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L'origine de l'abbaye de Mozac remonterait,
d'après une fausse charte, à l'époque mérovingienne. Elle aurait
été fondée par Calminus, «sénateur romain», à la fin du VIIe siècle
et par Namadie, son épouse.
Les documents historiques deviennent vraiment sérieux à
partir du milieu du IXe siècle. Il est à ce titre
vraisemblable, selon l'historienne Laurence Cabrero-Ravel, qu'en
848 les reliques de saint Austremoine aient été transférées
de Saint-Priest de Volvic au monastère de Mozac.
Dans Auvergne romane (éditions Zodiaque, 1972), le
chanoine Bernard Craplet évoque la possibilité de
quatre édifices successifs : le premier, Mozac I,
fondé à l'époque mérovingienne dont
il reste une crypte et les élévations inférieures
du clocher-porche ; le deuxième, Mozac II, daté
de l'époque carolingienne, correspondrait aux libéralités
de Pépin d'Aquitaine et au transfert des reliques de saint
Austremoine à Mozac.
Une date est importante dans l'histoire de l'abbatiale : pour mettre
un terme au relâchement des moines, elle est rattachée
à l'ordre de Cluny en 1095. Il s'ensuit des querelles sans fin
entre Mozac et l'évêque de Clermont, et entre Mozac
et l'abbé de Cluny. De cette époque tourmentée
date la fameuse fausse charte.
Avec Cluny arrive Mozac III : un édifice roman de soixante
mètres de long avec tribunes sur les bas-côtés et large chevet à
déambulatoire. Hugues de Semur, neveu de saint Hugues, en fut l'abbé
en 1102. Eustache de Montboissier, frère de Pierre le Vénérable,
abbé de Cluny, le fut en 1131. Le blason
de la famille Montboissier est visible dans le transept.
Au milieu du XVe siècle, l'église romane est bien
dégradée (un tremblement de terre survient en 1437).
L'abbé Raymond de Marcenat (1459-1470) entreprend
des grands travaux qui modifient l'église en la simplifiant
: suppression des tribunes avec abaissement de la voûte centrale
; abattement du chevet remplacé par une petite structure
gothique ; transept
et bas-côté
sud reconstruits, là encore, en style gothique. On aboutit
ainsi à Mozac IV.
Trois autres tremblements de terre sont recensés : 1476,
1478 et 1490. Ils vont conduire à des travaux de restauration
sans que les historiens sachent exactement la part de ces travaux
au sein de la reconstruction de l'abbé de Marcenat.
En 1741, les voûtes lambrissées de la nef,
de la croisée et du chœur
sont reconstruites en style ogival quadripartite.
En 1791, le cloître est détruit ; l'abbaye, supprimée.
Elle ne comptait plus que six moines.
L'édifice est inscrit au titre des Monuments historiques
dès la compilation de la première liste en 1840.
L'église Saint-Pierre reste le haut-lieu des chapiteaux
auvergnats. Par leur nombre et leur beauté, ils en sont la
véritable marque artistique. Pour le chanoine Bernard Craplet,
l'abbatiale a en outre conservé son esprit monastique grâce
aux stalles du
XVe siècle et aux boiseries du XVIIIe dans le sanctuaire.
Enfin, quelques vitraux
du XVe siècle subsistent dans les baies du chevet. Une œuvre
d'art mérite attention : la châsse
de saint Calmin datée de la fin du XIIe siècle.
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Vue de la nef et du chœur depuis l'ouest.
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| ASPECT EXTÉRIEUR
DE L'ÉGLISE SAINT-PIERRE |
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Côté sud de l'église (XIIe siècle). |
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Architecture
extérieure.
Elle porte la trace des importants remaniements du XVe siècle.
Le côté nord roman date du XIIe siècle
(photo ci-contre). Au XVe, la voûte s'effondre. La nouvelle
voûte sera plus basse et l'église perdra ses
tribunes (cf les arcades interrompues au second niveau).
Le clocher-porche est en partie l'élément le
plus ancien de l'édifice.
Le chevet gothique est du XVe siècle. Il ne reste rien
du premier chevet roman, plus vaste (cf plan).
L'élément le plus curieux est le message du
XIIe siècle, gravé dans l'arc en plein cintre
de l'archivolte. Il oppose la porte matériel à
la porte céleste et signifie à peu près
: En pénétrant dans le temple, élève
bien haut ton regard. Respecte ce lieu : le Christ en est
la porte.
Au XIXe siècle, le piètre état de ces
lettres gravées a entraîné une erreur
de lecture. En 1913, l'abbé Luzuy, pour le Congrès
archéologique de France, en donne encore une interprétation
incorrecte. En 1972, dans Auvergne romane, le chanoine
Bernard Craplet en livre une lecture définitive.
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Portail d'entrée au nord.
Le message annoncé aux pèlerins n'est pas celui qu'on croit. Il est
dans l'arc en plein cintre et non pas sur le tympan. |

Linteau de l'Hommage, XIIe siècle.

