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Page créée en nov. 2018
Le Martyre de saint Étienne, vitrail Lobin, 1871, détail

L'église Saint-Étienne de Nevers est l'une des plus belles églises romanes de France. Elle nous est parvenue presque intacte depuis sa construction à la fin du XIe siècle. Des fouilles entreprises en 1974 éclairent ses antécédents : un monastère de moniales fut fondé au début du VIIe siècle, vraisemblablement par saint Colomban lui-même. En 1063, l'évêque de Nevers, Hugues de Champellement, y établit un chapitre de chanoines de Saint-Sylvestre... qui n'attira pas les foules. En 1068, il n'y avait plus qu'un seul moine. La vie revint quand, la même année, le comte Guillaume de Nevers et l'évêque Mauguin décidèrent de transférer le monastère et toutes ses dépendances à l'abbaye de Cluny.
C'est alors que l'église fut reconstruite. Le chantier bénéficia de la générosité de l'évêque Hugues, successeur de Mauguin, et de celle du comte de Nevers. Le 13 décembre 1097, sans doute non entièrement terminé, le nouvel édifice fut dédié au proto-martyr par l'évêque Yves de Chartres. À cette occasion, le comte Guillaume fit lire devant l'autel une longue charte énumérant les dons et privilèges qu'il accordait au monastère et au «bourg de Saint-Étienne» qui s'était formé aux alentours. Au XIIe siècle, un porche fut bâti devant la façade, sous lequel le bailli rendait la justice au nom des moines. Il fut démoli à la fin du XVIIe.
En 1420, un incendie détruisit les bâtiments du monastère. Ils seront reconstruits aussitôt. En 1475, on se livra aux seuls travaux qui altérèrent quelque peu l'ensemble de l'église : une sacristie fut bâtie entre la chapelle d'axe et la chapelle rayonnante au sud et, surtout, l'absidiole orientée dans le croisillon sud du transept fut remplacée par une grande chapelle carrée, voûtée d'ogives prismatiques et éclairée par une grande fenêtre de style flamboyant.
En 1554, l'abbaye est placée en commende. À la Révolution, les trois clochers sont abattus (voir l'encadré et le désaccord entre historiens à ce sujet) et l'église est transformée en magasin à fourrage militaire.
Bénéficiant de l'attention toute particulière de Prosper Mérimée, inspecteur général des Monuments historiques, elle est classée Monument historique dès 1841. Puis, de 1846 à 1851, elle subit une restauration très étendue au cours de laquelle les retables classiques sont ôtés. La sacristie du XVe siècle, située au niveau du chevet, est détruite. En 1910, la grande chapelle carrée dans le croisillon sud le fut à son tour. On lui substitua une absidiole semblable à celle du bras nord : le chevet avait retrouvé son aspect roman d'origine. Les bâtiments plus ou moins adossés à l'église furent détruits : on pouvait à nouveau embrasser l'ensemble de la structure architecturale comme au temps de sa construction.
Après la dernière guerre, le roman regagna toute sa place à l'intérieur de l'édifice par l'enlèvement des stalles du chœur. À présent, l'église Saint-Étienne de Nevers présente une magnifique unité de style. Certains peuvent trouver son atmosphère un peu froide, mais ce défaut est largement compensé par la beauté des formes et l'élégance de la nef.

Saint Jean-Baptiste, daté du XVe siècle, détail
Vue d'ensemble de la nef de Saint-Étienne
Vue d'ensemble de la nef de Saint-Étienne.

Modillons romans sur le chevet et le bas-côté nord de l'église. Leur authenticité n'a pas fait l'objet d'une étude archéologique.

Modillon roman sur le chevet
Modillon roman sur le chevet.
Modillon roman sur le chevet
Modillon roman sur le chevet.
Modillon roman sur le chevet
Modillon roman sur le chevet.
Modillon roman sur le côté nord
Modillon roman sur le côté nord.
La façade occidentale
La façade occidentale date du dernier tiers du XIe siècle.
Les étages supérieurs de la façade occidentale
Les étages supérieurs de la façade occidentale.
La partie basse est une reconstruction moderne.

