Accueil
 Histoire navale
 Céramique
 Bibliographie
 Les Grands Thèmes
  PATRIMOINE
  Châteaux, palais,
    Églises, monuments
Est Ouest Sud-Ouest Nord IdF Sud-Est Centre-OuestCentre-Est
RÉGIONS


 Contact
Page créée en déc. 2025
??
Châsse de saint Calmin, détail : la Vierge de la Crucifixion

L'origine de l'abbaye de Mozac remonterait, d'après une fausse charte, à l'époque mérovingienne. Elle aurait été fondée par Calminus, «sénateur romain», à la fin du VIIe siècle et par Namadie, son épouse.
Les documents historiques deviennent vraiment sérieux à partir du milieu du IXe siècle. Il est à ce titre vraisemblable, selon l'historienne Laurence Cabrero-Ravel, qu'en 848 les reliques de saint Austremoine aient été transférées de Saint-Priest de Volvic au monastère de Mozac.
Dans Auvergne romane (éditions Zodiaque, 1972), le chanoine Bernard Craplet évoque la possibilité de quatre édifices successifs : le premier, Mozac I, fondé à l'époque mérovingienne dont il reste une crypte et les élévations inférieures du clocher-porche ; le deuxième, Mozac II, daté de l'époque carolingienne, correspondrait aux libéralités de Pépin d'Aquitaine et au transfert des reliques de saint Austremoine à Mozac.
Une date est importante dans l'histoire de l'abbatiale : pour mettre un terme au relâchement des moines, elle est rattachée à l'ordre de Cluny en 1095. Il s'ensuit des querelles sans fin entre Mozac et l'évêque de Clermont, et entre Mozac et l'abbé de Cluny. De cette époque tourmentée date la fameuse fausse charte.
Avec Cluny arrive Mozac III : un édifice roman de soixante mètres de long avec tribunes sur les bas-côtés et large chevet à déambulatoire. Hugues de Semur, neveu de saint Hugues, en fut l'abbé en 1102. Eustache de Montboissier, frère de Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, le fut en 1131. Le blason de la famille Montboissier est visible dans le transept.
Au milieu du XVe siècle, l'église romane est bien dégradée (un tremblement de terre survient en 1437). L'abbé Raymond de Marcenat (1459-1470) entreprend des grands travaux qui modifient l'église en la simplifiant : suppression des tribunes avec abaissement de la voûte centrale ; abattement du chevet remplacé par une petite structure gothique ; transept et bas-côté sud reconstruits, là encore, en style gothique. On aboutit ainsi à Mozac IV.
Trois autres tremblements de terre sont recensés : 1476, 1478 et 1490. Ils vont conduire à des travaux de restauration sans que les historiens sachent exactement la part de ces travaux au sein de la reconstruction de l'abbé de Marcenat.
En 1741, les voûtes lambrissées de la nef, de la croisée et du chœur sont reconstruites en style ogival quadripartite.
En 1791, le cloître est détruit ; l'abbaye, supprimée. Elle ne comptait plus que six moines.
L'édifice est inscrit au titre des Monuments historiques dès la compilation de la première liste en 1840.
L'église Saint-Pierre reste le haut-lieu des chapiteaux auvergnats. Par leur nombre et leur beauté, ils en sont la véritable marque artistique. Pour le chanoine Bernard Craplet, l'abbatiale a en outre conservé son esprit monastique grâce aux stalles du XVe siècle et aux boiseries du XVIIIe dans le sanctuaire. Enfin, quelques vitraux du XVe siècle subsistent dans les baies du chevet. Une œuvre d'art mérite attention : la châsse de saint Calmin datée de la fin du XIIe siècle.

Chapiteau de la Résurrection, détail : Marie-Madeleine au tombeau


Vue de la nef et du chœur depuis l'ouest.

ASPECT EXTÉRIEUR DE L'ÉGLISE SAINT-PIERRE

Côté sud de l'église (XIIe siècle).

Architecture extérieure.
Elle porte la trace des importants remaniements du XVe siècle. Le côté nord roman date du XIIe siècle (photo ci-contre). Au XVe, la voûte s'effondre. La nouvelle voûte sera plus basse et l'église perdra ses tribunes (cf les arcades interrompues au second niveau).
Le clocher-porche est en partie l'élément le plus ancien de l'édifice.
Le chevet gothique est du XVe siècle. Il ne reste rien du premier chevet roman, plus vaste (cf plan).
L'élément le plus curieux est le message du XIIe siècle, gravé dans l'arc en plein cintre de l'archivolte. Il oppose la porte matériel à la porte céleste et signifie à peu près : En pénétrant dans le temple, élève bien haut ton regard. Respecte ce lieu : le Christ en est la porte.
Au XIXe siècle, le piètre état de ces lettres gravées a entraîné une erreur de lecture. En 1913, l'abbé Luzuy, pour le Congrès archéologique de France, en donne encore une interprétation incorrecte. En 1972, dans Auvergne romane, le chanoine Bernard Craplet en livre une lecture définitive.


Portail d'entrée au nord.
Le message annoncé aux pèlerins n'est pas celui qu'on croit. Il est dans l'arc en plein cintre et non pas sur le tympan.

Linteau de l'Hommage, XIIe siècle.

Le linteau de l'Hommage.
Ce bas-relief se trouve au-dessus de la porte du croisillon sud qui donnait accès au cloître (disparu au XVe siècle).
Une Vierge en majesté, tenant son fils, est entourée de saints (Pierre, Jean, Austremoine). À gauche, l'abbé de Mozac se prosterne. Le sculpteur suit une règle archaïque : la taille du personnage dépend de son importance ou de sa dignité.
Selon la tradition, l'homme qui se prosterne est Eustache de Montboissier, abbé de Mozac, qui lança la construction de l'église du XIIe siècle. Il demande protection à la Vierge pour son abbaye par l'intercession de saint Austremoine.


Le chevet gothique date du XVe siècle.
Il a succédé à un chevet roman du XIIe siècle,
beaucoup plus ample (voir plan).
ARCHITECTURE INTÉRIEURE DE L'ÉGLISE SAINT-PIERRE

Le nef et l'élévation sud (XVe siècle).
Seules les piles qui séparent la nef du bas-côté sud sont du XIIe siècle.

Plan de l'église
(Relevé de l'architecte Ruprich-Robert au XIXe siècle).