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Le linteau
de l'Hommage.
Ce bas-relief se trouve au-dessus de la porte du croisillon
sud qui donnait accès au cloître (disparu au
XVe siècle).
Une Vierge en majesté, tenant son fils, est entourée
de saints (Pierre, Jean, Austremoine). À gauche, l'abbé
de Mozac se prosterne. Le sculpteur suit une règle
archaïque : la taille du personnage dépend de
son importance ou de sa dignité.
Selon la tradition, l'homme qui se prosterne est Eustache
de Montboissier, abbé de Mozac, qui lança la
construction de l'église du XIIe siècle. Il
demande protection à la Vierge pour son abbaye par
l'intercession de saint Austremoine.
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Le chevet gothique date du XVe siècle.
Il a succédé à un chevet roman du XIIe siècle,
beaucoup plus ample (voir plan). |
| ARCHITECTURE INTÉRIEURE
DE L'ÉGLISE SAINT-PIERRE |
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Le nef et l'élévation sud (XVe siècle).
Seules les piles qui séparent la nef du bas-côté
sud sont du XIIe siècle. |
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Architecture
intérieure.
Si le visiteur regarde attentivement l'abbatiale Saint-Pierre,
elle lui donnera l'image d'un édifice mutilé
et réparé. De la première église
romane, il ne reste que les piles, les arcades et l'élévation
nord. Avec ses baies tréflées, l'élévation
sud, érigée au XVe siècle en style
gothique, s'oppose à l'élévation
romane et à ses fenêtres en plein cintre.
Les bas-murs autour des arcades des chapelles sud sont
en appareil à pierres apparentes. Prosper Mérimée,
inspecteur général des Monuments historiques,
passe à Mozac en 1837. «La nef elle-même
est d'une très grande simplicité»,
écrit-il dans ses Notes d'un voyage en Auvergne.
Au sud, deux des chapelles latérales ont été
terminées en 1480, comme le rappelle une inscription
en style flamboyant. La chapelle qui abrite le baptistère
remonte, quant à elle, au XVIIIe siècle.
De même que la voûte d'ogives qui recouvre
la nef.
Au XIIe siècle, la croisée était
vraisemblablement surmontée d'une coupole et
d'un clocher octogone comme à Saint-Amable
à Riom.
Les croisillons étaient voûtés en
berceau. Dégradé par la vétusté,
tout fut transformé aux XVe et XVIIIe siècles.
Le transept,
maintenant à voûtes d'ogives quadripartites,
est riche de deux chapelles, de vitraux du XIXe et de
clés-de-voûte portant, à n'en pas
douter, la mémoire des donateurs du XVe siècle.
Le chevet du XVe siècle, qui abrite le sanctuaire,
est bien plus petit que le chevet roman du XIIe. Il
est à présent typiquement gothique avec
ses trois hautes verrières surmontées
chacune d'un oculus. C'est là qu'on peut admirer
les derniers vitraux du XVe siècle qui subsistent
dans l'église.
Mérimée se montre négatif. Il écrit
: «Le chœur tout entier, les transepts [croisillons]
et les voûtes de la nef, reconstruits au XVe siècle,
n'offrent aucun intérêt.» Depuis
Mérimée, deux siècles ont passé.
L'endroit a maintenant plus de cinq cents ans et l'intérêt
de ces vieilles pierres s'est accru.
En 1972, dans Auvergne romane, le chanoine Bernard
Craplet, ecclésiastique de son état, apprécie
néanmoins l'âme monastique que l'abbatiale
a mieux conservée que celle de Saint-Austremoine
à Issoire.
La raison en est la présence d'un important mobilier
«que la Révolution a relativement épargné»,
précise-t-il (stalles
et boiseries dans le sanctuaire).
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Partie ouest de la nef avec ses deux chapiteaux historiés (Résurrection et Atlantes).
La façade ouest est datée du XIe siècle
avec une porte gothique du XVe.
À gauche, la partie de l'élévation sud visible sur la photo
remonte au XIIe siècle. |

Porte occidentale gothique du XVe siècle.
On note la présence de deux blasons
de l'abbé Raymond de Marcenat. |

Chaire à prêcher.
XVIIIe siècle. |
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L'élévation nord romane.
Les arcades en plein cintre (nord et sud) remontent au XIIe siècle. |

Vierge à l'Enfant. |

La Guérison du boiteux et du paralytique par saint Pierre.
Tableau anonyme du XVIIe siècle. |

Saint Calmin. |

Le bas-côté nord, ici vu depuis le transept, date du XIIe siècle.
Les bas-côtés sont voûtés d'arêtes. |

L'Assomption
Tableau anonyme, XVIIe siècle (?)
|

Saint Austremoine. |

Le côté sud de l'église et deux de ses chapelles
datent du XVe siècle.
Le style est gothique. La chapelle du baptistère, sur
la droite, remonte au XVIIIe siècle. |