Au XIIe siècle, un large porche fut construit devant la porte romane. Le bailli y rendait la justice au nom des religieux de Saint-Étienne qui détenaient tous les droits sur le faubourg (haute, moyenne et basse justice). À la fin du XVIIe, on le remplaça par un petit porche à colonnades qui fut détuit en 1792.

Extérieur. La façade occidentale de Saint-Étienne, datée du dernier tiers du XIe siècle, ressemble à la muraille d'une forteresse. Un pont-levis à l'entrée ne déparerait pas l'ensemble... Cette impression guerrière est sans doute due aux deux tours arasées qui dominent la place : on ne serait pas étonné d'y trouver des créneaux et des mâchicoulis. Seules les arcades à colonnettes et la petite croix sur le tympan rappellent que le bâtiment est une église. La décoration extérieure du bâtiment ne repose que sur un cordon de billettes qui fait le tour de l'édifice. Heureusement, la beauté romane du chevet avec ses trois absidioles rachète le tout.
La façade est clairement divisée en deux étages. Les corbeaux de pierre qui subsistent sous la corniche de séparation trahissent la présence d'un ancien porche couvert d'une toiture en appentis. D'après un ancien dessin, ce porche était aussi large que la façade.
Les tours arasées et le clocher, fort peu élevé, au-dessus de la croisée ont fait travailler l'imagination des archéologues. Tout part d'un dessin de l'église réalisé en 1609 et donné ci-dessous. D'après ce dessin de l'époque classique, l'église Saint-Étienne, à l'époque médiévale, exhibait fièrement ses trois clochers terminés par d'imposantes flèches. Certes, l'édifice y a belle allure, mais correspond-il à la réalité? Dans l'article écrit pour le Congrès archéologique de France tenu dans le Nivernais en 1967, l'archéologue Francis Salet émet de sérieux doutes à ce sujet. Analysant le clocher sur la croisée, il demande de rester très sceptique sur la valeur de ce dessin car les baies géminées des trois niveaux supérieurs n'ont rien à voir avec celles du niveau inférieur (le seul qui existe) et qui, elles, sont authentiques. Francis Salet conseille d'ailleurs de se méfier des représentations des clochers réalisées par les dessinateurs classiques : «ils sont le plus souvent exagérément développés en hauteur, étant à leurs yeux symboles d'une importance religieuse plus que volumes réels d'une architecture». À la fin de son article, il revient sur le sujet des trois clochers. Reproduisons ici son paragraphe qui a le mérite d'être très clair : (suite plus bas)

Dessin de l'église de 1609
Dessin de l'église de 1609 et de ses trois hypothétiques clochers.
La porte romane de la façade occidentale
La porte romane de la façade ouest est en plein cintre.
Elle comprend trois voussures qui reposent
sur des colonnes monolithes faites au tour.
À l'époque médiévale, le tympan recevait un Christ
en majesté entre deux anges ;
le linteau recevait une Adoration des mages.
Le côté nord et ses séries de modillons romans
Le côté nord avec ses deux cordons de billettes
et sa suite de modillons romans.

Extérieur, suite --»»    «Il faut d'ailleurs poser la question de l'aspect qu'avaient autrefois les trois clochers de Saint-Étienne. J'ai dit combien l'on doit se défier du dessin de 1609 puisqu'il montre sur la croisée un parti architectural bien différent de celui qui se voit aujourd'hui. Il serait donc pareillement imprudent d'en inférer que les tours occidentales détachaient au-dessus de la façade deux étages de maçonnerie et une flèche de bois. On répète volontiers que les trois clochers ont été arasés pendant la Révolution au niveau actuel. Un tel travail, onéreux et des plus délicats sur un monument conservé, est invraisemblable. En fait, les textes révolutionnaires, s'ils sont imprécis, disent que Fouché, en mission dans la Nièvre en 1792, ne prescrivit la démolition des clochers que pour les édifices du culte supprimés. Saint-Étienne était devenue paroissiale et, en novembre 1791, un charpentier avait été chargé de vérifier la force du beffroi pour voir si le «clocher» - évidemment celui de la croisée - pouvait recevoir les cloches des Jacobins de Nevers. Je suis persuadé, en dépit de l'aspect qu'elles présentent sur le dessin de 1609, que la partie maçonnée des tours - peut-être laissées inachevées - n'a jamais eu plus de développement qu'aujourd'hui ; celles de l'ouest se terminent par une corniche très régulière qui pourrait bien marquer la naissance d'une partie de bois, étage du beffroi, flèche ou simplement amortissement en pyramide basse. Il n'est donc pas impossible que les démolitions révolutionnaires n'aient porté que sur des œuvres de charpente jugées inutiles parce qu'elles étaient sans doute en mauvais état.»
Si l'on suit Francis Salet, les clochers du dessin seraient donc exclusivement faits en charpente ou bien seraient, même partiellement, une vue d'artiste.
Auparavant, lors du Congrès archéologique de France tenu à Moulin et à Nevers en 1913, l'archéologue Louis Serbat se contentait d'indiquer que, en 1792, l'église fut privée des clochers qui la dominaient. En revanche, l'archéologue Jean