Chemin de croix, station I :
Jésus est condamné.

Le chemin de croix.
Il a été offert par le Président honoraire de la Cour d'Appel de Riom en 1903.
Les panneaux sont conçus en lave émaillée. Les dessins sont de l'atelier Gaudin ; l'émaillage, de l'atelier Seurat.


Chemin de croix, station III :
Jésus tombe sous le poids de la croix.

Architecture intérieure.
Si le visiteur regarde attentivement l'abbatiale Saint-Pierre, elle lui donnera l'image d'un édifice mutilé et réparé. De la première église romane, il ne reste que les piles, les arcades et l'élévation nord. Avec ses baies tréflées, l'élévation sud, érigée au XVe siècle en style gothique, s'oppose à l'élévation romane et à ses fenêtres en plein cintre. Les bas-murs autour des arcades des chapelles sud sont en appareil à pierres apparentes. Prosper Mérimée, inspecteur général des Monuments historiques, passe à Mozac en 1837. «La nef elle-même est d'une très grande simplicité», écrit-il dans ses Notes d'un voyage en Auvergne.
Au sud, deux des chapelles latérales ont été terminées en 1480, comme le rappelle une inscription en style flamboyant. La chapelle qui abrite le baptistère remonte, quant à elle, au XVIIIe siècle. De même que la voûte d'ogives qui recouvre la nef.
Au XIIe siècle, la croisée était vraisemblablement surmontée d'une coupole et d'un clocher octogone comme à Saint-Amable à Riom. Les croisillons étaient voûtés en berceau. Dégradé par la vétusté, tout fut transformé aux XVe et XVIIIe siècles. Le transept, maintenant à voûtes d'ogives quadripartites, est riche de deux chapelles, de vitraux du XIXe et de clés-de-voûte portant, à n'en pas douter, la mémoire des donateurs du XVe siècle.
Le chevet du XVe siècle, qui abrite le sanctuaire, est bien plus petit que le chevet roman du XIIe. Il est à présent typiquement gothique avec ses trois hautes verrières surmontées chacune d'un oculus. C'est là qu'on peut admirer les derniers vitraux du XVe siècle qui subsistent dans l'église.
Mérimée se montre négatif. Il écrit : «Le chœur tout entier, les transepts [croisillons] et les voûtes de la nef, reconstruits au XVe siècle, n'offrent aucun intérêt.» Depuis Mérimée, deux siècles ont passé. L'endroit a maintenant plus de cinq cents ans et l'intérêt de ces vieilles pierres s'est accru.
En 1972, dans Auvergne romane, le chanoine Bernard Craplet, ecclésiastique de son état, apprécie néanmoins l'âme monastique que l'abbatiale a mieux conservée que celle de Saint-Austremoine à Issoire. La raison en est la présence d'un important mobilier «que la Révolution a relativement épargné», précise-t-il (stalles et boiseries dans le sanctuaire).


Partie ouest de la nef avec ses deux chapiteaux historiés (Résurrection et Atlantes).
La façade ouest est datée du XIe siècle avec une porte gothique du XVe.
À gauche, la partie de l'élévation sud visible sur la photo remonte au XIIe siècle.

Porte occidentale gothique du XVe siècle.
On note la présence de deux blasons
de l'abbé Raymond de Marcenat.

Chaire à prêcher.
XVIIIe siècle.

L'élévation nord romane.
Les arcades en plein cintre (nord et sud) remontent au XIIe siècle.

Vierge à l'Enfant.

La Guérison du boiteux et du paralytique par saint Pierre.
Tableau anonyme du XVIIe siècle.

Saint Calmin.

Le bas-côté nord, ici vu depuis le transept, date du XIIe siècle.
Les bas-côtés sont voûtés d'arêtes.

L'Assomption
Tableau anonyme, XVIIe siècle (?)

Saint Austremoine.

Le côté sud de l'église et deux de ses chapelles datent du XVe siècle.
Le style est gothique. La chapelle du baptistère, sur la droite, remonte au XVIIIe siècle.

La chapelle du baptistère date du XVIIIe siècle.

Baie 14 : Scènes de la vie de saint Austremoine.
À gauche, son Martyre ; à droite, la construction de l'abbaye de Mozac.
Atelier Félix Gaudin. Fin du XIXe siècle.

Saint Irène avec saint Sébastien et saint Roch.
Toile anonyme du XVIIe siècle.

Saint Irène avec saint Sébastien et saint Roch.
Cette toile anonyme, datée du XVIIe siècle, pose quelques questions.
Identifier les personnages est simple : à gauche, saint Sébastien criblé de flèches ; au centre, sainte Irène qui soigne le saint après son martyre ; enfin, à droite, saint Roch qui montre son bubon.
Pourquoi avoir associé Sébastien et Roch ?
En 1631, il y eut une peste à Riom. Sébastien et Roch sont invoqués comme saints protecteurs. Les habitants s'en allaient alors à Marsat en pèlerinage prier la Vierge. Mozac se trouve sur le chemin : c'est peut-être là l'explication de la présence de ce tableau à l'église Saint-Pierre. Source : panneau.


Christ en croix dans la chapelle du baptistère.

Ces deux chapelles du bas-côté sud sont du XVe siècle.
Elles datent des travaux entrepris par l'abbé Raymond de Marcenat.

Chapelle sud du XVe siècle, plaque commémorative.

Plaque commémorative.
Deux des chapelles sud ont été achevées en 1480. La preuve en est fournie par cette plaque commémorative. On y lit que, en l'an mil quatre cent quatre-vingts, cette chapelle a été fondée par Gilles Focaud, sacristain, en l'honneur de saint Sébastien.


Chapiteaux (corinthien à feuillages et hommes chevauchant des boucs).

