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Page créée en avril 2018
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La Cène, chapiteau roman dans le chœur

L'abbatiale Saint-Austremoine d'Issoire a été construite au XIIe siècle. Une date plus précise est impossible car le chartrier du monastère dont elle relevait a été brûlé par les troupes à la solde des protestants en 1575. L'histoire de l'abbatiale commence par un très ancien monastère bénédictin, où la légende a sa part. Celle-ci mentionne le IIIe siècle, mais les historiens retiennent le IXe. Un document de l'an 927 parle d'une abbaye Saint-Austremoine. On trouve ensuite la trace d'une église dédiée à saint Pierre et saint Austremoine, ce qui nous porte au Xe siècle. La prospérité du petit monastère (vingt à trente moines) lui aurait néanmoins permis de reconstruire son église abbatiale au XIIe siècle en utilisant une partie de l'ancienne (le narthex actuel). Au XVe siècle, le nombre de moines est réduit - d'autorité - à vingt.
Les guerres de Religion répandent leur lot de destructions en Auvergne. Les protestants s'emparent d'Issoire en 1575, saccagent l'abbatiale en tuant quelques moines, détruisent chartrier et mobilier. Avec les combats de la Ligue (1585-1589), c'est la surenchère de destructions et d'appauvrissement. L'abbatiale ne s'en sortira pas. Au XVIIe siècle, la prospérité n'est plus qu'un souvenir et la ruine est au bout du chemin. Même si l'abbatiale rejoint la Congrégation de Saint-Maur en 1665, le manque de fonds empêche toute réparation sérieuse. La Révolution, en supprimant les ordres religieux, clôt l'histoire du monastère. Les bâtiments sont alors désaffectés et restent à l'abandon.
Le XIXe siècle va restaurer les édifices. Les bâtiments sont en partie transformés en collège. Quant à l'église (qui devient paroissiale), elle reprendra vie mais en plusieurs étapes. En 1835, elle est classée Monument historique et les premiers travaux peuvent commencer. En 1837, Mérimée voyage en Auvergne et inspecte le chantier (voir plus bas). Dans la décennie suivante, la restauration s'amplifie : la façade occidentale est refaite, deux clochers sont ajoutés, le mur sud est reconstruit ; ensuite vient l'intérieur avec la colorisation intégrale de l'édifice par Dauvergne et Mayoli en 1859.
Bien que l'abbatiale soit présentée comme un monument du XIIe siècle, elle appartient en fait davantage au XIXe. Néanmoins, quelques éléments anciens la rangent dans les places d'honneur du roman auvergnat : son magnifique chevet à cinq chapelles rayonnantes (restauré en 1995), orné d'un zodiaque en bas-relief, et son chœur (avec le déambulatoire) embelli de chapiteaux à scènes historiées, dont la célèbre Cène. La crypte, au-dessous du chœur, est la seule partie de l'édifice à ne pas avoir subi les assauts des peintres, une raison supplémentaire pour la visiter si vous passez à Issoire. On notera également la belle peinture du Jugement dernier (XVe siècle) dans une chapelle du narthex.

Vierge à l'Enfant du XIXe siècle par Garraud
Vue d'ensemble de la nef
Vue d'ensemble de la nef.
L'œil du visiteur est immédiatement frappé par les décorations des piliers et de la voûte qui envahissent tout l'espace.
La célèbre abside romane de l'abbatiale d'Issoire
La célèbre abside romane de l'abbatiale d'Issoire.
Sous le clocher octogonal se tient le massif barlong et ses neuf baies,
dont six sont ouvertes. Ce massif se prolonge, au nord et au sud, par les
la toiture des croisillons du transept.

Architecture extérieure. L'église d'Issoire est avant tout réputée pour son magnifique chevet (photo ci-dessus), un chevet typique du style roman tel qu'on l'observe dans les grandes églises médiévales : une succession d'absidioles en arrondi, avec un petit vitrail sur chaque face et des modillons sous la corniche des toitures. Cela rappelle le chevet de la Charité-sur-Loire et celui de Saint-Martin-de-Boscherville. La caractéristique d'Issoire est que la chapelle axiale est de plan rectangulaire et non circulaire.
Mis à part le chevet, une grande partie de l'architecture extérieure date du XIXe siècle. La façade ouest (austère et sans aucun cachet, photo ci-dessous) a été créée par l'architecte Mallay en 1841. Le côté sud de l'abbatiale (non donné ici) a été remanié lors du percement du passage qui le longe. Le clocher oriental est l'œuvre de ce même architecte Mallay qui en a établi le dessin en 1845. Le clocher occidental est nouveau lui aussi (il y en avait deux au XVIe siècle). Enfin, la couverture de l'église a été entièrement refaite en 1850 en pierre de Volvic (la précédente était en tuiles).
Le côté nord, dont une photo est donnée ci-contre, nous vient de l'époque médiévale. On y trouve l'agencement classique des grands édifices romans : grandes arcades correspondant aux arcs-doubleaux de la voûte (bien qu'un seul arc-doubleau soit présent - voir commentaire plus bas) ; au-dessus, une arcature constituée d'une suite d'arcs en plein cintre groupés en triplets. Sur cette arcature, les chapiteaux sont à feuillage ou présentent de simples entrelacs. Signalons, sur le côté nord, trois bas-reliefs dont on ne connaît pas la provenance : la visite des trois anges à Abraham, le Sacrifice d'Isaac et un troisième, la Multiplication des pains, situé juste au-dessus de la porte nord. Les trois bas-reliefs sont donnés ci-dessous.

Les clochers de l'abbatiale (refaits partiellement au XIXe siècle)
Les clochers de l'abbatiale datent du XIXe siècle.
La photo est prise ici depuis le sommet de la Tour de l'Horloge, accessible aux touristes.
Le côté nord roman et le clocher carré occidental
L'appareillage roman du côté nord et le clocher carré occidental.
Les signes de la Vierge et de la Balance sur le fronton de la chapelle axiale
Les signes de la Vierge et de la Balance sur le fronton de la chapelle axiale.
La façade occidentale.
La façade occidentale.
D'aspect très décrié, elle date de 1841.
Le portail principal (photo au-dessous, à droite)
s'inspire d'un style roman traditionnel.
«La Multiplication des pains»
«La Multiplication des pains»
Bas-relief médiéval au-dessus de la porte nord.

La décoration de l'abside et le zodiaque. Le chevet de l'abbatiale Saint-Austremoine, érigé au XIIe siècle, est célèbre pour la beauté de son ordonnancement et de son appareillage, mais aussi parce qu'il est le seul, dans la région, à proposer un zodiaque.
La richesse de la décoration est d'abord obtenue par l'emploi de plusieurs types de pierres sorties de l'univers volcanique auvergnat. Ces pierres garantissent d'ailleurs la variété des teintes. La principale est l'arkose blonde de Montpeyroux. On trouve aussi de la pierre de lave noirâtre et de la trachyte (pierre volcanique explosive). Quand on combine ces pierres avec les motifs géométriques et les scènes sculptées en bas-relief, on aboutit à un chevet qui est présenté comme l'un des chefs-d'œuvre de l'art roman en Auvergne. En 1924, à l'occasion du Congrès archéologique de France, l'architecte Charles Terrasse nous en donne une courte description : «Les corniches, ornées de billettes, sont portées par des modillons à copeaux ; le plafond de ces corniches est orné de figures en creux qui affectent la forme d'étoiles ou de quadrilobes.» Et encore : «Des motifs géométriques incrustés garnissent le sommet des murs des absidioles, des chapelles, du transept. Les dessins mis en œuvre sont variés. Ce sont des triangles, des cercles qui se coupent de façon à détacher des carrés évidés sur fond blanc, des losanges réguliers et divergents, des étoiles à huit branches inscrites dans des cercles de couleur blanche.»
Point remarquable de cette décoration, le zodiaque se compose d'une série de médaillons sculptés, de fort belle qualité, répartis sur les absidioles. Le zodiaque est un très ancien symbole païen. Cependant, par le biais de la symbolique des nombres, il s'est facilement intégré à l'iconographie chrétienne. On a ainsi douze comme les douze apôtres ou les douze tribus d'Israël. Mais douze, c'est aussi trois fois quatre. Trois, c'est la Trinité et le chiffre quatre symbolise les choses matérielles de notre monde mortel. Douze, c'est ainsi le monde vivant ou, mieux, la matière pénétrée par l'esprit.
Détails pratiques : les médaillons de la Vierge et de la Balance se situent en vis-à-vis sur le fronton de la chapelle axiale (photo ci-dessus) ; le médaillon du Bélier est tombé en 1891 et a donc été refait à l'époque ; ceux de la Vierge, de la Balance et du Sagittaire (qui paraissent bien neufs sur les photos - voir plus bas) ont été refaits à leur tour lors de la restauration de 1995. Huit de ces signes du zodiaque sont reproduits plus bas.
Sources : 1) Congrès archéologique de France tenu à Clermont-Ferrand en 1924, article sur l'abbatiale d'Issoire par Charles Terrasse ; 2) L'abbatiale Saint-Austremoine, brochure réalisée par la Paroisse de Saint-Austremoine (2004).