Dupont, dans son ouvrage Nivernais Bourbonnais roman paru en 1976 aux éditions Zodiaque, ne partage pas l'avis de Francis Salet. Il écrit : «La Révolution n'épargna pas l'édifice : en 1792, le porche fut abattu et les deux tours occidentales arasées au niveau de la façade avec la tour centrale dont il ne reste aujourd'hui que la souche.» Il poursuit : «On notera toutefois que Francis Salet, malgré l'existence d'un dessin de 1609 apparemment fort explicite, conteste la démolition de ces tours dont il pense qu'elles ne durent jamais avoir plus d'élévation.» On remarquera que le propos de Jean Dupont est partiellement inexact. Francis Salet n'a pas écrit que ces élévations n'ont jamais existé, mais que, si elles ont bel et bien existé, elles étaient en charpente (sur quelle hauteur?) et qu'elles se terminaient peut-être par une flèche. Ce qui laisse la porte ouverte à une interprétation d'artiste.
Sur le dessin, le clocher de la croisée se rattache à peine à l'art roman. Les charpentes auraient-elles été ajoutées au XVe ou au XVIe siècle? Dans ce cas, qui aurait financé les travaux? Saint-Étienne était l'église d'un monastère bénédictin et les particuliers n'y rentraient pas. Les ressources des moines auraient-elles servi à la construction des clochers? Quel intérêt un noble ou un riche particulier aurait-il eu à financer les clochers (en bois !) d'un édifice où il ne pouvait pas rentrer et qui ne conservait aucune relique, alors que les églises paroissiales de Nevers étaient ouvertes à la générosité publique? Ces questions restent sans réponse.
Sources : 1) Congrès archéologique de France tenu à Moulin et à Nevers en 1913, article de Louis Serbat ; 2) Congrès archéologique de France tenu dans le Nivernais en 1967, article de Francis Salet ; 3) Nivernais Bourbonnais roman, éditions Zodiaque, 1976, article de Jean Dupont.

Le transept nord et le chevet
Le transept nord et le chevet.
Les trois fenêtres supérieures du chevet nord
Les trois fenêtres supérieures du chevet nord.

La succession d'arcature en plein cintre et en mitre est originale.
La présence d'une arcature en mitre pourrait faire croire à un monument
extrêmement archaïque, ce que dément l'examen archéologique.
Le chevet et ses chapelles rayonnantes
Le chevet roman et ses chapelles rayonnantes (fin du XIe siècle).
LA NEF DE L'ÉGLISE SAINT-ÉTIENNE
Élévations sud de la nef
Élévations sud de la nef.
Le point le plus surprenant de cette architecture romane est le troisième étage, scandé de fenêtres, sur une tribune voûtée en demi-berceau.
Plan de l'église
Plan de l'église Saint-Étienne.