Le bas-côté sud vu depuis l'ouest (XVe siècle, y compris pour la voûte d'arêtes).
LES CHAPITEAUX DE L'ÉGLISE SAINT-PIERRE

Les chapiteaux (1/3).
Tous datés du XIIe siècle, les 48 chapiteaux constituent la principale richesse artistique de l'église Saint-Pierre. Les trois principaux, qui sont aussi les trois plus beaux, se trouvent dans l'avant-nef et dans le chœur, placés sur de petites stèles. Au XIIe siècle, ces chapiteaux (dits historiés) couronnaient des colonnes isolées du déambulatoire (détruit au XVe).
Les autres ornent le haut des piles de la nef
Les chapiteaux de la nef peuvent être groupés en trois familles : ceux à sculpture figurée ; ceux à sculpture historiée ; enfin les chapiteaux corinthiens à feuillages. La part de la sculpture figurée est importante, ce qui est en Auvergne une originalité de l'abbatiale.
De nombreux chapiteaux figurés (c'est-à-dire qui ne racontent pas une histoire et ne sont pas non plus à thème floral) sont donnés dans cette page : centaures, hommes chevauchant des boucs, griffons s'abreuvant à un calice, dragons affrontés, vendangeurs, oiseaux affrontés, singe encordé, etc.
Chapiteaux historiés :
Histoire de Jonas et Délivrance de Pierre.
Chapiteaux figurés :
Dans Auvergne romane (éditions Zodiaque, 1972), le chanoine Bernard Craplet souligne la souplesse des traits des visages humains de ces reliefs. Il ajoute : «Les sculpteurs évitent soigneusement de donner à la figure humaine des proportions qui l'éloignent trop de son aspect réel. Les têtes ont un volume normal par rapport au corps.»
---»» Suite 2/3 ci-dessous à droite.


Chapiteaux romans figurés sur les piles nord de la nef.

De gauche à droite

:

singe encordé ;
hommes chevauchant des boucs ;
griffons s'abreuvant à un calice ;
oiseaux à queue de feuillage
.

Chapiteau corinthien.
XIIe siècle.

Les chapiteaux (2/3).
---»» De la sorte, il constate qu'aucun personnage n'est présenté debout. Ils sont assis ou avec un genou à terre, ou encore chevauchant un bouc ou un poisson, voire rampant comme le voleur de grappes dans la vigne.
La plupart de ces scènes figurées ont une origine antique (au sens le plus large). Un petit nombre d'entre elles est tiré de l'imaginaire médiéval. C'est le cas du singe encordé (thème très répandu en Auvergne).
Chapiteaux corinthiens :
Dans sa présentation de l'abbatiale pour le Congrès archéologique de France tenu en l'an 2000 en Basse-Auvergne, l'historienne Laurence Cabrero-Ravel rappelle que ces chapiteaux, «également en bon nombre, reproduisent la complexité des œuvres canoniques de l'Antiquité romaine, ce qui est relativement rare en Auvergne, ou offrent des compositions plus libres.» De toute évidence, ajoute-t-elle, cette liberté suggère «une certaine familiarité avec les œuvres gallo-romaines».
Cette page donne quatre exemples de chapiteaux corinthiens où le tissu de feuilles est parfois enrichi de masques humains ou simiesques.
---»» Suite 3/3 ci-dessous à gauche.


Chapiteau corinthien orné d'un masque simiesque.
XIIe siècle.

Les chapiteaux (3/3).
---»» L'ensemble des chapiteaux figurés et historiés de Saint-Pierre de Mozac se distingue par la qualité de l'exécution. Jugeant de la pierre, Laurence Cabrero-Ravel constate que «les blocs ont été sensiblement recreusés après le stade de l'épannelage, de manière à dégager énergiquement les éléments de la composition du fond.»
Le type de sculpture est le haut-relief, avec des personnages nettement dessinés, aux bras souvent séparés du corps.
Laurence Cabrero-Ravel conclut : «Partout règnent la beauté, l'élégance et la sérénité. Le respect des proportions, la stabilité des attitudes, la souplesse des gestes et la sensualité du modelé des personnages, manifestent une sensibilité à l'être humain sans doute exacerbée par l'observation de la sculpture gallo-romaine. Animaux et hybrides, aux formes pleines, au dynamisme contenu et au port souvent altier, sont rendus avec autant de plasticité.»


La tête d'un centaure et ses cheveux en boucles.

Un maraudeur aux cheveux raides dérobe une grappe de vignes.