Le portail de la façade ouest s'inspire d'un modèle roman.
Le portail de la façade ouest (XIXe siècle).
«La visite des trois anges à Abraham»
«La visite des trois anges à Abraham»
Bas-relief sur le côté nord.
Époque et provenance indéterminées.
«Le Sacrifice d'Isaac»
«Le Sacrifice d'Isaac»
Bas-relief sur le côté nord.
Époque et provenance indéterminées.

La «dérestauration» de la toiture de Saint-Austremoine. La photo ci-dessus donne un bon aperçu de la très belle toiture de l'église d'Issoire. Elle fait honneur au monument, mais elle est loin d'être du XIIe siècle. Un article de la Revue d'Auvergne, écrit en 1999 par François Voinchet, architecte en chef des Monuments Historiques, dévoile les clés de l'affaire. L'architecte Mallay, qui a déjà créé la façade occidentale en 1845 en s'inspirant de vraies créations romanes, baignait dans un univers architectural faussé par la fierté que donnaient la science et le savoir. «Au XIXe siècle, écrit François Voinchet, la manière d'envisager les travaux est dénaturée par la connaissance archéologique que l'on croit posséder, et qui conduit à imaginer des reconstructions "historiques" à partir d'observations souvent partielles et superficielles». Le XIXe siècle a vu apparaître les premières machines, l'électricité, la science et les premiers moteurs. Posons la question : Est-ce cette supériorité sur les époques précédentes qui a fait tourner la tête de nos architectes en les poussant à modifier ce que leurs prédécesseurs ne se seraient jamais permis de changer? Chacun donnera sa réponse.
Quoi qu'il en soit, en plus de la façade de l'abbatiale, Mallay fut en charge de la réfection de sa toiture. Sur les toits de l'église romane de Saint-Nectaire, il avait, peu auparavant, découvert des restes de dalles de pierre et il était bien décidé à réutiliser ce procédé. Comme le souligne François Voinchet, c'est dans les toitures romanes que se niche l'imagination des architectes du XIXe siècle. En effet, ceux-ci ont un peu vite généralisé ce que leur observation y avait trouvé. C'était oublier que «les couvertures originelles avaient été remplacées au cours du temps par des matériaux qui correspondaient aux façons de faire des différentes époques.» Et François Voinchet ajoute : «On ne saura plus jamais comment étaient couvertes les églises au XIIe siècle, parce que les restaurations du XIXe siècle ont achevé de détruire les quelques vestiges qui pouvaient encore subsister.» Heureusement il nous reste les rapports détaillés rédigés par les architectes avant d'engager les restaurations. On sait ainsi que l'église d'Issoire était couverte de tuiles canal en terre cuite.
Toujours est-il que l'architecte Mallay remplaça la toiture traditionnelle par un revêtement «qu'il jugeait plus digne d'un monument historique roman» [Voinchet]. Il appliqua sa découverte de «dalles de pierres» de Saint-Nectaire en créant un nouveau système de dalles en pierre de Volvic taillées. L'étanchéité des joints serait assurée par un ciment dit «lithique» que l'on venait d'inventer. Conformément à l'esprit du temps, Mallay regardait son invention comme le dispositif idéal pour souligner le génie de l'architecture romane à travers le monument restauré. Idéal aussi pour défier l'usure du temps par une solidité sans failles.
Comme chacun aura pu le deviner, ce nouveau dispositif n'avait nullement été testé. Quand les pluies arrivèrent et redoublèrent, ce fut la catastrophe ! François Voinchet écrit à ce sujet :«les fuites abondantes commencèrent presque aussitôt et persistèrent jusqu'à nos jours, malgré d'innombrables efforts destinés à les réduire (...). En fait, il s'avéra une fois de plus qu'aucun procédé nouveau qui n'avait pas fait ses preuves n'était capable de résister aux conditions atmosphériques les plus élémentaires telles que les chocs thermiques ou les phénomènes de capillarité.»
La solution la plus évidente fut adoptée par les Monuments Historiques lors de la restauration des années 1990 : la couverture en pierre, sortie de l'imagination de Mallay, fut supprimée sans état d'âme et remplacée par une couverture en tuiles creuses, semblable à celle qui était en place avant la restauration du XIXe siècle. Et notre architecte en chef des Monuments Historiques de conclure : «Il s'agit donc ici d'une véritable "dérestauration" d'un travail du XIXe siècle. Bien qu'il soit de bon ton de se garder de toute considération d'ordre esthétique, il faut reconnaître que l'abside d'Issoire a retrouvé une harmonie tout à fait exceptionnelle à la suite de ces travaux.»
Source : L'invention de l'art roman au XIXe siècle, Revue d'Auvergne n°4, 1999, Faut-il restaurer les restaurations du XIXe siècle? par François Voinchet, architecte en chef des Monuments Historiques.

Le clocher sud et le croisillon sud
Le côté sud, le croisillon sud et
le clocher octogonal du XIXe siècle.
La féerie romane à l'abside
La féerie romane à l'abside (signes du zodiaque, cordons de billettes, damiers, etc.) doit beaucoup à l'excellente restauration de 1995.
LES SIGNES DU ZODIAQUE AU CHEVET
Le Bélier
Le Bélier (refait vers 1891)
Le Sagittaire
Le Sagittaire (refait en 1995)
La Vierge
La Vierge (refait en 1995)
La Balance
La Balance (refait en 1995)
Le Verseau
Le Verseau
Les Gémeaux
Les Gémeaux
Le Capricorne
Le Capricorne
Le Taureau
Le Taureau

Prosper Mérimée à Issoire. En 1835, l'abbatiale Saint-Autremoine est classée Monument historique. L'État prend alors en charge les travaux de restauration. Les architectes Bravard (d'Issoire) et Mallay (de Clermont) sont missionnés : réparation du chevet et consolidation des murs ; au côté nord, démolition de deux chapelles construites aux XIIIe et XVIe siècles et rétablissement de la porte nord.
En 1837, Prosper Mérimée, inspecteur général des Monuments historiques, passe à Issoire, regarde le résultat des travaux et, très satisfait, rend compte à son ministre de tutelle. Donnons ici un extrait de ses notes : «Après les traits de vandalisme que je viens de citer [ceux des architectes antérieurs à Bravard et Mallay], j'éprouve un vif plaisir à vous annoncer, Monsieur le Ministre, qu'aujourd'hui l'église d'Issoire n'est plus exposée à de pareils outrages. Les réparations, auxquelles vous avez bien voulu contribuer, ont été exécutées avec intelligence par M. Bravard, architecte de la ville, qui a mis la plus louable attention à copier d'après des types existants toutes les parties qu'il a dû restituer. Beaucoup de modillons, quelques croix grecques, et une grande partie de l'arête de comble ont été refaits avec tant de soin et de précision, que leur couleur seule les distingue des parties anciennes. Si l'on considère que M. Bravard n'avait pour exécuter ces travaux que les ouvriers de la ville, qu'il a dû former lui-même et surveiller de manière à ne pas leur permettre de donner un seul coup de ciseau d'après leur routine, le résultat obtenu paraîtra bien plus extraordinaire. Je ne dois point oublier les soins et le zèle déployés, à cette occasion, par M. Troison, maire d'Issoire. Plus que personne, il a contribué à ouvrir les yeux de ses concitoyens sur l'importance de leur église, et la sage économie qu'il a su apporter dans l'administration des dépenses lui a permis de pousser les réparations beaucoup plus loin qu'on n'aurait osé l'espérer.»
Source : Note d'un voyage en Auvergne par Prosper Mérimée, éditions Adam Biro, 1989.

L'absidiole du croisillon nord et son ornementation du XIXe siècle
L'absidiole du croisillon nord et son ornementation du XIXe siècle.
LA NEF DE L'ABBATIALE SAINT-AUSTREMOINE
Plan de l'abbatiale
Plan de l'abbatiale.
Chapelle du Calvaire
Chapelle du Calvaire.
Élévations dans la nef avec la chaire à  prêcher.
Élévations sud dans la nef avec la chaire à prêcher.
Les tribunes sont éclairées par les petites fenêtres du second niveau.