La chapelle du baptistère date du XVIIIe siècle. |

Baie 14 : Scènes de la vie de saint Austremoine.
À gauche, son Martyre ; à droite, la construction
de l'abbaye de Mozac.
Atelier Félix Gaudin. Fin du XIXe siècle. |
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Saint Irène avec saint Sébastien et saint Roch.
Toile anonyme du XVIIe siècle. |
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Saint
Irène avec saint Sébastien et saint Roch.
Cette toile anonyme, datée du XVIIe siècle,
pose quelques questions.
Identifier les personnages est simple : à gauche,
saint Sébastien criblé de flèches
; au centre, sainte Irène qui soigne le saint
après son martyre ; enfin, à droite, saint
Roch qui montre son bubon.
Pourquoi avoir associé Sébastien et Roch ?
En 1631, il y eut une peste à Riom.
Sébastien et Roch sont invoqués comme
saints protecteurs. Les habitants s'en allaient alors
à Marsat en pèlerinage prier la Vierge.
Mozac se trouve sur le chemin : c'est peut-être
là l'explication de la présence de ce
tableau à l'église Saint-Pierre. Source
: panneau.
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Christ en croix dans la chapelle du baptistère. |
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Ces deux chapelles du bas-côté sud sont du XVe siècle.
Elles datent des travaux entrepris par l'abbé Raymond de Marcenat. |

Chapelle sud du XVe siècle, plaque commémorative. |
|
Plaque
commémorative.
Deux des chapelles sud ont été achevées
en 1480. La preuve en est fournie par cette plaque commémorative.
On y lit que, en l'an mil quatre cent quatre-vingts,
cette chapelle a été fondée par
Gilles Focaud, sacristain, en l'honneur de saint Sébastien.
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Chapiteaux (corinthien à feuillages et hommes chevauchant des
boucs). |
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Le bas-côté sud vu depuis l'ouest (XVe siècle, y compris pour
la voûte d'arêtes). |
| LES CHAPITEAUX
DE L'ÉGLISE SAINT-PIERRE |
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Les
chapiteaux (1/3).
Tous datés du XIIe siècle, les 48 chapiteaux
constituent la principale richesse artistique de l'église
Saint-Pierre. Les trois principaux, qui sont aussi les
trois plus beaux, se trouvent dans l'avant-nef
et dans le chœur,
placés sur de petites stèles. Au XIIe
siècle, ces chapiteaux (dits historiés)
couronnaient des colonnes isolées du déambulatoire
(détruit au XVe).
Les autres ornent le haut des piles de la nef
Les chapiteaux de la nef peuvent être groupés
en trois familles : ceux à sculpture figurée
; ceux à sculpture historiée ;
enfin les chapiteaux corinthiens à feuillages.
La part de la sculpture figurée est importante,
ce qui est en Auvergne une originalité de l'abbatiale.
De nombreux chapiteaux figurés (c'est-à-dire
qui ne racontent pas une histoire et ne sont pas non
plus à thème floral) sont donnés
dans cette page : centaures,
hommes
chevauchant des boucs, griffons
s'abreuvant à un calice, dragons
affrontés, vendangeurs,
oiseaux
affrontés, singe
encordé, etc.
Chapiteaux historiés :
Histoire
de Jonas et Délivrance
de Pierre.
Chapiteaux figurés :
Dans Auvergne romane (éditions Zodiaque,
1972), le chanoine Bernard Craplet souligne la souplesse
des traits des visages humains de ces reliefs. Il ajoute
: «Les sculpteurs évitent soigneusement
de donner à la figure humaine des proportions
qui l'éloignent trop de son aspect réel.
Les têtes ont un volume normal par rapport au
corps.»
---»» Suite 2/3
ci-dessous à droite.
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Chapiteaux romans figurés sur les piles nord
de la nef.
|
| De
gauche à droite |
:
|
singe
encordé ;
hommes chevauchant
des boucs ;
griffons s'abreuvant
à un calice ;
oiseaux à queue de feuillage. |

Chapiteau corinthien.
XIIe siècle. |
|
Les
chapiteaux (2/3).
---»» De la sorte, il constate qu'aucun personnage n'est
présenté debout. Ils sont assis ou avec un
genou à terre, ou encore chevauchant
un bouc ou un poisson,
voire rampant comme le voleur
de grappes dans la vigne.
La plupart de ces scènes figurées ont
une origine antique (au sens le plus large). Un petit
nombre d'entre elles est tiré de l'imaginaire
médiéval. C'est le cas du singe
encordé (thème très répandu
en Auvergne).
Chapiteaux corinthiens :
Dans sa présentation de l'abbatiale pour le Congrès
archéologique de France tenu en l'an 2000
en Basse-Auvergne, l'historienne Laurence Cabrero-Ravel
rappelle que ces chapiteaux, «également
en bon nombre, reproduisent la complexité des
œuvres canoniques de l'Antiquité romaine,
ce qui est relativement rare en Auvergne, ou offrent
des compositions plus libres.» De toute évidence,
ajoute-t-elle, cette liberté suggère «une
certaine familiarité avec les œuvres gallo-romaines».
Cette page donne quatre exemples de chapiteaux corinthiens
où le tissu de feuilles est parfois enrichi de
masques humains ou simiesques.
---»» Suite 3/3
ci-dessous à gauche.
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Chapiteau corinthien orné d'un masque simiesque.
XIIe siècle. |
|
Les
chapiteaux (3/3).
---»» L'ensemble des chapiteaux figurés
et historiés de Saint-Pierre de Mozac se distingue
par la qualité de l'exécution. Jugeant
de la pierre, Laurence Cabrero-Ravel constate que «les
blocs ont été sensiblement recreusés
après le stade de l'épannelage, de manière
à dégager énergiquement les éléments
de la composition du fond.»
Le type de sculpture est le haut-relief, avec des personnages
nettement dessinés, aux bras souvent séparés
du corps.
Laurence Cabrero-Ravel conclut : «Partout règnent
la beauté, l'élégance et la sérénité.
Le respect des proportions, la stabilité des
attitudes, la souplesse des gestes et la sensualité
du modelé des personnages, manifestent une sensibilité
à l'être humain sans doute exacerbée
par l'observation de la sculpture gallo-romaine. Animaux
et hybrides, aux formes pleines, au dynamisme contenu
et au port souvent altier, sont rendus avec autant de
plasticité.»
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La tête d'un centaure et ses cheveux en boucles. |