Le dilemme des historiens : combien d'ateliers ?
En 1966, dans son article sur Saint-Pierre écrit pour l'Histoire des églises de France, le chanoine Bernard Craplet évoque la possibilité de trois ateliers ayant travaillé à la sculpture de l'abbatiale : le premier (et le plus ancien) sur le linteau de l'Hommage ; le deuxième sur les chapiteaux historiés (à quatre côtés) de l'ancien déambulatoire ; le troisième sur les chapiteaux engagés de la nef.
Abandonnant le linteau, l'historien traite d''abord le cas des plus beaux chapiteaux de l'église : ceux de l'ancien déambulatoire. À son époque, il en restait deux : la Résurrection et les Atlantes. Le troisième, celui des Quatre anges et des quatre Vents, a été découvert en 1983.
Il résume les grands traits de ces chapiteaux en deux phrases : «Le canon des personnages, aux proportions ramassées, est conforme aux traditions de la sculpture romane d'Auvergne et de la statuaire gallo-romaine, dont elle s'inspire. Les plis sont traités sommairement, mais le modelé des visages est subtil.»
Les chapiteaux de la nef reçoivent un autre commentaire : «Le style en est plus libre, la facture plus aisée et la composition est parfois d'un grand raffinement.» Même s'il connaissait la sculpture bourguignonne, cet atelier est resté fidèle aux traditions locales, s'inspirant, comme toujours en Auvergne, des antiquités romaine et chrétienne, d'un vieux fond oriental via des étoffes sassanides ou byzantines, et du folklore de la province.
En 1972, dans son ouvrage Auvergne romane, le chanoine analyse à nouveau les chapiteaux de l'abbatiale et revient sur son hypothèse. Laissant toujours de côté le linteau de l'Hommage, il émet l'hypothèse d'un seul atelier de sculpture qui aurait adapté ses créations à la structure même des chapiteaux : les historiés (grande hauteur et à quatre faces) et les figurés (petite hauteur et engagée dans les murs ou les colonnes).
S'intéressant d'abord aux règles de l'art qui font s'opposer les deux familles de chapiteaux, il souligne que le chapiteau historié possède quatre faces, d'où l'existence d'une grande surface continue, alors que le chapiteau engagé ne dispose que d'une face frontale et de deux retours, c'est-à-dire deux petits côtés où il est difficile de prolonger la scène frontale. D'où le recours fréquent, dans cette famille de chapiteaux, aux animaux affrontés (ou adossés) pour gagner de la place.
Enfin, commente-t-il, le chapiteau historié est une œuvre d'art soumise à autorité. L'artiste doit suivre un thème et une composition imposés (souvent par le chapitre). Il est rare qu'il ait les coudées franches. Ainsi, en analysant l'ensemble des chapiteaux historiés qui nous sont parvenus, l'historienne Laurence Cabrero-Ravel (Congrès archéologique de France, an 2000) se demande s'il n'y a pas une volonté de faire représenter un cycle de la Passion dans le déambulatoire du XIIe siècle avec la Résurrection, les Anges de l'Apocalypse et les Anges portant des phylactères avec les incipit des Évangélistes (ce dernier chapiteau a été acquis par le Victoria and Albert Museum à Londres). Ce cycle pourrait avoir été choisi par l'abbé de Saint-Pierre qui aurait lui-même défini la nature des chapiteaux du déambulatoire.
Le chanoine Bernard Craplet cherche ensuite les points stylistiques communs entre les deux familles de chapiteaux. Il trouve d'abord, dans le modelé, la tendance à la ronde-bosse. Si les têtes et les bras des «atlantes» se détachent partiellement du fond, ils ne sont pas les seuls. «À une échelle moindre, écrit-il, on trouve le même procédé dans la nef. Sur tous les chapiteaux les têtes ont toujours leur volume réel par rapport au corps et ressortent en haut relief et souvent les membres - bras et jambes - sont partiellement en ronde-bosse.»
Point commun entre les deux familles plus déterminant encore : les coiffures masculines. Celles des atlantes lui servent de référence. Il y observe deux styles : «1) larges mèches se terminant par des bouclettes en colimaçon et s'enroulant dans le sens inverse des aiguilles d'une montre ; 2) mèches parallèles, très larges aussi, mais raides, régulières, collant à la tête, avec ou sans rainure médiane.»
Ce style de coiffure se répère dans presque tous les chapiteaux de la nef (Délivrance de saint Pierre, Centaures, Vendangeurs, Tobie, Marins jetant Jonas à la mer, etc.)
Observant que dans l'église il y a près de cinquante mètres entre le sanctuaire (chapiteau des atlantes) et le chapiteau des grimpeurs (c'est-à-dire les chapiteaux le plus à l'ouest), le chanoine en déduit que le même style de coiffure ne peut pas être un hasard. Il faut y voir la signature d'un même atelier qui aurait travaillé dans un délai relativement court.
Bernard Craplet conclut que si le chantier de la construction de l'abbatiale a commencé à la toute fin du XIe siècle (1095 étant l'année de l'affectation à Cluny), l'atelier de sculpture a dû être actif dans le premier quart du XIIe siècle.


Centaures tenant des pommes de pin.

Victoires tenant des boucliers.

Victoires tenant des boucliers.
Ce thème vient de l'antiquité classique et des triomphes romains. Lors d'un triomphe, les soldats qui accompagnaient le général victorieux brandissaient des boucliers où leurs noms étaient peints
Ici, le sculpteur n'a repris qu'une partie de la coutume : les boucliers sont nus, tout comme les personnages qui les brandissent au-dessus d'un rideau de feuilles d'acanthes.


Chapiteau de la Résurrection.
Les Saintes Femmes au tombeau.
XIIe siècle.


Chapiteau des Atlantes.
XIIe siècle.

«««--- Chapiteau de la Résurrection.
Ce célèbre chapiteau du XIIe siècle évoque la Résurrection de manière indirecte : par la visite des Saintes Femmes au tombeau le matin de Pâques.
Le bas-relief des femmes, avec Marie-Madeleine au centre, est la partie la plus connue. La proportion des corps y est déséquilibrée : la tête occupe le quart de la hauteur des personnages (contre un septième pour la norme). C'est là «une parfaite illustration du canon auvergnat du corps humain, dans la tradition gallo-romaine, avec des têtes énormes sur des corps brefs», écrit le chanoine Bernard Craplet dans Auvergne romane (éditions Zodiaque, 1972).
Il est clair que ce sont les jambes qui sont rétrécies. Mais ce qui compte pour ce sculpteur anonyme (surnommé le Maître de Mozac), c'est la lisibilité de la scène et l'harmonie de la composition.
Découvert dans les années 1840 lors des fouilles de la crypte, ce chapiteau était l'un des huit qui couronnaient les piles du déambulatoire. À cinq mètres de haut ! L'appréciation visuelle devait être bien différente de celle qu'on peut porter aujourd'hui alors que l'œuvre, placée dans l'avant-nef, est à portée de la main (voir photo plus haut).
Si les Saintes Femmes paraissent statiques, ce n'est pas le cas de l'ange de la Résurrection (donné ci-dessous). Sculpté cette fois dans des proportions plus réalistes, marqué d'un visage juvénil, il tend le bras avec dynamisme pour annoncer le message pascal : le Maître n'est pas là car Il est ressuscité.
Derrière l'ange, le Maître de Mozac a représenté un somptueux tombeau avec son corps principal, son toit, son clocher et même des lampes censées briller sous les arcades. Quant aux trois soldats profondément endormis, ils sont habillés en guerriers médiévaux : haubert, casque conique à nasal, épée et bouclier en amande.


Chapiteau de la Résurrection.
Un soldat romain endormi à côté du tombeau du Christ.
XIIe siècle.

Chapiteau de la Résurrection.
Un ange informe les Saintes Femmes que
le Maître n'est pas là car Il est ressuscité.
XIIe siècle.

«««--- Chapiteau des Atlantes.
En regardant de près ce chapiteau du XIIe siècle, on voit que l'appellation est impropre parce que les «atlantes» ne soutiennent rien.
Quatre hommes nus agenouillés, appuyés sur leurs genoux, occupent les quatre angles du chapiteau. Ces hauts-reliefs, qui ont la nuque et les épaules détachées du fond, se rapprochent de la ronde-bosse. Les quatre visages sont différents, tout comme les gestes de leurs bras et de leurs mains. Ce qui traduit une réelle recherche dans les modelés.
Dans Auvergne romane (Zodiaque, 1972), le chanoine Bernard Craplet souligne que, en joignant leurs mains à hauteur des pommes de pin qu'ils essaient de saisir, les atlantes constituent presque une guirlande à base humaine et florale. N'est-ce pas là un Arbre de Vie autour duquel dansent les fils de la Résurrection ?
Bernard Craplet porte aussi l'attention sur les cheveux des atlantes. Ils sont de deux sortes : soit des tresses parallèles ; soit des boucles en tire-bouchon (gros plans ci-dessous). Constatant que ce type de chevelure se trouve dans presque tous les personnages des chapiteaux de l'église, il en conclut qu'il faut y voir comme la signature d'un seul atelier (voir encadré plus haut).