Architecture intérieure (1/2).
Quand on rentre dans l'abbatiale, on est surpris par le profusion de couleurs qui envahissent la nef. Tous ces dessins du XIXe siècle, un peu stéréotypés, ne permettent pas d'apprécier l'architecture romane de l'édifice, typique de l'Auvergne. Seule la crypte, non peinte, offre aux visiteurs une structure brute.
Saint Austremoine, construite au XIIe siècle, possède la nef la plus large de toutes les nefs romanes d'Auvergne : 7,81 mètres à la hauteur de la première rangée. Son aspect général est celui d'une grande homogénéité architecturale, ce qui porte à penser que l'édifice a été bâti d'un seul tenant. En fait, la nef recèle de nombreuses petites disparités : d'abord au niveau de la forme des piliers (à massif carré ou circulaire) ; ensuite sur les colonnes engagées intérieures à la nef ou internes à l'arcature (elles sont présentes ou non d'une manière qui semble tout à fait aléatoire) ; enfin au niveau de l'arcature des tribunes, au second niveau, qui présente des baies triples ou jumelées. Suite ci-dessous.

Chemin de croix, station V
Chemin de croix, station V.
Simon aide Jésus à porter sa croix.
Le chemin de croix a été réalisé par l'atelier
Fabisch (professeur à l'école impériale des
Beaux-Arts de Lyon) en 1868.
La chaire à prêcher (XIXe siècle?)
La chaire à prêcher
(XIXe siècle?)

Architecture intérieure (2/2).
---»» La nef est éclairée par des fenêtres romanes qui se révèlent insuffisantes pour apporter la lumière nécessaire. Mérimée avait déjà noté ce manque dans ses Notes d'un voyage en Auvergne. Lors de son passage, en 1837, les petites fenêtres des tribunes étaient bouchées. Elles ont été réouvertes depuis, mais ne contribuent guère à éclairer l'ensemble de la nef. La grande voûte n'est pas véritablement en berceau, mais en arc légèrement brisé. Étrangement, elle n'est scandée que d'un seul arc doubleau (voir commentaire plus bas).Si les peintures du XIXe siècle masquent les irrégularités de la nef et de l'arcature haute, en revanche, elles mettent en évidence la beauté des bas-côtés. D'une hauteur de près de dix mètres, ils profitent de la lumière qui arrive des fenêtres des murs gouttereaux. Leur magnifique voûte, embellie avec parcimonie par les peintres du XIXe, est compartimentée par des doubleaux qui portent des voûtes d'arêtes.

Le bas-côté nord
Le bas-côté nord et la nef.
Un arc-doubleau d'un bas-côté
Un arc-doubleau d'un bas-côté et sa décoration du XIXe siècle.
La Pieta de la chapelle du Calvaire
La Pieta de la chapelle du Calvaire.
(XIXe siècle?)
L'un des deux Christ en croix
L'un des deux Christ en croix
de la chapelle du Calvaire.
Saint Austremoine
Saint Austremoine
Statue du Clermontois Chalonnax, 1869.
La voûte d'arètes d'un bas-côté
La voûte d'arètes d'un bas-côté
et sa décoration du XIXe siècle.
À DROITE ---»»»

La Mort de la Vierge (copie?)
Époque indéterminée.
Élévations nord
L'élévation nord.
Côté nef, seule une pile est présente : celle qui reçoit l'unique arc-doubleau de la voûte (voir commentaire ci-dessous).
Vitrail dans la nef
Vitrail dans la nef
XXe siècle.
Une pile et son chapiteau sans arc-doubleau
Une pile de la nef qui ne supporte rien.
Élévations de la nef avec arcatures et voûte.
L'élévation sud de la nef avec arcatures, tribunes et voûte.
La voûte de la nef
La voûte de la nef
ne supporte qu'un seul arc-doubleau.
Est-ce simplement pour rompre son uniformité?
(Voir commentaire ci-contre.)

La voûte de l'abbatiale a fait couler beaucoup d'encre. En regardant la photo ci-dessus, on comprend pourquoi : les piles qui séparent les travées de la nef n'ont aucune colonne engagée sur le côté nef, à l'exception de quatre d'entre elles : deux au nord et deux au sud, en vis-à-vis. Le plan de l'église, plus haut, indique leur emplacement. Deux de ces piles, situées entre les cinquième et sixième travées, montent jusqu'à la naissance du triforium ; leur chapiteau terminal ne supporte rien. On voit d'ailleurs cette pile, côté sud, dans la partie basse de la photo ci-dessus. Les deux autres piles, situées entre les troisième et quatrième travées, se hissent plus haut, jusqu'à la naissance de la voûte et supportent un arc-doubleau (processus architectural très commun et visible dans la partie droite de la photo, pour ce qui est de la pile du côté sud). Un seul arc-doubleau est donc présent sur la voûte (photo à gauche). Pourquoi une telle bizarrerie?
En 1924, dans son article pour le Congrès archéologique de France, l'architecte Charles Terrasse se contente de signaler le phénomène : «Il faut remarquer que des doubleaux régulièrement espacés avaient été prévus : un seul a été lancé, à la hauteur du troisième pilier. Les colonnes supplémentaires d'un autre dénotent le projet d'un second doubleau ; cette prévision est affirmée en outre par l'examen des contreforts extérieurs correspondants, qui sont renforcés.» On le voit : Charles Terrasse n'essaie nullement d'éclaircir la raison de ce manque.
En revanche, dans la brochure sur l'abbatiale d'Austremoine publiée par la Paroisse (2004), Raoul Ollier nous donne les explications avancées par les architectes : «Partant de l'idée que la brisure est apparue en Auvergne seulement vers 1200, certains estiment que l'édifice a d'abord reçu une charpente appuyée sur des colonnes engagées. Puis la charpente aurait été remplacée par la voûte actuelle, ce qui nécessita l'exhaussement de deux colonnes pour recevoir l'unique doubleau. D'autres pensent que le doubleau a peut-être été construit simplement dans le but de rompre l'uniformité du berceau.»
Sources : 1) Congrès archéologique de France tenu à Clermont-Ferrand en 1924, article sur l'abbatiale d'Issoire par Charles Terrasse ; 2) L'abbatiale Saint-Austremoine, brochure réalisée par la Paroisse Saint-Austremoine (2004).

La Mort de la Vierge (copie?) Vitrail dans la nef
Vitrail dans la nef
XXe siècle.
Le bas-côté nord vu depuis l'avant-nef
Le bas-côté nord vu depuis l'avant-nef.
Les bas-côtés sont couverts d'une voûte d'arètes.
Le croisillon nord du transept
Le croisillon sud du transept est éclairé par cinq fenêtres romanes.
Le croisillon est voûté en berceau.

Le transept. C'est l'un des endroits de l'abbatiale qu'il convient d'observer attentivement, les yeux levés. Les bas-côtés du transept (qui jouxtent la coupole) sont voûtés en quart de cercle. Leur voûte est située très en hauteur afin de contrebuter la coupole. Dans la photo ci-dessus, on voit d'ailleurs la présence de deux baies ouvertes qui éclairent cet espace. Cet agencement se traduit, à l'extérieur, par un massif barlong qui constitue l'une des caractéristiques du roman d'Auvergne. Voir la photo du chevet plus haut.
Les croisillons nord et sud possèdent une hauteur moindre. Leur voûte est en plein cintre perpendiculaire à celle de la nef. Les cinq baies romanes des murs nord et sud ne suffisent pas pour éclairer vraiment le transept. Cet endroit dans l'abbatiale est en fait assez sombre. La photo ci-dessus et celle du croisillon nord plus bas ont été éclaircies.
Source : L'abbatiale Saint-Austremoine, brochure réalisée par la Paroisse de Saint-Austremoine (2004).

Chapiteaux à feuillages sur deux piliers de la nef
Chapiteaux à feuillages sur deux piliers de la nef.
QUATRE CHAPITEAUX À L'ENTRÉE DES CHAPELLES RAYONNANTES
Chapiteau avec masque
Chapiteau avec masque.
Deux griffons affrontés
Deux griffons affrontés.
Un acrobate qui se contorsionne
Un acrobate qui se contorsionne.
Deux oiseaux s'abreuvant
Deux oiseaux s'abreuvant.
«L'Adoration des mages»
«L'Adoration des mages»
Peinture sur toile, XVIIe siècle, dans le transept.
LES CHAPITEAUX DES PILIERS DE LA NEF
Deux centaures tenant des lapins
Deux centaures tenant des lapins.
Centaures aux épis de blé.
Deux centaures aux épis de blé.