La nef. Lorsqu'on se trouve dans la nef, on ne peut être qu'impressionné par l'uniformité architecturale de l'église. À part la construction d'une sacristie dans l'angle sud-est du chevet, puis sa destruction, et le remplacement d'une absidiole dans le bras sud du transept par une grande chapelle carrée, elle n'a quasiment connu aucune transformation depuis le XIe siècle. La nef possède six travées séparées des bas-côtés par une suite d'arcades en plein cintre à double rouleaux. Les chapiteaux y sont fort simples : une corbeille épannelée s'étend entre un tore qui tient le rôle d'astragale et un tailloir en forte saillie (voir photo) parfois orné de stries. Les faces planes des corbeilles étaient peut-être peintes à l'époque médiévale, mais il n'en reste aucune trace de polychromie nulle part.
En ce qui concerne l'élévation, rien ne vient interrompre, sur les piles, la montée des demi-colonnes jusqu'à la retombée des doubleaux de la voûte : l'effet d'élancement est assuré. Les tribunes sont ouvertes sur la nef par des baies géminées du même style roman que les arcades du premier niveau. Elles sont voûtées en demi-berceau (ce qui est très difficilement visible car elles sont jetées dans une pénombre totale).
Le point le plus remarquable de cette architecture est la présence de tribunes au deuxième étage et de fenêtres au troisième étage, le tout sous une voûte en pierre. Cela semble unique dans l'art roman français. Ces fenêtres, profondément ébrasées, se positionnent immédiatement au-dessus de l'extrados des grands arcs des tribunes. Compte tenu de cette présence atypique, les archéologues se sont posé une question passionnante : ces fenêtres étaient-elles prévues dès l'origine de la construction ou bien l'architecte a-t-il changé ses plans au cours de l'élévation de la nef ? Après le désaccord des archéologues sur les trois clochers (voir plus haut l'encadré sur l'extérieur de l'édifice), cette question va mettre en lumière un second désaccord, plus exacerbé que le premier.
Dans son article pour le Congrès archéologique de France tenu dans le Nivernais en 1967, l'archéologue Francis Salet s'est livré à une analyse très poussée de ce problème. Deux faits le portent à penser que l'architecte médiéval a changé ses plans en cours de route. Suivons son raisonnement : la nef a été construite alors que le chevet, le transept et surtout la façade occidentale étaient déjà élevés. Quand on a bâti la nef, on a commencé l'aménagement de la façade qui comprenait alors une tribune béante. La disposition des pilastres et des hautes colonnes engagées dans cette tribune montre à l'évidence un changement d'objectif de la part de l'architecte. Deuxième fait (illustré par la photo à gauche) : les demi-colonnes de la nef qui montent jusqu'aux doubleaux de la voûte ne s'élèvent pas d'un seul jet, mais accusent un décrochement (à peine perceptible) au niveau du sommet des baies des tribunes. Ce décrochement a lieu au point où se seraient terminées les demi-colonnes pour soutenir les doubleaux d'une voûte plus basse. Et Francis Salet conclut : «On est donc amené à penser que l'on décida seulement en cours de construction de surhausser la nef pour lui procurer un éclairage direct.» L'historien en profite pour signaler que «Saint-Étienne de Nevers n'est sans doute pas l'œuvre extraordinaire qu'on se plaît à décrire, conçue de la façon la plus hardie, voire avec quelque témérité, dès la seconde moitié du XIe siècle. La construction ne s'est pas faite d'est en ouest, mais par les deux bouts à la fois, le vaisseau central est venu s'insérer en dernier lieu entre le transept et le massif occidental et, alors, il n'était même pas prévu tel que nous le voyons.»