Chapiteau des Atlantes, détail.
La coiffure est constituée de larges
mèches se terminant par des bouclettes.

Chapiteau des Atlantes.
XIIe siècle.

Chapiteau des Atlantes, détail.
La coiffure est constituée de mèches
parallèles, larges et raides.

Chapiteau des quatre Anges et des quatre Vents.
XIIe siècle.

Chapiteau des quatre Anges et des quatre Vents.
D'après la note affichée dans l'église, ce chapiteau a été découvert en 1983 par le père Granet, curé de Mozac. Il est à présent exposé dans le chœur.
Au XVe siècle, après le tremblement de terre (de 1437 ?) qui détruisit une partie de l'abbatiale, il avait été utilisé comme pierre à bâtir.
Le thème du chapiteau est une illustration de l'Apocalypse de Jean (chapitre 7).
Quatre anges, situés aux quatre coins de la terre (et aux quatre coins du chapiteau), maintiennent les quatre vents pour les empêcher de souffler. Dans l'Apocalypse, ces anges ont reçu le pouvoir de faire le mal, mais ils obéissent à un autre ange qui leur dit :
Ne faites pas de mal à la terre, à la mer et aux arbres avant que nous ayons marqué du sceau le front des serviteurs de notre Dieu.
Cent quarante-quatre mille personnes, issues des tributs d'Israël, seront marquées du sceau.
Dans le chapiteau, les vents prennent forme humaine et tiennent des cors, symbole des mots qui, mal utilisés, créent le mal.
C'est pourquoi les anges maintiennent la bouche des vents fermée, attendant que les serviteurs de Dieu soient marqués du sceau.


Chapiteau des quatre Anges et des quatre Vents.
Un ange maintient fermée la bouche d'un vent.

Chapiteau de Jonas.
Il contient deux scènes distinctes tirées du Livre biblique de Jonas.
Dieu demande au prophète Jonas d'aller prêcher à Ninive pour que la ville se repente et se convertisse. Le prophète refuse et prend la mer pour s'éloigner de la ville.
La tempête menace le navire. Conscient d'être la source du mal, Jonas demande à être jeté à la mer (scène ci-contre). Une baleine est là pour l'avaler. Détail coasse : l'un des marins, refusant de voir la scène, se bouche les yeux avec sa main.
Jonas, finalement rejeté par le monstre marin, se repose au pied d'un genévrier, non loin des murs de Ninive (scène à droite).
Finalement, il s'en ira à Ninive et convertira la ville.


Chapiteau de l'histoire de Jonas.
C'est à sa demande que Jonas est jeté à la mer.

Chapiteau de l'histoire de Jonas.
Sorti du monstre marin, Jonas se repose. Les tours de Ninive sont en vue.

Chapiteau de la Délivrance de saint Pierre.
Saint Pierre enchaîné est secouru par un ange qui fait
sauter ses chaînes et ouvrir les portes de la prison.

Chapiteau de La Délivrance de Pierre.
Cette histoire est tirée des Actes des Apôtres.
Au 1er siècle, le roi Hérode, qui cherchait à plaire aux Juifs, commença à s'en prendre aux chrétiens. L'apôtre Jacques avait été décapité sur son ordre et les Juifs en avaient été satisfaits.
Hérode continua son oppression et fit arrêter Pierre qui fut jeté en prison, enchaîné et gardé jour et nuit.
Un ange lui apparut et le délivra de ses chaînes. Les gardes endormis ne réagirent pas. Devant ce prodige, Pierre fut convaincu qu'il rêvait.
Dans le retour de la scène principale (photo à droite), l'ange et Pierre, sortis de la prison, cheminent dans la rue, puis l'ange disparaît. Se retrouvant seul à l'extérieur, Pierre réalise alors que tout était vrai.
On remarquera la chevelure de saint Pierre à droite : mèches parallèles, larges et raides.


Chapiteau de la Délivrance de saint Pierre.
À la sortie de la prison; l'ange et saint Pierre
cheminent ensemble.

Chapiteau des Centaures et chapiteau des Victoires aux boucliers.
Ces deux thèmes sont tirés de l'Antiquité.

Chapiteau des deux maraudeurs.
L'un fait le guet pendant que l'autre vole les grappes.

Hommes chevauchant des boucs.

Chapiteau de Tobie et Samson.
Tobie chevauche un gros poisson et rapporte le fiel pour guérir la cécité de son père.

Chapiteau de Tobie et Samson.
Samson brise la mâchoire du lion de Thamnata.

Griffons s'abreuvant à un calice.

Dragons ailés affrontés.

Oiseaux à queue de feuillage affrontés.

«««--- Chapiteau de Tobie et Samson.
Dans ce chapiteau, de part et d'autre d'un arbuste aux branches asymétriques, on voit, à gauche, Tobie chevaucher un gros poisson. Il porte un petit sac qui contient le fiel du poisson avec lequel il va guérir la cécité de son vieux père.
De l'autre côté de l'arbuste, Samson, barbu, rompt les mâchoires du lion de Thamnata.
On remarquera la coiffure de Tobie : mèches parallèles, larges et raides.


Chapiteau avec homme et singe assis.
L'homme tient un vase et symbolise la générosité.

Chapiteau avec homme et singe assis.
Le singe à corps d'homme tient une bourse pleine et symbolise l'avarice.

Chapiteau des deux maraudeurs.
L'un fait le guet pendant que l'autre vole les grappes.

Hommes avec un genou à terre
parmi les pommes de pin.

Chapiteau du singe encordé.

Chapiteau du singe encordé.
C'est un thème très répandu dans les églises romanes d'Auvergne.
Le singe, qui a le corps d'un homme, représente l'instinct bestial, le péché, qui se tapit en tout homme et que la raison (la part noble et réfléchie de l'homme) doit tenir en bride.


Chapiteau du singe encordé.

Chapiteau avec les armoiries de l'abbé
Raymond de Marcenat entre deux feuilles de chêne.

Un singe, à corps d'homme, est assis à côté des armoiries
de l'abbé Raymond de Marcenat.