Un maraudeur aux cheveux raides dérobe une grappe de
vignes. |
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Le
dilemme des historiens : combien d'ateliers ?
En 1966, dans son article sur Saint-Pierre écrit pour
l'Histoire des églises de France, le chanoine
Bernard Craplet évoque la possibilité de trois ateliers
ayant travaillé à la sculpture de l'abbatiale : le premier
(et le plus ancien) sur le
linteau de l'Hommage ; le deuxième sur les chapiteaux
historiés (à quatre côtés) de l'ancien déambulatoire
; le troisième sur les chapiteaux engagés de la nef.
Abandonnant le linteau, l'historien traite d''abord
le cas des plus beaux chapiteaux de l'église
: ceux de l'ancien déambulatoire. À son
époque, il en restait deux : la Résurrection
et les Atlantes.
Le troisième, celui des Quatre
anges et des quatre Vents, a été découvert
en 1983.
Il résume les grands traits de ces chapiteaux
en deux phrases : «Le canon des personnages, aux
proportions ramassées, est conforme aux traditions
de la sculpture romane d'Auvergne et de la statuaire
gallo-romaine, dont elle s'inspire. Les plis sont traités
sommairement, mais le modelé des visages est
subtil.»
Les chapiteaux de la nef
reçoivent un autre commentaire : «Le style
en est plus libre, la facture plus aisée et la
composition est parfois d'un grand raffinement.»
Même s'il connaissait la sculpture bourguignonne,
cet atelier est resté fidèle aux traditions
locales, s'inspirant, comme toujours en Auvergne, des
antiquités romaine et chrétienne, d'un
vieux fond oriental via des étoffes sassanides
ou byzantines, et du folklore de la province.
En 1972, dans son ouvrage Auvergne romane, le
chanoine analyse à nouveau les chapiteaux de l'abbatiale
et revient sur son hypothèse. Laissant toujours de côté
le
linteau de l'Hommage, il émet l'hypothèse d'un seul
atelier de sculpture qui aurait adapté ses créations
à la structure même des chapiteaux : les historiés (grande
hauteur et à quatre faces) et les figurés (petite hauteur
et engagée dans les murs ou les colonnes).
S'intéressant d'abord aux règles de l'art
qui font s'opposer les deux familles de chapiteaux,
il souligne que le chapiteau historié possède
quatre faces, d'où l'existence d'une grande surface
continue, alors que le chapiteau engagé ne dispose
que d'une face frontale et de deux retours, c'est-à-dire
deux petits côtés où il est difficile
de prolonger la scène frontale. D'où le
recours fréquent, dans cette famille de chapiteaux,
aux animaux affrontés (ou adossés) pour
gagner de la place.
Enfin, commente-t-il, le chapiteau historié est
une œuvre d'art soumise à autorité.
L'artiste doit suivre un thème et une composition
imposés (souvent par le chapitre). Il est rare
qu'il ait les coudées franches. Ainsi, en analysant
l'ensemble des chapiteaux historiés qui nous
sont parvenus, l'historienne Laurence Cabrero-Ravel
(Congrès archéologique de France,
an 2000) se demande s'il n'y a pas une volonté
de faire représenter un cycle de la Passion dans
le déambulatoire du XIIe siècle avec la
Résurrection,
les Anges
de l'Apocalypse et les Anges portant des phylactères
avec les incipit des Évangélistes
(ce dernier chapiteau a été acquis par
le Victoria and Albert Museum à Londres).
Ce cycle pourrait avoir été choisi par
l'abbé de Saint-Pierre qui aurait lui-même
défini la nature des chapiteaux du déambulatoire.
Le chanoine Bernard Craplet cherche ensuite les points
stylistiques communs entre les deux familles de chapiteaux.
Il trouve d'abord, dans le modelé, la tendance
à la ronde-bosse. Si les têtes et les bras
des «atlantes»
se détachent partiellement du fond, ils ne sont
pas les seuls. «À une échelle moindre,
écrit-il, on trouve le même procédé
dans la nef. Sur tous les chapiteaux les têtes
ont toujours leur volume réel par rapport au
corps et ressortent en haut relief et souvent les membres
- bras et jambes - sont partiellement en ronde-bosse.»
Point commun entre les deux familles plus déterminant
encore : les coiffures masculines. Celles des atlantes
lui servent de référence. Il y observe
deux styles : «1) larges mèches se terminant
par des bouclettes en colimaçon et s'enroulant
dans le sens inverse des aiguilles d'une montre ; 2)
mèches parallèles, très larges
aussi, mais raides, régulières, collant
à la tête, avec ou sans rainure médiane.»
Ce style de coiffure se répère dans presque tous les
chapiteaux de la nef (Délivrance
de saint Pierre, Centaures,
Vendangeurs,
Tobie,
Marins
jetant Jonas à la mer, etc.)
Observant que dans l'église il y a près
de cinquante mètres entre le sanctuaire (chapiteau
des atlantes) et le chapiteau des grimpeurs (c'est-à-dire
les chapiteaux le plus à l'ouest), le chanoine
en déduit que le même style de coiffure
ne peut pas être un hasard. Il faut y voir la
signature d'un même atelier qui aurait
travaillé dans un délai relativement court.
Bernard Craplet conclut que si le chantier de la construction
de l'abbatiale a commencé à la toute fin
du XIe siècle (1095 étant l'année
de l'affectation à Cluny), l'atelier de sculpture
a dû être actif dans le premier quart du
XIIe siècle.
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Centaures tenant des pommes de pin. |