Les chapiteaux de la nef ont, pour la plupart une décoration à feuillages (acanthe, marronnier, laurier, thym, etc.), quelquefois agrémentée de la présence d'un petit animal ou d'un masque perdu dans les feuilles (voir plus bas). Cette incrustation correspond, pour Charles Terrasse dans son article du Congrès archéologique de France, au style romain. Les peintres de 1859, par leur choix de couleurs sobres, ont mis en avant tous les reliefs décoratifs (voir photo à gauche). En 1837, Mérimée s'est montré très sévère dans sa description : «(...) le galbe corinthien domine, accompagné de feuillages barbares.» Aurait-il eu la même impression après la restauration de 1859? Il a néanmoins remarqué la présence de chapiteaux historiés intéressants : des griffons, des lions ailés, des oiseaux (peut-être des perroquets) ; des paysans tenant des épis ; des centaures tenant des lapins (voir ci-dessus), d'autres des épis. Les centaures aux lapins méritent une précision : l'un des centaures brandit un glaive, l'autre montre vraisemblablement le produit de leur chasse. C'est une scène connue de l'art antique. Elle semble être unique dans la sculpture auvergnate.
Le transept recèle également quelques belles scènes dans les chapiteaux des piliers des absidioles (chapelle du Sacré-Cœur et chapelle Saint-Paul). L'Annonciation et la Luxure sont modernes : ils encadrent l'entrée de la chapelle Saint-Paul, au sud, qui est du XIXe siècle. En revanche, le chapiteau de Satan qui entraîne deux damnés et celui du Porteur de brebis sont du XIIe siècle.

Deux hommes au milieu de céréales.
Deux paysans au milieu de céréales.
La croisée et le croisillon nord
La croisée et sa coupole
avec le croisillon nord du transept.
Le montreur de singes
Le montreur de singes ou deux diables
tiennent un damné par les cheveux.

Chapiteau ésotérique. Il est difficile d'interpréter la scène du chapiteau ci-dessus. Certains y voit un simple montreur de singe ; d'autres, Satan tenant deux pécheurs entièrement nus. On peut aussi y voir deux démons tenant solidement un damné par les cheveux.

Pieta, tableau anonyme dans la nef.
Pieta, tableau anonyme dans la nef (copie?)
Croisillon nord du transept : l'entrée dans l'absidiole nord
Croisillon nord du transept : l'entrée dans l'absidiole nord.
Cette chapelle, dédiée au Sacré-Cœur, est du XIIe siècle.
Son pendant, au sud, dédié à saint Paul, a été ajouté au XIXe siècle.
À DROITE ---»»»
L'Annonciation (créée au XIXe siècle)
Chapiteau à l'entrée de la chapelle Saint-Paul dans le transept.
Deux oiseaux s'abreuvant
Deux oiseaux s'abreuvant
Chapiteau sur un pilier de la nef.
Feuillage, oiseau et masque
Un oiseau et un masque se cachent
au milieu des feuillages.
Chapiteau roman sur un pilier de la nef.
La voûte de la croisée du transept
La coupole de la croisée est posée sur trompes.
Sa décoration est du XIXe siècle.
À DROITE ---»»»
Deux griffons affrontés dans un chapiteau roman
à l'entrée d'une chapelle rayonnante.
Oiseaux dans un chapiteau à l'entrée
Oiseaux dans un chapiteau à l'entrée
d'une chapelle rayonnante.
Deux griffons affrontés dans un chapiteau roman
Vitrail à motif géométrique
Vitrail à motif géométrique
dans la nef (XXe siècle).
Saint Paul
Saint Paul
Statue du Clermontois Chalonnax, 1869.
L'Annonciation L'Annonciation
Le porteur de brebis tire la langue sous l'effort (voir commentaire plus bas).
Vitrail à motif géométrique
Vitrail à motif géométrique
La Luxure
La Luxure
Chapiteau à l'entrée de la chapelle du Saint-Paul.
(XIXe siècle)
La luxure est représentée par un personnage ailé
à califourchon sur un bouc.
Satan tient deux pécheurs nus par une corde
Satan tient deux pécheurs nus par une corde.
Chapiteau à l'entrée de la chapelle du Sacré-Cœur.
Le porteur de brebis
Le porteur de brebis.
Chapiteau à l'entrée de la chapelle du Sacré-Cœur.

Le porteur de brebis tire la langue sous l'effort (voir photo au-dessus). Peut-on y voir le Bon Pasteur? Non. On trouve une explication de ce thème, très fréquent dans les églises auvergnates, dans la brochure éditée par la Paroisse, sous la plume de Pierre Balme (cité par Raoul Ollier) : «Les grotesques bonshommes de nos chapiteaux limagnais, peinant et succombant sous le poids d'une énorme bête, se rapportent à la légende du mouton noir, lutin ou drac, et à son porteur, puni pour sa convoitise.»

LE CHŒUR DE L'ABBATIALE SAINT-AUSTREMOINE
Le chœur de l'abbatiale et ses peintures du XIXe siècle.
Le chœur de l'abbatiale et ses peintures du XIXe siècle.
Vue d'ensemble du chœur.
Vue d'ensemble du chœur.

Le chœur et ses chapiteaux (2/2).
---»» Dans cette œuvre, l'artiste a ingénieusement symbolisé le dernier repas du Christ par une nappe blanche plissée qui fait le tour du chapiteau. Cependant, dans Auvergne romane, ouvrage paru aux éditions du Zodiaque (éditions de 1972), le chanoine Bernard Craplet prie le visiteur de ne pas trop s'enthousiasmer. Pour lui, derrière cette habile composition se cachent «les rondeurs et la mollesse de l'art saint-sulpicien» du XIXe siècle plutôt que «la naïveté d'un art populaire.» Ceux qui connaissent les chapiteaux romans lui donneront raison.
Un autre chapiteau représente la Passion dans deux scènes : la Flagellation et le Portement de croix. Un autre illustre la Résurrection avec les Saintes Femmes au tombeau et les gardes romains assoupis. Le quatrième chapiteau historié met en scène un thème plus rare : les Apparitions du Christ après la Résurrection. On y voit une surprenante face comportant un pan de murailles surmonté de tours gigognes ; un homme sonne de l'olifant derrière un parapet crénelé. Est-ce la Jérusalem céleste ?

Saint Austremoine au milieu des peintures du chœur.
Saint Austremoine au milieu des peintures du chœur.

Le chœur et ses chapiteaux (1/2).
Le chœur est la plus belle partie de l'édifice (quand il est éclairé par la lumière artificielle). Il commence par une travée droite et se poursuit par un hémicycle. Sept arcades surhaussées frappent le regard par leurs couleurs à dominante ocre-rouge, une décoration créée en 1859. Sur la voûte en cul-de-four, le Christ bénissant est l'œuvre d'Anatole Dauvergne (vers 1861). Au-dessous, l'arcature est percée de cinq fenêtres espacées par des baies aveugles où nichent quatre saints évêques du diocèse de Clermont : Austremoine, Avit, Sidoine-Apollinaire et Priest. Malheureusement, même éclairés, il est difficile des distinguer. Conformément à la tradition auvergnate, la voûte du chœur est plus basse que celle de la nef.
Les chapiteaux du chœur en constituent la principale richesse. Quatre sont à feuillages et quatre sont historiés. On ne sait pas exactement quelle proportion des chapiteaux historiés nous vient du Moyen Âge car ils sont loin d'être intacts. Selon les historiens, ils paraissent avoir souffert des soudards du capitaine Merle quand ils occupèrent les lieux en 1575. Ceux-ci ont même essayé de détruire l'édifice. Toujours est-il que, selon Charles Terrasse, dans son article pour le Congrès archéologique de France en 1924, ils auraient été, à l'époque, restaurés en mastic. Une autre restauration eut lieu en stuc en 1830. L'architecte Mallay les restaura une troisième fois en 1852 à l'aide de ciment romain. Enfin, ils subirent les assauts des peintres de 1859. De nombreuses photos de ces chapiteaux sont données plus bas, notamment, le plus connu, la Cène.   ---»» Suite ci-dessous.