Les armoiries de Raymond de Marcenat
Il n'est pas fréquent de trouver dans une église autant de rappels, sous forme d'armoiries, d'un prélat, en l'occurrence Raymond de Marcenat, abbé de Saint-Pierre de 1459 à 1470.
Ce dernier est à la base de la reconstruction quasi générale de l'édifice au XVe siècle. Cette profusion est-elle la marque de sa générosité personnelle ? Les sources manquent sur ce point.
En héraldique, son blason se décrit comme : de gueules (c'est-à-dire à fond rouge) au chevron d'or accompagné de trois roses d'argent et d'or.
Les deux chapiteaux ci-dessus en sont ornés, tout comme des culs-de-lampe dans le sanctuaire ou l'ornementation de la porte gothique qui ouvre à l'ouest sur la tour-clocher. On le voit aussi, présent deux fois, dans le tympan de la verrière de la baie axiale.

«««--- Chapiteaux corinthiens ornés de masques.

Chapiteau avec hommes nus agenouillés et pommes de pin.

Chapiteau avec hommes nus agenouillés et pommes de pin.
LES CHÂSSES DE SAINT AUSTREMOINE ET DE SAINT CALMIN

La châsse de saint Austremoine, en bois peint, possède les mêmes dimensions que celle de saint Calmin.
Les peintures représentent les douze apôtres.
L'autre face présente une Crucifixion et une Annonciation.
XVIe-XVIIe siècles.

Châsse de saint Calmin, détail : panneau d'une Crucifixion entre la Vierge et saint Jean.
Émail champlevé de Limoges, fin du XIIe siècle.

Châsse de saint Austremoine, détail : six apôtres.
XVIe-XVIIe siècles.

La châsse de saint Calmin est protégée par une solide grille.

Châsse de saint Calmin, détail.
Trois des douze apôtres qui entourent le Christ : saint André, saint Jacques, saint Paul.
Émail champlevé de Limoges.
Fin du XIIe siècle.

La châsse de saint Calmin (2/2)
---»» La châsse a passé sans encombre le cap de la Révolution «grâce à la piété et au courage d'un habitant de Mozat», écrit Bernard Craplet. Il faut sans doute voir là ce que les historiens appellent un vol de précaution : au début d'une époque troublée (Révolution, loi de Séparation de 1905), un paroissien cache chez lui une œuvre de grande valeur exposée à la dévotion dans l'église. Cette mise à l'abri se fait souvent avec l'accord du curé de la paroisse.
Voir la statue du XIIe siècle de Notre-Dame la Brune à l'abbatiale de Tournus, cachée en 1793 par une paroissienne.

La châsse de saint Calmin (1/2).
Datée de la fin du XIIe siècle, la châsse dite «de saint Calmin» est en bois recouvert de quatorze plaques d'émail champlevé de Limoges : six sur chacune des deux faces principales et une sur chaque pignon.
C'est la plus grande des châsses limousines parvenues jusqu'à nous. Et sûrement aussi la plus belle. Longueur : 81 cm ; largeur : 24 cm ; hauteur : 45 cm. Elle conservait à l'origine les reliques des saints fondateurs de l'abbaye.
La face visible à travers la grille de protection est la plus travaillée des deux. Elle présente, dans sa partie centrale, une Crucifixion (voir plus haut) et un Christ en majesté entouré du tétramorphe (ci-dessous). Les quatre plaques latérales reçoivent chacune trois apôtres. Les douze ont tous les pieds nus (comme les saints André, Jacques et Paul, plus bas à gauche), à l'exception des saints Philippe et Jacques.
En 1913, pour le Congrès archéologique de France tenu à Moulins et Nevers, l'abbé Luzuy fait ce commentaire : «Tous ces personnages sont en cuivre repoussé et ciselé, appliqués en demi-bosses sur une fond émaillé, constellé de rosaces ; ils sont rehaussés de perles de différentes couleurs, d'une grande richesse de décoration.»
La face opposée, simplement dorée et sans relief, est consacrée à saint Calmin et à son épouse Namadie. Trois plaques les montrent, selon la légende, fondant trois abbayes (Saint-Chaffre, Tulle et Mozac) ou étant les bienfaiteurs de ces abbayes. Deux autres plaques illustrent leurs funérailles. Enfin, la dernière des six montre l'abbé de Mozac, Pierre, debout entre diacre et sous-diacre, célébrant la messe derrière un petit autel.
L'ornementation est accompagnée de la légende :

             PETRUS ABBAS MAUZIACUS FECIT CAPSAM PRECIO

             (Pierre, abbé de Mozac, a fait faire ce reliquaire à ses frais)

Cette inscription a bien sûr retenu l'intérêt des archéologues pour dater la châsse. Problème : aux XIIe et XIIIe siècles, il y a eu sept abbés de Mozac prénommés Pierre ! En fin de compte, comme le souligne l'abbé Bernard Craplet dans Auvergne romane (éditions Zodiaque, 1972), les spécialistes, «cédant sans doute à la tendance de l'archéologie contemporaine à rajeunir les œuvres et les édifices du Moyen Age», ont proposé Pierre III de Marsac, abbé de 1168 à 1181. En 1913, l'abbé Luzuy rappelle que, selon deux érudits, «le style de l'orfèvrerie et des émaux ne s'accorde pas avec une date postérieure au XIIe siècle.»
---»» Suite 2/2 à gauche.


Châsse de saint Calmin, détail.
Le Christ en majesté est entouré du tétramorphe.
Fin du XIIe siècle.
LE TRANSEPT DE L'ÉGLISE SAINT-PIERRE (XVe SIÈCLE)

Autel et retable dans le bras nord du transept.
XVe siècle.
La fenêtre est celle de la baie 5 avec son tympan du XVe siècle.

Le transept.
Le transept de l'église du XIIe siècle était voûté en berceau. Lors de la reconstruction quasi générale entreprise vers le milieu du XVe par l'abbé Raymond de Marcenat, l'ensemble du transept a été rebâti ; des voûtes d'ogives ont été mises en place.
Pour les donateurs, la voûte ogivale présente l'intérêt de pouvoir faire afficher son blason au croisement des ogives. C'est le cas de la famille Montboissier dont le blason est visible dans une clé-de-voûte du bras sud. Eustache de Montboissier, frère de Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, fut abbé de Mozac en 1131.