Neuf ans plus tard, en 1976, dans l'ouvrage Nivernais, Bourbonnais roman paru aux éditions Zodiaque, l'historien Jean Dupont, traitant de Saint-Étienne de Nevers, écrit tout le contraire ! Il rappelle que chercher l'origine de ces fameuses fenêtres du troisième niveau revient à chercher les influences stylistiques subies par l'architecte. Il se réfère à une analyse de Raymond Ourcel dans son ouvrage, terminé en 1969, Invention de l'architecture romane paru aux mêmes éditions Zodiaque. Après avoir cité une charte du comte Guillaume de Nevers, datée de 1097 (et qui veut prouver l'existence des trois clochers dès cette époque), Raymond Ourcel défend la thèse d'une «robuste homogénéité» de l'édifice et récuse une quelconque influence bourguignonne pour l'élévation de la nef. Raymond Ourcel et Jean Dupont défendent l'idée d'une architecture à trois niveaux élaborée dès l'origine des travaux. Ourcel écrit d'ailleurs : «(...) l'aisance et la solidarité des différents éléments, leurs proportions respectives apparaissent tellement justes et parfaites qu'on n'arrive pas à imaginer quelle figure, réduite à un boyau bas et obscur, aurait présentée [sic] une nef primitive amputée de son étage supérieur.» Or, Francis Salet, en 1967, s'est échiné à montrer qu'il n'y avait ni justesse ni perfection...
À charge pour Raymond Ourcel, sa prose donne l'impression d'une profession de foi assénée sans preuve et qui compte sur la seule énergie de son style littéraire pour convaincre. En somme, son credo se résume à : «l'église est tellement belle qu'elle ne peut pas avoir subi de retouches». C'est un peu court... Rien n'est dit à propos du fameux décrochement signalé par Francis Salet - et qui paraît pourtant très pertinent. Quant aux influences régionales ayant pu conduire à cet étage de fenêtres, sur tribunes, éclairant la nef, Jean Dupont leur fait un sort : «Il ne s'agirait donc nullement, écrit-il, de la combinaison hardie de recettes déjà éprouvées dans le Val de Loire ou dans l'aire architecturale de Clermont, mais d'une création purement originale et solitaire : un prototype, en quelque sorte, dont on peut seulement s'étonner qu'aucune autre église n'ait su profiter.» Francis Salet, de son côté, fait la même constatation en évoquant le passage d'un système à deux niveaux à une nef à trois niveaux : «(...) l'architecte s'est détourné au cours des travaux de la logique inhérente au premier système pour verser dans une hardiesse bien étonnante et insolite au XIe siècle, et proche de la témérité. Son exemple ne sera pas suivi : on ne retrouvera pas à l'époque romane le parti de l'église voûtée, à tribunes et fenêtres hautes».
Changement de ton en 1995 lors de la parution du 1er tome de l'Histoire de l'Architecture Française paru aux éditions du Patrimoine et consacré à la période qui va du Moyen Âge à la Renaissance ; auteurs : Alain Erlande-Brandenburg et Anne-Bénédicte Mérel-Brandenburg. Dans le développement portant sur l'architecture religieuse à la fin du XIe siècle, les deux archéologues rappellent le mérite de l'architecte roman qui «va réussir, à la fois à couvrir le vaisseau central d'un couvrement de pierre, à utiliser les tribunes comme contrebutement tout en perçant des ouvertures et à conserver aux grandes arcades les dimensions qu'elles avaient dans l'architecture de charpente.» Analysant ensuite Saint-Étienne de Nevers, l'hypothèse d'un changement de plan au cours de la construction devient une certitude ! Les auteurs de l'ouvrage partent du principe que le plan d'origine était traditionnel : déambulatoire à trois chapelles, transept avec deux absidioles, massif occidental à deux tours, etc. Quant à l'élévation, elle «comportait deux niveaux dans la nef aveugle, de grandes arcades et tribunes.» La suite est énoncée comme une vérité archéologique de base : «Le changement intervint au moment de la construction des tribunes (avant 1090), quand il fut décidé d'ajouter un troisième niveau de baies et de voûter le vaisseau central d'un berceau scandé de doubleaux. Il fallut donc exhausser de façon assez considérable les supports, contrebutés par les demi-berceaux des tribunes. L'audace ayant cependant ses limites, des interventions sur la voûte furent nécessaires.» Les auteurs ne rentrent pas dans le secret de leur analyse, mais leur avis est sans appel.
Sources : 1) Congrès archéologique de France tenu dans le Nivernais en 1967, article de Francis Salet ; 2) Nivernais Bourbonnais roman, éditions Zodiaque, 1976, article de Jean Dupont ; 3) Histoire de l'Architecture Française, Du Moyen Âge à la Renaissance d'Alain Erlande-Brandenburg et Anne-Bénédicte Mérel-Brandenburg, éditions du Patrimoine, 1995.