Le soubassement du maître-autel (les évangélistes  autour du Christ).
Le soubassement du maître-autel (le Christ entouré des évangélistes).
Peintures d'Anatole Dauvergne (1860).
Peinture de saint Sidonius dans les arcades du chœur (XIXe siècle)
Peinture de saint Sidoine-Apollinaire,
saint évêque du diocèse de Clermont
dans les baies aveugles du chœur (XIXe siècle).
Peinture d'Anatole Dauvergne (1859).
À DROITE ---»»»
Peinture sur les arcades qui entourent le chœur,
XIXe siècle.
On y trouve deux des symboles des quatre évangélistes.
Le Christ peint dans la voûte
Le Christ peint dans la voûte par Anatole Dauvergne (1859).
L'aigle de Jean
L'aigle de Jean
Peinture sur les arcades qui entourent le chœur.
Décoration du XIXe siècle.
Peinture sur les arcades qui entourent le chœur
Le chœur et l'entrée dans le déambulatoire sud.
Le chœur et l'entrée dans le déambulatoire sud.
LES CHAPITEAUX DU CHŒUR
La Cène : le chapiteau est ceint d'une nappe symbolique qui n'a pas  de pieds.
La Cène : le chapiteau est ceint d'une nappe symbolique qui n'a pas de pieds.
Ce chapiteau du chœur est le plus célèbre de l'abbatiale.
La Cène : saint Jean appuie sa tête sur le Christ
La Cène : saint Jean appuie sa tête sur le Christ.
Judas est à droite : c'est le seul qui n'ait pas de nimbe.
La Cène : Jésus et Pierre en gros plan (voir à gauche).
La Cène : Jésus et Pierre.
Le déambulatoire sud et sa voûte d'arètes.
Le déambulatoire sud et sa voûte d'arêtes.
On aperçoit, au second plan, la chapelle axiale.
La Passion : la Flagellation
Chapiteau de la Passion : la Flagellation.
La Passion : la tristesse et la résignation des apôtres
Chapiteau de la Passion :
La tristesse résignée des apôtres.

Issoire et la prière des Quarante-Heures (1/3).
Au début du XVIe siècle, avant même la Contre-Réforme, le culte de l'hostie se répand en Italie. L'idée première est d'exalter l'Eucharistie par des prières expiatoires adressées à Dieu devant le Saint-Sacrement. Quarante est un nombre symbolique : il y a quarante heures entre la mort du Christ et sa Résurrection ; quarante jours entre la Résurrection et l'Ascension ; le Christ a passé quarante jours dans le désert ; les Israélites ont eux-mêmes erré quarante ans dans le désert, etc.
Tout part de Milan, dans la décennie 1527-1537. À cette époque, l'armée du roi de France François Ier guerroie en Italie ; de plus, les troupes de Charles Quint mettent Rome à sac en 1527. Pour obtenir la fin des calamités qui ravagent la péninsule, une nouvelle forme de piété est introduite dans les églises : une supplication de quarante heures devant le Saint-Sacrement. Rapidement, les moines Capucins répandent cette dévotion dans le pays. Dans la décennie 1550, pour contrer les réjouissances profanes du carnaval, les disciples de saint Ignace (et futurs Jésuites) récupèrent le mouvement et l'associent à une pratique cultuelle tournée vers la beauté (pour ce qui est de la forme) et l'expiation des fautes commises pendant le carnaval (pour ce qui est du fond).
À cette époque, l'art baroque triomphe ; le culte s'épanouit dans les couleurs et les décors ; les églises sont illuminées et richement décorées. À Rome, les Quarante-Heures, introduites par Philippe de Néri en 1550, deviennent mensuelles. En 1592, Clément VIII en codifie la pratique ---»» Suite 2/3

La Résurrection : l'Ange et les Sainte Femmes
La Résurrection : l'Ange et les Sainte Femmes.
La Résurrection : les soldats romains dorment au-dessous
La Résurrection : les soldats romains dorment au-dessous
de leurs boucliers. Les armures sont celles du XIIe siècle.
Les Apparitions du Christ : un apôtre tient l'Évangile  dans ses mains.
Les Apparitions du Christ.
Un apôtre tient l'Évangile solidement dans ses mains.
Le déambulatoire et ses chapiteaux romans peints au XIXe siècle.
Le déambulatoire et ses chapiteaux romans peints en 1859.
Les Apparitions du Christ : La Jérusalem céleste
Les Apparitions du Christ : La Jérusalem céleste.
Les Apparitions du Christ : avec Pierre
Les Apparitions du Christ.
Le Christ avec Pierre.
La Résurrection : les Saintes Femmes. ---»»»
Le déambulatoire nord et ses beaux piliers peints.
Le déambulatoire nord et ses beaux piliers peints.
La Résurrection : les Saintes Femmes
Le chœur et le maître-autel au milieu d'une féerie de couleurs
Le chœur et le maître-autel au milieu d'une féerie de dessins et de couleurs.
Les arcades du chœur et les chapiteaux romans.
Les arcades du chœur et les chapiteaux romans.

Issoire et la prière des Quarante-Heures (2/3).
---»»» et les organise de manière continue : quand les prières s'arrêtent dans une église, elles commencent dans une autre. Un principe qui conduira plus tard à l'Adoration perpétuelle.
Pendant le dernier quart du XVIe siècle, par le biais des Capucins, la pratique des Quarante-Heures passe en France. Elle s'implante d'abord dans la province de Lyon. C'est à Annemasse, en territoire de coexistence confessionnelle, que l'Église prit conscience de l'impact que pouvaient avoir sur les réformés la ferveur et la pompe solennelle de ces manifestations. Exalter l'eucharistie lors de processions spectaculaires (souvent à la tombée de la nuit) et mettre en scène la beauté sous toutes ses formes devinrent les impératifs de la nouvelle dévotion. Il fallait impressionner les réformés pour les amener à se convertir.
Les Quarante-Heures s'imposèrent comme un élément essentiel du dispositif de la Contre-Réforme. Le pape Grégoire XV (1621-1623) les encouragea officiellement en France. Portée par ce besoin de grandeur et de faste, les Quarante-Heures expiatoires se transformèrent en Quarante-Heures triomphalistes.
Revenons à Issoire en 1607. Cette localité avait été un bastion du protestantisme auvergnat au XVIe siècle. En 1598, l'Édit de Nantes établit une liste de villes où le culte réformé est autorisé et une autre où il est interdit. À Issoire, le droit d'exercice, âprement discuté, est finalement interdit en 1604 par le Conseil du Roi.   ---»»» Suite 3/3

Issoire et la prière des Quarante-Heures (3/3).
---»»»  Les catholiques fêtent leur victoire. Un moine capucin, le père Barthelemy, établit la confrérie du Saint-Sacrement dans la ville. Désormais, le premier dimanche du mois, une procession parcourra les rues en l'honneur du Saint-Sacrement. La dévotion allant croissante, cette procession se transforma en prière des Quarante-Heures.
Dans son article pour la Revue d'histoire de l'Église de France, l'historien Bernard Dompnier écrit (en citant Julien Blauf, bourgeois d'Issoire qui rédigea une chronique à cette époque) : «Pour la circonstance, l'église d'Issoire fut richement décorée. Dans le chœur fut édifié un "magnifique théâtre" entouré de cierges et surmonté d'un arc triomphal "peint de diverses couleurs, avec des fleurs artificielles sy bien peintes qu'on les jugeoit naturelles". Au-dessus de cette construction couronnée d'arcades garnies de taffetas rouge et d'étoffe blanche, furent suspendus un soleil d'or et une colombe blanche. Par ailleurs, des lampes placées derrière des "fioles de verre pleines d'eaux, mixtionnées de diverses couleurs" illuminaient la voûte.»
Par manque de moyens financiers, Issoire ne peut rivaliser avec la pompe d'Annemasse. Néanmoins, le but est atteint : théâtraliser les Quarante-Heures en Auvergne en exaltant l'Eucharistie et, au-delà, l'Église catholique. Le chroniqueur de l'époque, Julien Blauf, compare d'ailleurs les années 1577 et 1607 - avec un esprit très partisan : «... ce qu'on a remarqué en ces quarante heures digne de mémoire, est que l'année 1577, en feste de Pentecôte, la guerre, le tonnerre, le blaspheme, le mépris de Dieu, le Diable avec ses foudres étoient dans Yssoire, et en l'année 1607, en même feste de Pentecôte, la paix, les louanges à Dieu y habitoient, auquel on crioit Misericorde» (extrait de la chronique citée par Bernard Dompnier). Notre historien poursuit son analyse du récit de Blauf : «Quant à la dévotion suscitée par ce décor, la prédication, le chant des motets, les processions des bourgs avoisinant, elle lui semble tout à fait extraordinaire : les fidèles affluèrent, criaient "Misericorde à Dieu... avec telle ardeur et dévotion, larmes et battements de poitrines, qu'il n'y avoit rien sy endurcy qui ne larmoyât" ; le peuple, au total, "prenoit tel plaisir qu'yl ne vouloit sortir de l'église"».
Les Capucins utilisèrent les Quarante-Heures comme une machine de guerre contre les protestants. Ils prirent un malin plaisir à les organiser dans les villes où se tenaient les synodes provinciaux ou nationaux des réformés. En 1651, ils envoyèrent même une supplique à Rome pour que cette pratique se généralise dans toutes les localités qui abritaient un temple protestant. Il faut croire que de la splendeur du décor jaillissait la vérité de la foi car, si l'on suit les sources, les conversions n'étaient pas rares. À tel point que les pasteurs interdisaient souvent à leurs fidèles de s'approcher des missions et des Quarante-Heures ! Ces rassemblements de pieux catholiques finirent par provoquer une certaine crainte chez les protestants. Ainsi, à Grenoble en 1614, la peur s'empara des réformés de la ville devant l'affluence aux processions. Ainsi encore à La Rochelle en 1641, les processions «en aussi bel ordre que les armées du Dieu vivant, épouvantaient l'hérétique et le forçaient à confesser la force et la grandeur de l'Église romaine.» (Julien Blauf cité par Bernard Dompnier).
De la sorte, au XVIIe siècle, avec les Quarante-Heures, l'Église de Rome inaugura une guerre psychologique au moyen d'une arme pacifique et indestructible : la conversion des âmes par le spectacle de la beauté.