Baie 6 : Apparitions de la Vierge à Lourdes et à la Salette.
Atelier Champrobert de Clermont-Ferrand.
Fin du XIXe siècle.

Baie 5, détail : le tympan est daté du dernier quart du XVe siècle.

Vitrail de la baie 5 ---»»»
Les deux lancettes de ce vitrail sont des créations du XIXe siècle de l'atelier Champrobert de Clermont-Ferrand. Elles sont consacrées au Sacré-Cœur de Jésus (un cœur sanglant entouré de la couronne d'épines) et au Cœur douloureux de Marie (un cœur sanglant transpercé d'un glaive).
Historiquement plus intéressant est le tympan (ci-dessus) : semis d'étoiles et de coquilles Saint-Jacques d'or sur fond bleu, daté (avec réserves) par le Corpus Vitrearum du dernier quart du XVe siècle. Ce qui correspond à la datation des verrières anciennes de l'abside.


Baie 5 : Lancettes de l'atelier
Champrobert de Clermont-Ferrand
(XIXe siècle)
et tympan du XVe siècle.

L'autel de la Vierge dans le bras sud du transept est du XVIIe siècle.

La Vierge à l'Enfant.
Statue centrale de l'autel de la Vierge.
Bois peint
XVIIe siècle.



Clé de voûte dans le bras sud du transept
avec les armoiries de la famille auvergnate
des Montboissier.

Clé de voûte dans le bras nord du transept
avec les armoiries de l'abbaye de Mozac.
LE CHŒUR DE L'ÉGLISE SAINT-PIERRE : STALLES ET SANCTUAIRE

Le chœur de l'église Saint-Pierre et ses stalles du XVe siècle.
Le sanctuaire avec ses trois pans et sa travée oblongue date du XVe siècle.

L'Annonciation.
Toile anonyme, XVIIe siècle (?)

Siège de l'abbé dans les stalles.

L'Adoration de l'Hostie.
Toile anonyme, XVIIe siècle (?)
LES STALLES DU CHŒUR

Bas-reliefs dans les écoinçons des parties hautes des stalles.
XVe siècle.

Les stalles du chœur.
En noyer et en chêne, datées du XVe siècle, les stalles n'ont pas trop souffert de la Révolution. Les parties hautes reçoivent des bas-reliefs simples à thème floral enrichis d'écussons et de têtes humaines.
Les miséricordes méritent un coup d'œil attentif. On y trouve des bas-reliefs, là encore sans grande complexité, qui représentent des têtes humaines ou un petit bestiaire de la fin de l'époque médiévale.
Pour voir des miséricordes nettement plus travaillées, on pourra bien sûr se reporter à celles de la cathédrale Notre-Dame d'Amiens, mais aussi à celles de l'église Saint-Gervais-Saint-Protais à Paris.


Les stalles et leurs miséricordes.
LE SANCTUAIRE DE L'ÉGLISE SAINT-PIERRE

Le sanctuaire est enrichi de boiseries du XVIIIe siècle.
Au premier plan : le chapiteau roman des Quatre Anges et des Quatre Vents (XIIe siècle).

Vitrail de la baie axiale n°0.
Vers 1460-1470.
Au tympan, le blason de l'abbé de Marcenat
est présent deus fois.

Les vitraux.
L'église Saint-Pierre n'est pas connue pour ses vitraux anciens. Pourtant les trois baies de l'abside proposent quelques réalisations intéressantes du XVe et du XVIe siècles.
En 1913, pour le Congrès archéologique de France tenu à Moulins et à Nevers, l'abbé Luzuy donnait, pour les panneaux des trois baies de l'abside, une disposition qui n'existe plus.
En effet, selon le Corpus Vitrearum, l'atelier clermontois d'Étienne Thévenot a reçu en 1838 la tâche de restaurer deux des vitraux du chœur. On ne sait ensuite plus rien jusqu'aux années 1960.
En 1965, des vols supersoniques endommagent les verrières déjà mal en point ; des verres tombent et se brisent. Il faut envisager une restauration en bonne et due forme. Tout est déposé.
On s'aperçoit alors que les panneaux étaient disposés d'une manière totalement hétéroclite. Était-ce le résultat du travail de Thévenot ? On ne peut rien affirmer. Néanmoins, un rapport officiel demande de revoir l'assemblage en rétablissant ce qu'on pense être l'ordonnance ancienne. Des vitreries modernes viendront remplacer les panneaux manquants. En 1972, c'est l'Atelier du vitrail de Limoges qui est chargé de cette restauration.
Quand il passe à Mozac en 1837, Prosper Mérimée, alors inspecteur général des Monuments historiques, a dû voir une disposition des verrières proche de celle rétablie en 1972. Il commente brièvement : «Il reste au fond du chœur quelques vitraux du XVe siècle, assez remarquables par l'éclat des couleurs.»
En dehors de l'abside, du tympan de la baie 5 et d'un oculus portant une Déploration du Christ du XVIe siècle (non donnée dans cette page), l'église propose deux vitraux du XIXe : un vitrail néogothique à médaillons illustrant deux épisodes de la vie de saint Austremoine (baie 14) dû à l'atelier Félix Gaudin ; et un vitrail des apparitions de la Vierge à Lourdes et à La Salette créé par l'atelier clermontois Champrobert (baie 6) dans le bras sud du transept.


Le maître-autel est daté du XVIIIe siècle.

Baie 0, détail : la Visitation.
Vers 1460-1470.

La clé de voûte de l'abside
représente le Christ.

Dans cette retombée de voûte de l'abside,
l'abbé Raymond de Marcenat a représenté
ses armoiries à côté du blason de Riom
(lys et clé de saint Pierre).

Baie 0, détail : saint Austremoine
Vers 1460-1470.

«««--- Baie n°0 (baie axiale).
La verrière de cette baie offre quatre panneaux datés des années 1460-1470.
Le panneau en bas à gauche, une Visitation [inscription MA ELISABET], contient de nombreux bouche-trous et des verres fortement dégradés. À côté, saint Calmin [inscription S. ALMINE] présente des parties opacifiées.
Au-dessus, saint Pierre [inscription S. AM(?) PEIRRE], sous un dais recomposé, tient une énorme clé et un livre. On y voit aussi de nombreux bouche-trous. En face de lui, saint Austremoine [inscription S. AUSTRE] tient sa crosse d'évêque. Le fond est, lui aussi, très opacifié.
Enfin, l'abbé Raymond de Marcenat, reconstructeur de l'église au XVe siècle, est présent par son blason qui figure deux fois dans les ajours circulaires du tympan.
Source : Corpus Vitrearum, les vitraux d'Auvergne et du Limousin.