Victoires tenant des boucliers. |
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Victoires
tenant des boucliers.
Ce thème vient de l'antiquité classique
et des triomphes romains. Lors d'un triomphe,
les soldats qui accompagnaient le général
victorieux brandissaient des boucliers où
leurs noms étaient peints
Ici, le sculpteur n'a repris qu'une partie de
la coutume : les boucliers sont nus, tout comme
les personnages qui les brandissent au-dessus
d'un rideau de feuilles d'acanthes.
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Chapiteau de la Résurrection.
Les Saintes Femmes au tombeau.
XIIe siècle. |
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Chapiteau des Atlantes.
XIIe siècle.
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|
«««---
Chapiteau de la Résurrection.
Ce célèbre chapiteau du XIIe siècle
évoque la Résurrection de manière
indirecte : par la visite des Saintes Femmes au
tombeau le matin de Pâques.
Le bas-relief des femmes, avec Marie-Madeleine
au centre, est la partie la plus connue. La proportion
des corps y est déséquilibrée
: la tête occupe le quart de la hauteur
des personnages (contre un septième pour
la norme). C'est là «une parfaite
illustration du canon auvergnat du corps humain,
dans la tradition gallo-romaine, avec des têtes
énormes sur des corps brefs», écrit
le chanoine Bernard Craplet dans Auvergne romane
(éditions Zodiaque, 1972).
Il est clair que ce sont les jambes qui sont rétrécies.
Mais ce qui compte pour ce sculpteur anonyme (surnommé
le Maître de Mozac), c'est la lisibilité
de la scène et l'harmonie de la composition.
Découvert dans les années 1840 lors
des fouilles de la crypte, ce chapiteau était
l'un des huit qui couronnaient les piles du déambulatoire.
À cinq mètres de haut ! L'appréciation
visuelle devait être bien différente
de celle qu'on peut porter aujourd'hui alors que
l'œuvre, placée dans l'avant-nef,
est à portée de la main (voir photo
plus
haut).
Si les Saintes Femmes paraissent statiques, ce
n'est pas le cas de l'ange de la Résurrection
(donné ci-dessous). Sculpté cette
fois dans des proportions plus réalistes,
marqué d'un visage juvénil, il tend
le bras avec dynamisme pour annoncer le message
pascal : le Maître n'est pas là car
Il est ressuscité.
Derrière l'ange, le Maître de
Mozac a représenté un somptueux
tombeau avec son corps principal, son toit, son
clocher et même des lampes censées
briller sous les arcades. Quant aux trois soldats
profondément endormis, ils sont habillés
en guerriers médiévaux : haubert,
casque conique à nasal, épée
et bouclier en amande.
|
|

Chapiteau de la Résurrection.
Un soldat romain endormi à côté
du tombeau du Christ.
XIIe siècle. |