Élévations sud près de l'avant-nef
Élévations sud près de l'avant-nef.
Chapiteau roman près de l'orgue de tribune
Chapiteau roman
près de l'orgue de tribune.
Chapiteau roman à palmettes dans l'avant-nef
Chapiteau roman à palmettes
dans l'avant-nef.

«««--- C'est une magnifique architecture romane qui s'offre au visiteur dans la nef : arcades en plein cintre, baies géminées cachant les tribunes, et englobées dans un arc surmonté d'une fenêtre très abrasée au troisième niveau. Le tout est voûté en pierres.
Cette structure si pure et si agréable à l'œil n'a jamais été reproduite dans le monde roman. On en ignore la raison.

La voûte de la nef
Le décrochement le long des demi-colonnes de la nef.
La voûte de la nef
La voûte de la nef et sa série de doubleaux.
Les étages supérieurs de la façade occidentale
Chapiteaux romans épannelés dans la nef.
L'ornementation des tailloirs de ces chapiteaux est très variée.
Les étages supérieurs de la façade occidentale
Le bas-côté sud.
Élévations nord vue de la croisée
Élévations nord vue de la croisée.
Fenêtres gemellées dans l'élévation nord
Fenêtres gemellées dans l'élévation nord.
Bénitier
Bénitier
XVIIIe ou XIXe siècle ?

Par leur simplicité et leur pureté architecturale, les baies du deuxième niveau (photo ci--dessus) sont typiques de l'art roman : un grand arc en plein cintre englobe les deux baies délimitées par des colonnettes monolithes. Sur chacune d'elles, les bagues de l'astragale et de la base donnent un peu de relief à l'ensemble.

Il faut s'arrêter sur la photo de gauche et souligner, dans l'arc cintré du deuxième niveau qui est contiguë au carré du transept, le fort décalage de la baie géminée vers l'ouest. Non seulement, cette baie est éloignée de la pile, mais elle est aussi plus étroite que les autres. On en connaît la raison. Il ne fallait pas affaiblir la maçonnerie aux alentours du carré du transept, un carré destiné à recevoir le clocher et son imposante masse de pierres. Dans la pratique, on réduisait la longueur de la dernière travée, on évitait de percer des baies ou on les éloignait des piles du carré du transept.

Chaire à prêcher du XIXe siècle
À DROITE ---»»»
Chaire à prêcher du XIXe siècle.
L'un des rares objets d'art de l'église.
Le bas-côté nord
Le bas-côté nord et sa simplicité romane de la fin du XIe siècle.

La décoration. L'église Saint-Étienne de Nevers laisse toute la place à l'architecture romane. Les objets d'art y sont rares. On remarque une belle chaire à prêcher du XIXe siècle (sans abat-son), quelques statues de saints et de saintes typiquement saint-sulpicien (et sans intérêt artistique), un autel de la Vierge du XIXe dans le transept avec un soubassement meublé de petites sculptures de saints et saintes lovées dans des niches. Une seule œuvre est vraiment à noter : la statue de saint Jean-Baptiste portant l'agneau, qui est datée du XVe siècle.

Saint Matthieu et saint Luc sur la cuve de la chaire à prêcher, XIXe siècle
Saint Matthieu et saint Luc sur la cuve de la chaire à prêcher, XIXe siècle.
La nef et l'entrée dans le bas-côté sud vues de la croisée
La nef et l'entrée dans le bas-côté sud vues de la croisée.
LE TRANSEPT DE L'ÉGLISE SAINT-ÉTIENNE
Le transept sud et la croisée
Le transept sud et la croisée.
Un arc en plein cintre surmonté de cinq baies sépare les deux travées.
Statue de saint Jean-Baptiste
Statue de saint Jean-Baptiste.
Statue de saint Jean-Baptiste, détail
Statue de saint Jean-Baptiste, détail.
XVe siècle.
La voûte sur trompes et les arcades du croisillon nord du transept
La voûte sur trompes et les arcades du croisillon nord du transept.
Le côté oriental du croisillon nord avec le baptistère dans l'absidiole
Le côté oriental du croisillon nord avec le baptistère dans l'absidiole.
Statue de saint Éloi tenant un marteau
Statue de saint Éloi tenant un marteau.
Vitrail dans le déambulatoire
Vitrail dans le déambulatoire.

