrière de la peinture illustre l'attribut CATHOLICA.

Les fresques de Nicolas Untersteller (1900-1968).
À partir de 1938, l'artiste Nicolas Untersteller peint quatre grandes fresques à la croisée du transept. Cette tâche lui a pris dix ans.
Il invente une nouvelle technique pour graver directement sur le béton. Dans Paris et ses églises de la Belle Époque à nos jours, Isabelle Renaud-Chamska explique le procédé. L'artiste grave les lignes principales de ses compositions sur une plaque de verre noircie. Puis, avec un appareil photographique, il projette ses lignes sur le mur et peut ainsi les tracer sur le béton facilement.
Il travaille ensuite le sillon obtenu avec un mélange de mortier de chaux et de pigments colorés. Ce qui forme des contours à l'intérieur desquels il peint directement «grâce à un liant de gomme adragante mêlé à de la poudre de fresque».
Le résultat s'harmonise très bien avec l'architecture.

La peinture d'Untersteller est un résumé du Credo de Nicée en 74 figures et scènes diverses. Ce credo représente la vie spirituelle de l'Église associée à ses attributs :
- Elle est UNE foi (à travers les sacrements, les fêtes liturgiques) ;
- Elle est SAINTE (béatitudes, vertus théologales, cardinales, vies des saints) ;
- Elle est CATHOLIQUE (donc universelle par le biais des grands évangélisateurs) ;
- Elle est APOSTOLIQUE (elle repose sur les apôtres, les évangélistes et les conciles).
Ces quatre attributs sont illustrés sur chacune des quatre élévations qui définissent le carré du transept.


Trois évangélisateurs dans l'attribut CATHOLICA : Carolus, Augustinus et Johannes. ---»»»
Fresque de Nicolas Untersteller.

Attribut APOSTOLICA de l'Église catholique.
Fresque de Nicolas Untersteller.

Attribut UNA de l'Église catholique.
Fresque de Nicolas Untersteller.

Les chapiteaux ont été sculptés par Pierre Seguin.


«««--- Lion de Marc et taureau de Luc dans le Tétramorphe.
Détail d'un vitrail de l'atelier Mauméjean.


Vitrail
Atelier Mauméjean

Attribut UNA, détail : saint Pierre.

Chapelle de la Vierge dans le bras gauche du transept.

Chapelle du Sacré-Cœur dans le bras droit du transept.
La statue du Sacré-Cœur est d'Henri Boucard.

Vierge à l'Enfant, détail.
Henri Bouchard (1875-1960).
LE DÉAMBULATOIRE DE L'ÉGLISE SAINT-PIERRE DE CHAILLOT

Le déambulatoire.
La sobriété de cette petite «chapelle» axiale rappelle celle des églises romanes.

«««--- Aigle de Jean et Ange de Matthieu dans le Tétramorphe.
Détail d'un vitrail de l'atelier Mauméjean.

L'entrée droite du déambulatoire.
LE CHŒUR DE L'ÉGLISE SAINT-PIERRE DE CHAILLOT

Le chœur de l'église Saint-Pierre de Chaillot est surélevé de cinq marches par rapport à la nef.
À l'arrière-plan, les zones éclairées correspondent au déambulatoire.

Le chœur et son élévation droite laissée sans parement sur le béton.

Le Calvaire au-dessus du chœur.
Bas-relief d'Henri Bouchard.

La nef et l'orgue de tribune vus du chœur
L'orgue de tribune est dû au facteur Birouste (1993)

Documentation : «Paris d'église en église», Massin éditeur
+ «Paris et ses églises de la Belle Époque à nos jours», Picard, 2007
+ «Les Chantiers du Cardinal», éditions Ouest France, 2011
+ documentation disponible dans l'église.
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