Chapiteau de la Résurrection.
Un ange informe les Saintes Femmes que
le Maître n'est pas là car Il est ressuscité.
XIIe siècle. |
|
«««---
Chapiteau des Atlantes.
En regardant de près ce chapiteau du XIIe
siècle, on voit que l'appellation est impropre
parce que les «atlantes» ne soutiennent
rien.
Quatre hommes nus agenouillés, appuyés
sur leurs genoux, occupent les quatre angles du
chapiteau. Ces hauts-reliefs, qui ont la nuque
et les épaules détachées
du fond, se rapprochent de la ronde-bosse. Les
quatre visages sont différents, tout comme
les gestes de leurs bras et de leurs mains. Ce
qui traduit une réelle recherche dans les
modelés.
Dans Auvergne romane (Zodiaque, 1972),
le chanoine Bernard Craplet souligne que, en joignant
leurs mains à hauteur des pommes de pin
qu'ils essaient de saisir, les atlantes constituent
presque une guirlande à base humaine et
florale. N'est-ce pas là un Arbre de Vie
autour duquel dansent les fils de la Résurrection ?
Bernard Craplet porte aussi l'attention sur les
cheveux des atlantes. Ils sont de deux sortes
: soit des tresses parallèles ; soit des
boucles en tire-bouchon (gros plans ci-dessous).
Constatant que ce type de chevelure se trouve
dans presque tous les personnages des chapiteaux
de l'église, il en conclut qu'il faut y
voir comme la signature d'un seul atelier (voir
encadré
plus haut).
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|
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Chapiteau des Atlantes, détail.
La coiffure est constituée de larges
mèches se terminant par des bouclettes. |

Chapiteau des Atlantes.
XIIe siècle. |

Chapiteau des Atlantes, détail.
La coiffure est constituée de mèches
parallèles, larges et raides.
|

Chapiteau des quatre Anges et des quatre Vents.
XIIe siècle. |
|
Chapiteau
des quatre Anges et des quatre Vents.
D'après la note affichée dans l'église,
ce chapiteau a été découvert en
1983 par le père Granet, curé de Mozac.
Il est à présent exposé dans le
chœur.
Au XVe siècle, après le tremblement de
terre (de 1437 ?) qui détruisit une partie de
l'abbatiale, il avait été utilisé
comme pierre à bâtir.
Le thème du chapiteau est une illustration de
l'Apocalypse de Jean (chapitre 7).
Quatre anges, situés aux quatre coins de la terre
(et aux quatre coins du chapiteau), maintiennent les
quatre vents pour les empêcher de souffler. Dans
l'Apocalypse, ces anges ont reçu le pouvoir de
faire le mal, mais ils obéissent à un
autre ange qui leur dit :
Ne faites pas de mal à la terre, à
la mer et aux arbres avant que nous ayons marqué
du sceau le front des serviteurs de notre Dieu.
Cent quarante-quatre mille personnes, issues des tributs
d'Israël, seront marquées du sceau.
Dans le chapiteau, les vents prennent forme humaine
et tiennent des cors, symbole des mots qui, mal utilisés,
créent le mal.
C'est pourquoi les anges maintiennent la bouche des
vents fermée, attendant que les serviteurs de
Dieu soient marqués du sceau.
|
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Chapiteau des quatre Anges et des quatre Vents.
Un ange maintient fermée la bouche d'un vent. |
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Chapiteau
de Jonas.
Il contient deux scènes distinctes tirées
du Livre biblique de Jonas.
Dieu demande au prophète Jonas d'aller prêcher
à Ninive pour que la ville se repente et se convertisse.
Le prophète refuse et prend la mer pour s'éloigner
de la ville.
La tempête menace le navire. Conscient d'être
la source du mal, Jonas demande à être
jeté à la mer (scène ci-contre).
Une baleine est là pour l'avaler. Détail
coasse : l'un des marins, refusant de voir la scène,
se bouche les yeux avec sa main.
Jonas, finalement rejeté par le monstre marin,
se repose au pied d'un genévrier, non loin des
murs de Ninive (scène à droite).
Finalement, il s'en ira à Ninive et convertira
la ville.
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Chapiteau de l'histoire de Jonas.
C'est à sa demande que Jonas est jeté à
la mer. |

Chapiteau de l'histoire de Jonas.
Sorti du monstre marin, Jonas se repose. Les tours de Ninive
sont en vue. |

Chapiteau de la Délivrance de saint Pierre.
Saint Pierre enchaîné est secouru par un ange qui
fait
sauter ses chaînes et ouvrir les portes de la prison. |
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Chapiteau
de La Délivrance de Pierre.
Cette histoire est tirée des Actes des Apôtres.
Au 1er siècle, le roi Hérode, qui cherchait
à plaire aux Juifs, commença à
s'en prendre aux chrétiens. L'apôtre Jacques
avait été décapité sur son
ordre et les Juifs en avaient été satisfaits.
Hérode continua son oppression et fit arrêter
Pierre qui fut jeté en prison, enchaîné
et gardé jour et nuit.
Un ange lui apparut et le délivra de ses chaînes.
Les gardes endormis ne réagirent pas. Devant
ce prodige, Pierre fut convaincu qu'il rêvait.
Dans le retour de la scène principale (photo
à droite), l'ange et Pierre, sortis de la prison,
cheminent dans la rue, puis l'ange disparaît.
Se retrouvant seul à l'extérieur, Pierre
réalise alors que tout était vrai.
On remarquera la chevelure de saint Pierre à
droite : mèches parallèles, larges et
raides.
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Chapiteau de la Délivrance de saint Pierre.
À la sortie de la prison; l'ange et saint Pierre
cheminent ensemble. |

Chapiteau des Centaures et chapiteau des Victoires
aux boucliers.
Ces deux thèmes sont tirés de l'Antiquité. |