Le transept. On pourrait qualifier le transept de Saint-Étienne de Nevers de «moyennement éclairé». En effet, ce ne sont pas moins de quinze fenêtres très abrasées qui éclairent chaque croisillon. Leur disposition mérite d'être notée. Nord et sud : au premier niveau, deux baies encadrent une niche centrale en mitre ; au deuxième niveau, trois baies. À l'est et à l'ouest, trois baies au deuxième niveau, puis deux au troisième. Les deux murs à l'est reçoivent chacun une absidiole : au nord, le baptistère (ci-dessus) remonte au XIe siècle ; au sud, la chapelle de la Vierge (ci-dessous) a été entièrement reconstruite au XIXe après la démolition d'une grande chapelle bâtie dans l'angle sud-est au XVe siècle. Ajoutons que cette chapelle du XVe avait elle-même fait disparaître l'absidiole.
Le carré est couvert d'une coupole sur trompes. L'un des points originaux de ce transept est le traitement réservé à la séparation des deux travées qui constituent les croisillons (photos plus haut). On y voit une grande arcade en plein cintre surmontée d'une arcature à cinq colonnes. Notons que les chapiteaux dans les absidioles quittent l'aspect épannelé (et assez pauvre) qu'ils présentent dans la nef. Cette fois, les feuillages les recouvrent. L'embellissement va se poursuivre dans le déambulatoire et dans les chapelles rayonnantes.

La Vierge à l'Enfant de l'autel de la Vierge
La Vierge à l'Enfant de l'autel de la Vierge.
L'autel de la Vierge et ses ex-voto dans le croisillon nord
L'autel de la Vierge du croisillon nord est orné d'une multitude d'ex-voto.
La chapelle de la Vierge dans le croisillon sud du transept
La chapelle de la Vierge dans le croisillon sud du transept
a été entièrement reconstruite au XIXe siècle.
Dormition et Couronnement, Lobin 1871
Dormition et Couronnement
Atelier Lobin, Tours 1871.
Annonciation et Présentation, Lobin 1871
Annonciation et Présentation
Atelier Lobin, Tours 1871.
Vierge à l'Enfant dans l'autel de la Vierge
Vierge à l'Enfant dans l'autel de la Vierge.
Imitation du XIIIe siècle ?
L'Annonciation, vitrail du XIXe siècle, détail
L'Annonciation, vitrail de 1871, détail.
La Dormition, vitrail du XIXe siècle, détail
La Dormition, vitrail de 1871, détail.
LE CHŒUR ET LE DÉAMBULATOIRE
Le chœur roman de Saint-Étienne
Le chœur roman de Saint-Étienne.
Aspect du déambulatoire et de sa voûte d'arêtes près de la chapelle axiale
Aspect du déambulatoire et de sa voûte d'arêtes près de la chapelle axiale.
Arcature romane et fenêtres hautes du chœur
Arcature romane et fenêtres hautes du chœur.

Chœur. Il possède une architecture en fûts monolithes assez rapprochés, pris dans une arcature en plein cintre extrêmement surhaussée. Aucun muret, aucune stalle ne vient le séparer du déambulatoire. Il en acquiert un aspect aéré et élancé. Les chapiteaux qui coiffent ces fûts sont tous faits «au tour» (photo ci-dessous à droite). Louis Serbat, dans son article sur l'église pour le Congrès archéologique de France de 1913 rapporte que ce genre de travail, vu la qualité des matériaux, a vraisemblablement été en faveur dans le Nivernais. Faut-il y voir la persistance de traditions antiques ? Louis Serbat mentionne que le musée de Nevers (de l'époque) abrite des colonnes romaines, trouvées dans région, qui usent de ce procédé. Le deuxième étage au-dessus de cette arcature dégage une pureté romane remarquable. Il se présente comme un faux triforium très bas où les pilastres et les colonnettes alternent. Notons que les pilastres (photo ci-dessus) sont disposés au droit des supports de l'étage inférieur.
Le déambulatoire est voûté d'arêtes sans doubleaux (photo ci-contre). Les trois chapelles rayonnantes sont séparées par des baies encadrées de colonnettes à chapiteaux. L'embellissement amorcé dans les absidioles du transept continue : les socles des colonnes sont variés ; les chapiteaux sont ornés de feuillages et de palmettes. Certains chapiteaux accusent une floraison végétale intense. Il est probable qu'ils ont été refaits à l'époque moderne.
Enfin, les vitraux du chœur, du déambulatoire et des chapelles rayonnantes reçoivent un thème floral varié, traité de manière assez riche. Seule une chapelle rayonnante possède deux vitraux historiés des ateliers Lobin à Tours. Ils illustrent la Cène et le martyre de saint Étienne. Ils sont datés de 1871.