Les réformés ont-ils eux aussi disposé d'une arme pacifique pour amener les catholiques vers la Réforme ? La réponse est positive, mais elle semble peu traitée par les historiens. À l'époque où les Capucins prônaient les spectacles visuels, Luther avait depuis longtemps mis en avant la musique religieuse. Les offices luthériens étaient inséparables du chant. Et tout le monde devait pouvoir chanter. D'où la nécessité de mélodies entraînantes, simples, faciles à entonner pour le commun des mortels. Le catholicisme a créé les messes de Mozart et de Cherubini (qu'il est difficile de reprendre en chœur) ; le protestantisme a créé des messes solennelles, aux accents parfois somptueux (comme la célèbre messe de Noël de Michael Praetorius (1571-1621)), mais aux mélodies faciles à chanter et à retenir. Murées dans leur complexité, les messes catholiques privilégient le latin ; les messes luthériennes, au contraire, utilisent la langue du peuple : l'allemand. Le Gesangbuch, ouvrage conçu par Martin Luther, était un livre de chants que tout réformé se devait de posséder. En faisant la promotion du chant religieux dans la langue vernaculaire, le but de Luther fut double : «en faire un instrument de propagation du message réformateur, ainsi qu'un moyen de participation active des communautés de fidèles à l'acte liturgique», écrit Patrice Veit dans son article sur le Gesangbuch dans l'ouvrage collectif Produire et vendre des livres religieux (PUL, 2022).
C'est à partir de 1523 que Martin Luther va se lancer dans la composition de cantiques en langue allemande. Avant tout dans un but de propagande. Ces cantiques se diffuseront sous forme de feuilles volantes vendues à bas coût. Patrice Veit précise le phénomène : «Propagés notamment grâce à un ensemble de personnes itinérantes, investissant les différents espaces publics (marchés, places, auberges), ils contribuent même par leur chant à enclencher dans certaines villes le processus de passage à la Réformation.»
Si l'on met de côté ces chants exécutés en public, on constate quand même une différence de taille dans les outils de propagande entre les deux religions : les Quarante-Heures des catholiques se déroulaient dans les rues ; la musique religieuse des réformés s'entendait dans les temples. D'où l'avantage des premiers sur les seconds...
Sources : 1) Un aspect de la dévotion eucharistique dans la France du XVIIe siècle : les prières des Quarante-Heures de Bernard Dompnier, Revue d'histoire de l'Église de France, tome 67, n°178, 1981 ; 2) Produire et vendre des livres religieux, Presses Universitaires de Lyon, 2022, article de Patrice Veit sur le Gesangbuch.

La Passion : le Portement de croix
Chapiteau de la Passion :
Le Portement de croix et la tristesse des apôtres.
Chapiteau du chœur à feuillages avec un masque
Chapiteau du chœur à feuillages avec un masque.

Chapiteau du chœur : le Sépulcre.
LES CHAPELLES RAYONNANTES ET LES VITRAUX DU XIXe SIÈCLE
La chapelle axiale est dédiée à la Vierge.
La chapelle axiale est dédiée à la Vierge.
Des cinq chapelles rayonnantes, c'est la seule qui soit voûtée en berceau.
Son plan est en rectangle et non pas semi-circulaire, comme les quatre autres.

À DROITE ---»»»
Vitrail de la chapelle axiale (XIXe siècle).
Il représente des scènes de la vie de Marie
(Mariage, Annonciation et Assomption).

Architecture du chevet. Les chapelles rayonnantes de l'abbatiale sont trop exiguës pour laisser une impression durable sur le visiteur, contrairement au déambulatoire, voûté d'arêtes, qui est vraiment somptueux. Sur les cinq chapelles qui meublent le chevet, quatre ont une voûte en cul-de-four ; seule la chapelle axiale (ci-contre), dédiée à la Vierge, possède une voûte en berceau. De plus, cette chapelle est de forme circulaire et non pas en hémicycle comme les quatre autres. On retrouve dans ces étroites chapelles, sur les colonnettes qui ornent les baies, les motifs des dessins qui ornent la nef. Comme le reste, ils sont issus du badigeonnage intégral de l'église par Dauvergne et Mayoli en 1869.
La chapelle axiale abrite une belle Vierge à l'Enfant du sculpteur lyonnais Garraud (1869). Enfin, des vitraux du XIXe siècle, très standard dans leur pastiche du XIIIe, viennent y donner un regain de couleurs. L'un d'entre eux illustre la vie légendaire de saint Austremoine avec une scène du saint faisant l'aumône aux pauvres et une autre du saint domptant les fauves de la forêt. On retrouve les thèmes chers aux hagiographes du XIXe siècle (voir ci-dessous la polémique à propos du chanoine Godescard.).
Le peintre verrier clermontois Antoine Champrobert a réalisé les deux vitraux des chapelles absidiales du transept en 1866 : le Sacré-Cœur et saint Paul. Ils sont donnés plus bas.

Vitrail de la chapelle axiale (XIXe siècle) Statue de la Vierge à l'Enfant dans la chapelle axiale
Statue de la Vierge à l'Enfant dans la chapelle axiale.
Œuvre du Lyonnais Garraud, 1869.
Vitrail du Sacré-Cœur, 1866
Vitrail du Sacré-Cœur, 1866.
Chapelle du Sacré-Cœur dans le croisillon nord
du transept.
Atelier d'Antoine Champrobert,
peintre verrier clermontois.
Le Mariage de la Vierge
Le Mariage de la Vierge
Extrait du vitrail de la chapelle Saint-Joseph, atelier Mailhot, 1894.
Saint Antoine et son cochon
Saint Antoine et son cochon
Bordure du vitrail de la chapelle axiale, XIXe siècle
Statue de la Vierge à l'Enfant, détail
Statue de la Vierge à l'Enfant, détail
Œuvre du Lyonnais Garraud, 1869.
Vitrail de saint Paul, 1866
Vitrail de saint Paul, 1866 (détail).
Atelier d'Antoine Champrobert (Clermont).
Chapelle rayonnante Sainte-Thérèse
Chapelle rayonnante Sainte-Thérèse.
Vitrail sur la vie de saint Austremoine
Scènes de la vie de saint Austremoine.
Atelier Mailhot, 1894.

Saint Austremoine et l'hagiographie (1/3).
Un flou complet entoure la vie de ce saint auvergnat. Les documents touristiques s'en tiennent à la version de Grégoire de Tours. À savoir : contemporain de l'empereur Dèce (249-251), Austremoine aurait été envoyé en Gaule par le pape, avec sept autres missionnaires. Il s'appelait en fait Stremonius et serait mort en «confesseur», c'est-à-dire de mort naturelle. Enterré à Issoire, sa mémoire est tombée dans un profond oubli, mais l'invention de ses reliques par saint Gall, au VIe siècle, le remit à l'honneur. L'article de Charles Terrasse pour le Congrès archéologique de France en 1924 indique que l'on conserve encore à Mozac, près de Riom, deux fragments du tibia droit de l'apôtre.
Une autre biographie, plus riche à certains égards, a été rédigée par les hagiographes du XIXe siècle. Leur récit s'inspire d'une vie d'Austremoine écrite au VIIe siècle par saint Préject, l'un de ses successeurs.
Il faut d'abord camper le décor de l'hagiographie au XIXe siècle. À la fin du XVIIe et tout au long du XVIIIe, les hagiographes, sous l'influence des Lumières, s'efforcèrent de rester dans un cadre assez restreint qui rejetait l'improuvable et l'inventé. Apparurent ainsi Jean Bolland (1596-1665) en Belgique (qui donna l'école des Bollandistes) et dom Mabillon (1632-1707) en France. Ce dernier ne donna pas naissance à une école, mais il marqua de sa griffe un système d'analyse très rigoureux. Un peu plus tard, en Angleterre, Alban Butler, prêtre catholique (1710-1773) rédigea une vie des saints qui parut en 1745. Ce livre fut traduit en français (et souvent enrichi) par le chanoine Jean-François Godescard (1728-1800).
Normand et vivant à Paris, Godescard partageait les idées de son siècle et connaissait les courants de pensée qui balayaient la capitale. Son œuvre est marquée par les idées jansénistes et l'incrédulité répandue par les philosophes.
Lisons ce que dit un critique, à l'époque, de son ouvrage sur les Saints de France : «Les fidèles y trouveront une Critique saine et judicieuse, avec les maximes d'une piété solide et éclairée. Le pieux et savant auteur a tiré ce qu'il rapporte des Monuments les plus authentiques, et il a passé sous silence les faits merveilleux qui ne sont fondés que sur une crédulité aveugle et superstitieuse : il s'est également éloigné d'une critique sèche ou téméraire.» ---»»» Suite 2/3 à gauche.