Les trois pans centraux de l'abside se rejoignent
sur la clé de voûte du Christ.

Baie 0, détail : saint Pierre.
Vers 1460-1470.

Vitrail de la baie 2.
Trois scènes datées vers 1460-1470
et un saint Joseph tenant l'Enfant-Jésus
daté du XVIe siècle.
Les compkléments géométriques sont modernes.

«««--- Vitrail de la baie 2 (1/2).
Ce vitrail est composite. Au milieu de compléments architecturaux modernes, on distingue trois scènes datées vers 1460-1470 et une autre datée du milieu du XVIe siècle : un saint Joseph accompagnant l'Enfant-Jésus.
XVe siècle :
1) Sainte Marie-Madeleine présente le donateur, identifié la plupart du temps à Raymond de Marcenat, abbé de Mozac de 1459 à 1470 (ou 1467). Ce dernier tient un phylactère où l'on peut lire :

        O LUX INACCESSIBILIS, ERIPE ME DE TENEBRIS
        NON PERDAS ME CUM IMPIIS IN DIE JUDICII


        (Ô lumière inaccessible, arrache-moi aux ténèbres.
        Ne me perds pas avec les impies au jour du Jugement)

2) Au-dessous, on aperçoit la partie supérieure d'un Baptême du Christ. Au sein de couleurs très opacifiées, on distingue un homme blond aux grandes ailes sombres qui assiste à la scène. Si c'était un ange, il porterait une auréole. Qui est-il ?
Dans le médaillon juste au-dessus, un homme peint en grisaille et jaune d'argent semble porter des besicles.
---»» Suite 2/2 à droite.


Baie 2, détail : Raymond de Marcenat, abbé de Mozac de 1459 à 1467,
est présenté par sainte Marie-Madeleine.
Vers 1460-1470.

Baie 2, détail : saint Joseph et l'Enfant.
Milieu du XVIe siècle.

Vitrail de la baie 2 (2/2).
---»» 3) À côté, deux donateurs sont agenouillés dans une composition qui a perdu sa partie inférieure. Celui de droite est à observer de près : sur son épaule gauche, on distingue la main du saint ou du prélat qui les présente ; d'autre part, les mains de ce donateur, très fines, sont peut-être celles d'une femme...
À noter que les zones opacifiées ont été éclaircies par voie informatique.
Milieu du XVIe siècle :
Seule est datée de cette époque la moitié supérieure du saint Joseph cheminant avec l'Enfant-Jésus. Cette moitié, très mutilée, a été restaurée. On remarquera l'étrange chapiteau à gauche du visage de Joseph. La partie inférieure des deux personnages est du XIXe siècle. Source : Corpus Vitrearum, les vitraux d'Auvergne et du Limousin.


Oculus de l'abside : l'Annonciation.
Fin du XIXe siècle.

Baie 2, détail : le Baptême du Christ.
Vers 1460-1470.
Qui peut être l'homme aux cheveux blonds qui semble avoir deux ailes ?
Dans le médaillon du haut, l'homme paraît porter des besicles.

Le maître-autel du sanctuaire est enrichi de boiseries
du XVIIIe siècle et de vitraux du XVe.
Ici, les baies 0 et 2.

Baie 2, détail : deux donateurs en prière.
Vers 1460-1470.
Derrière les donateurs se tient un prélat en chasuble vert émeraude.
Les mains du donateur de droite sont peut-être celles d'une femme...
Les zones opacifiées des habits ont été éclaircies par voie informatique.

Vitrail de la baie 1.
Vers 1460-1470.

Vitrail de la baie 1.
Cette baie ne contient qu'une lancette : une Transfiguration et un saint Christophe.
Selon l'abbé Luzuy, (Congrès archéologique de France de 1913), la Transfiguration se trouvait dans la baie axiale (n°0), sur le côté gauche. Juste à côté, à droite, se trouvait l'abbé Raymond Marcenat présenté par Marie-Madeleine.
Les deux scènes de la verrière sont datées vers 1470-1480. En 1972, l'Atelier du vitrail de Limoges a ajouté des compléments architecturaux afin de fixer l'ensemble dans la baie.
Dans la partie basse, un saint Christophe mutilé trahit de nombreux bouche-trous.
Au-dessus, une Transfiguration, trop étroite pour la largeur de la baie, est complétée par des créations artistiques de 1972. Au bas de la composition, le dessin des trois apôtres, Pierre, Jacques et Jean, a perdu sa moitié inférieure.
Source : Corpus Vitrearum, les vitraux d'Auvergne et du Limousin.


Baie 1, détail : la Transfiguration.
La scène de la partie inférieure est mutilée.
Vers 1460-1470.
Les bords à thème géométrique ont été ajoutés en 1972.

Baie 1, détail : le Christ de la Transfiguration.
Vers 1460-1470.

Oculus de l'abside : le Martyre de sainte
Catherine d'Alexandrie.
Fin du XIXe siècle.
«««--- Baie 1, détail : «Regarde Saint Christophe»
Vers 1460-1470 (pour la partie centrale).

Vue de la nef depuis la croisée du transept.

Documentation : «L'église abbatiale Saint-Pierre, Mozac», éditions Gaud, 2002
«Auvergne Romane» de l'abbé Bernard Craplet, Éditions Zodiaque, la Nuit des temps, 1972
+ «Les Vitraux d'Auvergne et du Limousin», Corpus Vitrearum, PUR, 2011
+ «Congrès archéologique de France, Basse-Auverge», an 2000, article de Laurence Cabrero-Ravel
+ «Congrès archéologique de France à Moulins et Nevers», 1913, article de M. l'abbé Luzuy
+ «Notes d'un voyage en Auvergne» par Prosper Mérimée, éditions Adam Biro, 1989
+ «Dictionnaire des églises de France», éditions Robert Laffont, 1966, article de Bernard Craplet
+ «Laissez-vous conter Mozac», dépliant de l'Office du Tourisme, 2014
PATRIMOINE CARTE PATRIMOINE LISTE Retourner en HAUT DE PAGE