Le déambulatoire nord
Le déambulatoire nord.
Le chœur et le déambulatoire vus du sud
Le chœur et le déambulatoire vus du sud.
Chapiteau roman dans le déambulatoire
Chapiteau à palmettes.
Chapiteau roman dans le déambulatoire
Chapiteau à large pétale dans les angles.
Chapiteau roman à double rangée de palmettes
Chapiteau à double rangée de palmettes.
SEPT CHAPITEAUX ROMANS DANS LE DÉAMBULATOIRE
Chapiteau roman avec tailloir sculpté
Chapiteau roman avec tailloir sculpté.
Chapiteau à feuilles d'acanthe et rinceaux dans une chapelle rayonnante
Chapiteau à feuilles d'acanthe et rinceaux (refait au XIXe siècle)

«««--- Sur le biseau du tailloir, deux longs serpents mordent
les pattes d'une tortue.
Chapiteau à bagues multiples dans le chœur
Chapiteau fait «au tour» dans le chœur.
Vitrail moderne dans le chœur
Vitrail moderne dans le chœur.
Chapiteau roman dans le déambulatoire
Chapiteau roman dans le déambulatoire.
Chapiteau roman à double rangée de palmettes
Chapiteau roman à double rangée de palmettes.
LES TROIS CHAPELLES RAYONNANTES ET LEURS VITRAUX HISTORIÉS
Chapelle rayonnante
Chapelle rayonnante (fin du XIe siècle).
Le martyre de saint Étienne, XIXe siècle
Le martyre de saint Étienne, Lobin 1871.
La Cène, XIXe siècle
La Cène, Atelier Lobin, 1871.
Vitrail moderne dans le déambulatoire
Vitrail moderne dans le déambulatoire.
Chapelle rayonnante
Chapelle axiale (fin du XIe siècle).
Vitrail moderne avec deux cerfs
Vitrail moderne avec deux cerfs.
Vitrail moderne dans le déambulatoire
Vitrail moderne dans le déambulatoire.
L'orgue de tribune et la façade ouest
L'orgue de tribune sur la façade ouest (Ducroquet, 1853).
Chapelle rayonnante et ses statues
Chapelle rayonnante (fin du XIe siècle) et ses statues modernes.

L'orgue de Saint-Étienne de Nevers est l'orgue de l'ancienne église de la Trinité à Paris. Cet orgue avait été créé par la maison Ducroquet en 1852-1853.
Racheté sous le Second Empire, il est installé par Aristide Cavaillé-Coll et inauguré le 20 décembre 1868 par le jeune organiste Charles-Marie Widor. En 1886, Gabriel Reinburg, de la maison Cavaillé-Coll réaménage l'orgue. Source : document affiché dans la nef.

La nef vue de la croisée du transept
La nef vue de la croisée du transept.

Documentation : Congrès archéologique de France tenu à Moulin et à Nevers en 1913, 70e session, article sur l'église Saint-Étienne par Louis Serbat
+ Congrès archéologique de France tenu dans le Nivernais en 1967, 125e session, article sur l'église Saint-Étienne par Francis Salet
+ «Nivernais Bourbonnais roman», éditions Zodiaque, 1976, article sur l'église Saint-Étienne par Jean Dupont
+ «Histoire de l'Architecture Française, Du Moyen Âge à la Renaissance» d'Alain Erlande-Brandenburg et Anne-Bénédicte Mérel-Brandenburg, éditions du Patrimoine, 1995
+ «Bible de l'art roman» par Jacques Loubatière, éditions Ouest-France, 2010
+ Notes d'information affichées dans l'église.
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