Saint Austremoine et l'hagiographie (2/3).
---»»»  Le chanoine Godescard était un auteur très connu dans les milieux catholiques français au XIXe siècle. Toutes les bonnes familles bourgeoises possédaient, dans leur bibliothèque, un exemplaire de son ouvrage La Vie des saints (en dix, douze ou quatorze volumes selon l'édition).
Sous la Restauration, il y eut un sursaut religieux qui se poursuivit sous la Monarchie de Juillet et le Second Empire. Les temps avaient changé. Pour les hagiographes, qui traînaient derrière eux l'impiété et les martyrs de la Révolution, cette façon de traiter l'histoire des saints n'était pas acceptable. Comment ramener les gens à la vraie foi et les maintenir dans le droit chemin si l'on occultait le merveilleux ? Un exemple en fut donné en 1860 lors de la parution, en souscription, d'un ouvrage des Annales Hagiologiques de la France : Les Vies de tous les saints de France. Cette publication de plusieurs tomes (d'où la souscription) était rédigée sous la direction de Charles Barthélemy, directeur de ces mêmes Annales. Notons que, quelques années plus tôt, le révérend père Giry avait édité un ouvrage semblable, mais plus court.
Charles Barthélemy, porteur du renouveau catholique, régla ses comptes avec Godescard et ses précurseurs. En avant-propos de son copieux ouvrage, dans un style acerbe, il leur reprocha de s'être fourvoyés dans l'erreur, la sécheresse de l'analyse, le refus de la vérité historique en rejetant de leurs récits des actes authentiques. Dans son texte, Barthélemy cite un prélat qui attaque violemment Godescard (on se situe visiblement dans les années 1840) : «Il s'est formé, écrit ce prélat, au milieu même des grands travaux d'histoire et d'hagiographie du XVIIe siècle, une école parasite, qui, croissant à l'ombre et à la table des maîtres, a entrepris, qu'on nous passe le mot latin, de digérer, à sa manière, les actes des Saints, les légendes de l'Église, les titres du Martyrologue. Dédaigneux et prudents zoïles, sans fronder en face, sans afficher ni foi, ni irrévérence, ils ont appliqué sournoisement aux Vies des Saints leurs étroites conceptions, un système de mutilation, l'acception des personnes, les timides capitulations, on ne sait quelle horreur du surnaturel. De là le vide et la sécheresse de ces biographies monotones, étiolées, ravalées au niveau le plus vulgaire. Devant ces ombres décolorées et tristes, le peuple a passé indifférent, et la lecture de la Vie des Saints a cessé dans les familles.»
Voilà qui donne l'état d'esprit des hagiographes du XIXe siècle : c'est la guerre ouverte contre les principes des Lumières appliqués à la vie des saints.
Comment Jean-François Godescard présente-t-il la vie de saint Austremoine ? Dans son étude préliminaire, Charles Barthélemy nous donne la réponse en citant son adversaire : «Saint Austremoine, écrit Godescard, est un de ces sept illustres missionnaires qui vinrent dans les Gaules, vers le milieu du IIIe siècle. Il fonda l'Église d'Auvergne, dont il fut le premier évêque... Le détail des actions de saint Austremoine nous est entièrement inconnu. (...)» La dernière phrase est mise en italique par Barthélemy qui commente : «Nous ne savons pas si cette façon d'écrire la Vie des Saints de France est très instructive ; mais, ce que nous savons très bien - et tout le monde l'avouera avec nous, - c'est qu'elle n'est nullement édifiante...» Voilà le grand mot lâché : l'édification morale ! Sous ce prétexte, les hagiographes du XIXe siècle vont tout s'autoriser : imaginer, inventer, affabuler. Ce ne sera plus la vie d'un homme, mais un conte de fées. Quand la rigueur historique contraint Godescard à se contenter de cinq lignes, Barthélemy, par souci d'édification, noircit quinze pages !
Donnons ici quelques aperçus de son «très riche» récit de la vie de saint Austremoine telle qu'on peut encore la lire dans l'édition de 1860 de son ouvrage Les Vies de tous les Saints de France.
Cette vie est tirée de la «biographie» écrite par saint Préject au VIIe siècle. Austremoine, arraché au IIIe siècle, est maintenant un apôtre du Ier siècle. Il fait partie des soixante-douze disciples envoyés par le Christ dans le monde entier pour y prêcher l'Évangile. Gatien fut envoyé à Tours, Trophime à Arles, Paul à Narbonne, Saturnin à Toulouse, Martial à Limoges. Et c'est à Austremoine que revint le gouvernement de l'Auvergne. Auparavant, celui-ci avait pris part, avec les apôtres, à la sainte Cène. ---»»» Suite 3/3.

Austremoine apaise les bêtes sauvages
Austremoine apaise les bêtes sauvages.
Vitrail de la vie légendaire de saint Austremoine
Atelier Mailhot, 1894.
Austremoine secourt les pauvres.
Austremoine secourt les pauvres.
Vitrail de la vie légendaire de saint Austremoine
Atelier Mailhot, 1894.
La Décapitation de saint Austremoine
La Décapitation de saint Austremoine.
Vitrail de la vie de saint Austremoine, atelier Mailhot, 1894.
Joseph dans le Mariage de la Vierge (XIXe siècle)
Joseph dans le Mariage de la Vierge, atelier Mailhot, 1894.
Vitrail de la Vie de Joseph dans la chapelle Saint-Joseph.

Saint Austremoine et l'hagiographie (3/3).
---»»»  «Et aussi, poursuit Barthélemy, le saint jour de la Pentecôte, il reçut, avec les autres disciples, l'Esprit-Saint  dont l'onction profonde lui enseigna toutes choses et le forma en toute science et doctrine, l'établissant solidement dans la foi et le confirmant en toute patience et vérité, - lui accordant les présents abondants des grâces, l'illustrant de sa salutaire munificence et l'enrichissant de la merveilleuse puissance des miracles.» Barthélemy est un maître dans l'art d'édifier...
Accompagné de Nectaire, Ursin et Mamet, Austremoine «pénétra avec intrépidité sur le sol de l'Auvergne.» Là, il prêcha contre les démons et leurs nombreux sanctuaires. Puis il arriva à Clermont, capitale de la région. «Le bruit de la prédication d'Austremoine ébranla aussitôt toute la contrée. (...) il prêchait aux incrédules la gloire de la vie céleste.» Résumons ce prêche selon notre hagiographe : si vous croyez, vous serez sauvé ; sinon vous serez condamné et subirez de «terribles châtiments». L'intolérance de ce discours, encore jamais entendu dans le monde romain, ne cesse pas d'étonner. Il faut croire qu'aucun lecteur du XIXe ne cillait devant cette prose.
Évidemment, Barthélemy ne saurait passer les miracles sous silence : «Par son glorieux commandement, les démons étaient chassés des corps qu'ils obsédaient, et ceux que fatiguaient les souffrances de la maladie se félicitaient d'obtenir aussitôt, - grâce à la salutaire prière d'Austremoine, - la guérison qu'ils souhaitaient. La vue était rendue aux aveugles ; à ceux qui souffraient de la faim de toutes choses, étaient accordées les joies d'un abondant soulagement ; aux riches se révélaient les exemples de la libéralité, - par la vue des très riches aumônes d'Austremoine ; aux pauvres, Austremoine montrait les droits de la patience que glorifie l'enseignement de l'Évangile et que Dieu a enrichie de ses dons ; - en un mot, l'homme du Seigneur se faisait tout à tous pour les gagner tous.»
Ensuite, Barthélemy nous offre un résumé décoiffant des qualités du saint : «(...) c'était un éminent docteur, un partisan assidu de la justice, un amateur de la vérité ; un flambeau de sainteté, un vaillant orateur, un magnifique fondateur d'églises ; fondé dans l'humilité, il était d'une patience exemplaire, d'une libéralité immense, miroir de chasteté et paré de tout ce qui peut honorer un homme.»
Enfin, après avoir gouverné le pontificat de la ville de Clermont pendant trente-six ans, Austremoine décida d'abandonner entièrement les affaires terrestres. Il nomma Urbicus pour lui succéder. Le rédacteur continue : «(...) il se rendit dans une solitude, objet de ses désirs, située au midi de Clermont ; et il y construisit un Monastère à l'endroit qu'on appelle Yciodorus (Issoire) afin d'y vaquer d'autant plus librement au service du Seigneur, qu'il était plus éloigné de l'agitation des hommes.» En poursuivant son récit, Barthélemy fait bien sûr sienne l'histoire de la décapitation d'Austremoine. Dans un premier temps, le saint obtient la conversion au christianisme du fils du «Prince des Juifs». Celui-ci, furieux, jette son fils dans un puits, puis se venge de l'apôtre : il est flagellé par ses gens, décapité et jeté dans le même puits. Pour finir - édification oblige -, les miracles se multiplient : l'âme d'Austremoine paraît portée aux cieux sous la forme d'une colombe ; une source d'eau claire jaillit là où son sang a maculé le sol ; quant à l'eau du puits, elle est source de prodiges : tous les malades qui en boivent sont guéris de leurs maux.
Au XIXe siècle, ce genre de récit, que l'on qualifiera sans peine de mythologique, trouvait encore des lecteurs passionnés.
Devant tant d'affabulations (heureusement rejetées depuis longtemps par les paroisses quand elles rédigent un livret sur leur église), on se rassurera par l'aveu que fait Charles Barthélemy lui-même dans son étude sur Godescard au début de l'édition de 1860. En cherchant des souscripteurs pour ses Annales, il rapporte avoir reçu des réponses comme : «Ayant déjà Godescard, je ne puis m'abonner à votre nouvelle Vie des Saints, etc.». Il ne cache pas qu'il en a été mortifié. Sources : 1) Les Vies de tous les Saints de France, Annales de la France, sous la direction de Charles Barthélemy, Tome Ier, 1860 ; 2) L'abbatiale Saint-Austremoine éditée par la Paroisse, 2004.

Sainte Véronique essuie la face de Jésus.
Le chœur vu depuis le milieu de l'allée centrale
Panneau illustrant la vie d'un saint
Panneau illustrant la vie d'un saint, XIXe siècle.
(Aucune information n'a été trouvée sur ce vitrail)
«««--- À GAUCHE
Sainte Véronique essuie la face de Jésus.
Huile sur toile, époque indéterminée (copie?)
L'orgue de tribune est l'œuvre du facteur Callinet (1870)
L'orgue de tribune est l'œuvre du facteur Callinet (1870).
«««--- À GAUCHE
Le chœur vu depuis le milieu de l'allée centrale.
En haut de l'image, on a l'impression que les restaurateurs
du XIXe siècle ont peint de fausses arcades sur le mur
ouest de la coupole, mais ce sont bien des vraies !
Vitrail à scènes historiées
Vitrail à scènes historiées, XIXe siècle.
Aucune information n'a pu être trouvée
sur ces panneaux qui illustrent
visiblement la vie d'un saint.
Est-ce un compagnon de saint Austremoine?
La crosse de l'abbé et son armoirie
La crosse de l'abbé et son armoirie
sur le balcon du grand orgue.
LA PEINTURE DU JUGEMENT DERNIER (XVe SIÈCLE)
Peinture du Jugement dernier, XVe siècle
Peinture du Jugement dernier, XVe siècle, dans l'ancienne chapelle des catéchismes.
Le Jugement dernier : le Léviathan engloutit les damnés.
Le Jugement dernier : les damnés sont engloutis dans la gueule du Léviathan.
XVe siècle, auteur anonyme.
Les élus louent le Christ à l'heure du Jugement (XVe siècle)
Les élus louent le Christ à l'heure du Jugement (XVe siècle).

Le Jugement dernier, XVe siècle.
C'est une peinture murale du XVe siècle à ne surtout pas rater si vous passez à Issoire et qui se trouve dans l'ancienne chapelle des catéchismes (qui héberge la boutique). Elle permet d'admirer l'imagination d'un artiste de cette époque. En haut, le Christ (ci-contre à droite) se tient assis entre la Vierge et saint Jean-Baptiste. Il est adoré par des élus (ci-contre à gauche). Au-dessous, c'est la fin du monde. Les tombeaux s'ouvrent et les ressuscités en sortent. L'archange saint Michel repousse un démon qui voulait s'approcher d'un groupe de justes réunis en adoration. Quant au monde infernal, sa description est terrible. Le Léviathan, qui symbolise l'entrée des enfers, engloutit les âmes nues, impuissantes à résister au flot qui les submerge. Des damnés purgent déjà leur peine sur une roue où ils sont rôtis.

Le Christ-Juge (XVe siècle)
Le Christ-Juge (XVe siècle).
Le Jugement dernier : saint Michel terrasse un démon.
Le Jugement dernier : saint Michel terrasse un démon.
Peinture du XVe siècle, détail.
LA CRYPTE DU XIIe SIÈCLE
La châsse de saint Austremoine (XIIIe siècle)
LA CRYPTE DU XIIe SIÈCLE
Vue d'ensemble de la crypte.
Vue d'ensemble de la crypte du XIIe siècle.
Plan de la crypte
Plan de la crypte
«««--- À GAUCHE
La châsse de saint Austremoine (XIIIe siècle).

En bas, la scène illustre la visite des Saintes Femmes au Tombeau
En haut, l'Apparition du Christ à Marie-Madeleine.

La crypte de l'abbatiale est assez vaste. Son plan correspond à celui de l'abside de l'église (voir plan ci-contre). Quatre colonnes centrales sans chapiteau délimitent un petit sanctuaire, tandis que huit colonnes, toujours sans chapiteau, dessinent le déambulatoire. Un point distingue la crypte de celles des autres églises romanes importantes de la région : son déambulatoire reçoit vingt-deux colonnes (avec chapiteaux) sur le mur extérieur (voir photo plus bas). La crypte possède cinq chapelles rayonnantes voûtées en berceau. Deux d'entre elles finissent en cul-de-four.
Enfin, on peut trouver, dans cet environnement rempli d'histoire, des marques de tâcheron sur les pierres du chevet ou sur les piliers. Par bonheur, les décorateurs du XIXe siècle n'ont pas touché à cet endroit. On peut donc admirer une architecture intacte. Enfin, on n'oubliera pas de jeter un œil aux chapiteaux romans à feuillage qui scandent le pourtour du déambulatoire et dont certains sont reproduits ici.
Une petite châsse du XIIIe siècle est exposée derrière une grille. Elle a été achetée au XIXe par l'abbé Daguillon, curé de l'église, pour abriter les reliques de saint Austremoine. Elle est couverte d'émaux champlevés de Limoges illustrant la visite des Saintes Femmes au tombeau et le Noli me tangere du Christ à Marie-Madeleine.
Source : Brochure de la paroisse.

Vue de la crypte avec la statue en bois d'un évêque
Vue de la crypte avec la statue en bois d'un évêque.
Vitrail de la crypte
Vitrail de la crypte
Statue d'un évêque bénissant (XVe ou XVIe siècle)
Statue d'un évêque bénissant (XVe ou XVIe siècle).
Chapiteau roman de la crypte
Chapiteau roman de la crypte
CHAPITEAUX ROMANS
DE LA CRYPTE
Chapiteau roman de la crypte
Chapiteau roman de la crypte
Le déambulatoire
Le déambulatoire de la crypte.
Vingt-deux colonnes ornent son mur extérieur.
On en aperçoit deux dans la partie droite de la photo.
L'autel de la crypte et la statue d'Henri Charlier
L'autel de la crypte et la statue d'Henri Charlier.
Notre-Dame du Précieux Sang, détail
Notre-Dame du Précieux Sang, détail.
Œuvre d'Henri Charlier, XXe siècle.
Une absidiole de la crypte.
Une absidiole de la crypte voûtée en berceau
avec sa fenêtre romane.
La nef et l'orgue de tribune vus depuis la croisée.
La nef et l'orgue de tribune vus depuis la croisée du transept.

Documentation : «L'abbatiale Saint-Austremoine», brochure réalisée par la Paroisse Saint-Austremoine (Éditions Gaud)
+ Congrès archéologique de France tenu à Clermont-Ferrand en 1924, article sur l'abbatiale d'Issoire par Charles Terrasse
+ «Les Vies de tous les saints de France» sous la direction de Ch. Barthélemy, Versailles 1860
+ «Auvergne romane» du chanoine Bernard Craplet, éditions du Zodiaque, collection La nuit des temps, 4e édition de 1972
+ «Produire et vendre des livres religieux» sous la direction de Philippe Martin, Presses Universitaires de Lyon, 2022.
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