Chapiteau des deux maraudeurs.
L'un fait le guet pendant que l'autre vole les grappes.
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Hommes chevauchant des boucs. |

Chapiteau de Tobie et Samson.
Tobie chevauche un gros poisson et rapporte le fiel
pour guérir la cécité de son
père. |

Chapiteau de Tobie et Samson.
Samson brise la mâchoire du lion de Thamnata.
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Chapiteau avec homme et singe assis.
L'homme tient un vase et symbolise la générosité. |

Chapiteau avec homme et singe assis.
Le singe à corps d'homme tient une bourse pleine
et symbolise l'avarice. |
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Chapiteau des deux maraudeurs.
L'un fait le guet pendant que l'autre vole les grappes. |

Hommes avec un genou à terre
parmi les pommes de pin. |
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Chapiteau du singe encordé. |
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Chapiteau
du singe encordé.
C'est un thème très répandu
dans les églises romanes d'Auvergne.
Le singe, qui a le corps d'un homme, représente
l'instinct bestial, le péché, qui
se tapit en tout homme et que la raison (la part
noble et réfléchie de l'homme) doit
tenir en bride.
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Chapiteau du singe encordé. |
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Chapiteau avec les armoiries de l'abbé
Raymond de Marcenat entre deux feuilles de chêne. |

Un singe, à corps d'homme, est assis à côté
des armoiries
de l'abbé Raymond de Marcenat. |
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Les
armoiries de Raymond de Marcenat
Il n'est pas fréquent de trouver dans une
église autant de rappels, sous forme d'armoiries,
d'un prélat, en l'occurrence Raymond de
Marcenat, abbé de Saint-Pierre de 1459
à 1470.
Ce dernier est à la base de la reconstruction
quasi générale de l'édifice
au XVe siècle. Cette profusion est-elle
la marque de sa générosité
personnelle ? Les sources manquent sur ce
point.
En héraldique, son blason se décrit
comme : de gueules (c'est-à-dire
à fond rouge) au chevron d'or accompagné
de trois roses d'argent et d'or.
Les deux chapiteaux ci-dessus en sont ornés, tout
comme des culs-de-lampe
dans le sanctuaire ou l'ornementation de la porte
gothique qui ouvre à l'ouest sur la tour-clocher.
On le voit aussi, présent deux fois, dans le tympan
de la verrière de la baie
axiale.
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«««--- Chapiteaux corinthiens ornés de masques.
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Chapiteau avec hommes nus agenouillés et pommes de pin. |

Chapiteau avec hommes nus agenouillés et pommes de pin.
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| LES CHÂSSES DE
SAINT AUSTREMOINE ET DE SAINT CALMIN |
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La châsse de saint Austremoine, en bois peint, possède les
mêmes dimensions que celle de saint Calmin.
Les peintures représentent les douze apôtres.
L'autre face présente une Crucifixion et une Annonciation.
XVIe-XVIIe siècles. |

Châsse de saint Calmin, détail : panneau d'une Crucifixion
entre la Vierge et saint Jean.
Émail champlevé de Limoges, fin du XIIe siècle. |

Châsse de saint Austremoine, détail : six apôtres.
XVIe-XVIIe siècles. |

La châsse de saint Calmin est protégée par une
solide grille. |

Châsse de saint Calmin, détail.
Trois des douze apôtres qui entourent le Christ : saint
André, saint Jacques, saint Paul.
Émail champlevé de Limoges.
Fin du XIIe siècle. |
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La
châsse de saint Calmin (2/2)
---»» La châsse a passé sans
encombre le cap de la Révolution «grâce
à la piété et au courage d'un habitant
de Mozat», écrit Bernard Craplet. Il faut
sans doute voir là ce que les historiens appellent
un vol de précaution : au début
d'une époque troublée (Révolution,
loi de Séparation de 1905), un paroissien cache
chez lui une œuvre de grande valeur exposée
à la dévotion dans l'église. Cette
mise à l'abri se fait souvent avec l'accord du
curé de la paroisse.
Voir la statue du XIIe siècle de Notre-Dame
la Brune à l'abbatiale de Tournus,
cachée en 1793 par une paroissienne.
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La
châsse de saint Calmin (1/2).
Datée de la fin du XIIe siècle,
la châsse dite «de saint Calmin» est
en bois recouvert de quatorze plaques d'émail
champlevé de Limoges : six sur chacune des deux
faces principales et une sur chaque pignon.
C'est la plus grande des châsses limousines parvenues
jusqu'à nous. Et sûrement aussi la plus
belle. Longueur : 81 cm ; largeur : 24 cm ; hauteur
: 45 cm. Elle conservait à l'origine les reliques
des saints fondateurs de l'abbaye.
La face visible à travers la grille de protection
est la plus travaillée des deux. Elle présente,
dans sa partie centrale, une Crucifixion (voir
plus
haut) et un Christ en majesté entouré
du tétramorphe (ci-dessous). Les quatre plaques
latérales reçoivent chacune trois apôtres.
Les douze ont tous les pieds nus (comme les saints André,
Jacques et Paul, plus bas à gauche), à
l'exception des saints Philippe et Jacques.
En 1913, pour le Congrès archéologique
de France tenu à Moulins et Nevers,
l'abbé Luzuy fait ce commentaire : «Tous
ces personnages sont en cuivre repoussé et ciselé,
appliqués en demi-bosses sur une fond émaillé,
constellé de rosaces ; ils sont rehaussés
de perles de différentes couleurs, d'une grande
richesse de décoration.»
La face opposée, simplement dorée et sans
relief, est consacrée à saint Calmin
et à son épouse Namadie. Trois
plaques les montrent, selon la légende, fondant
trois abbayes (Saint-Chaffre, Tulle et Mozac) ou étant
les bienfaiteurs de ces abbayes. Deux autres plaques
illustrent leurs funérailles. Enfin, la dernière
des six montre l'abbé de Mozac, Pierre, debout
entre diacre et sous-diacre, célébrant
la messe derrière un petit autel.
L'ornementation est accompagnée de la légende
:

PETRUS
ABBAS MAUZIACUS FECIT CAPSAM PRECIO

(Pierre,
abbé de Mozac, a fait faire ce reliquaire à ses frais)

Cette inscription a bien sûr retenu l'intérêt
des archéologues pour dater la châsse.
Problème : aux XIIe et XIIIe siècles,
il y a eu sept abbés de Mozac prénommés
Pierre ! En fin de compte, comme le souligne l'abbé
Bernard Craplet dans Auvergne romane (éditions
Zodiaque, 1972), les spécialistes, «cédant
sans doute à la tendance de l'archéologie
contemporaine à rajeunir les œuvres et les
édifices du Moyen Age», ont proposé
Pierre III de Marsac, abbé de 1168 à
1181. En 1913, l'abbé Luzuy rappelle que, selon
deux érudits, «le style de l'orfèvrerie
et des émaux ne s'accorde pas avec une date postérieure
au XIIe siècle.»
---»» Suite 2/2
à gauche.
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Châsse de saint Calmin, détail.
Le Christ en majesté est entouré du tétramorphe.
Fin du XIIe siècle. |
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| LE TRANSEPT DE
L'ÉGLISE SAINT-PIERRE (XVe SIÈCLE) |
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Autel et retable dans le bras nord du transept.
XVe siècle.
La fenêtre est celle de la baie
5 avec son tympan du XVe siècle. |
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Le
transept.
Le transept de l'église du XIIe siècle
était voûté en berceau. Lors de
la reconstruction quasi générale entreprise
vers le milieu du XVe par l'abbé Raymond de Marcenat,
l'ensemble du transept a été rebâti
; des voûtes d'ogives ont été mises
en place.
Pour les donateurs, la voûte ogivale présente
l'intérêt de pouvoir faire afficher son
blason au croisement des ogives. C'est le cas de la
famille Montboissier dont le blason
est visible dans une clé-de-voûte du bras
sud. Eustache de Montboissier, frère de Pierre
le Vénérable, abbé de Cluny, fut
abbé de Mozac en 1131.
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Baie 6 : Apparitions de la Vierge à Lourdes et
à la Salette.
Atelier Champrobert de Clermont-Ferrand.
Fin du XIXe siècle. |
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| LE CHŒUR DE L'ÉGLISE
SAINT-PIERRE : STALLES ET SANCTUAIRE |
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Le chœur de l'église Saint-Pierre et ses stalles du XVe siècle.
Le sanctuaire avec ses trois pans et sa travée oblongue date
du XVe siècle. |

L'Annonciation.
Toile anonyme, XVIIe siècle (?) |

Siège de l'abbé dans les stalles. |

L'Adoration de l'Hostie.
Toile anonyme, XVIIe siècle (?)
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| LE SANCTUAIRE
DE L'ÉGLISE SAINT-PIERRE |
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Le sanctuaire est enrichi de boiseries du XVIIIe siècle.
Au premier plan : le chapiteau roman des Quatre
Anges et des Quatre Vents (XIIe siècle).
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Vitrail de la baie axiale n°0.
Vers 1460-1470.
Au tympan, le blason de l'abbé de Marcenat
est présent deus fois. |
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Les
vitraux.
L'église Saint-Pierre n'est pas connue
pour ses vitraux anciens. Pourtant les trois baies
de l'abside proposent quelques réalisations
intéressantes du XVe et du XVIe siècles.
En 1913, pour le Congrès archéologique
de France tenu à Moulins et à
Nevers,
l'abbé Luzuy donnait, pour les panneaux
des trois baies de l'abside, une disposition qui
n'existe plus.
En effet, selon le Corpus Vitrearum, l'atelier
clermontois d'Étienne Thévenot a
reçu en 1838 la tâche de restaurer
deux des vitraux du chœur. On ne sait ensuite
plus rien jusqu'aux années 1960.
En 1965, des vols supersoniques endommagent les
verrières déjà mal en point
; des verres tombent et se brisent. Il faut envisager
une restauration en bonne et due forme. Tout est
déposé.
On s'aperçoit alors que les panneaux étaient
disposés d'une manière totalement
hétéroclite. Était-ce le
résultat du travail de Thévenot ?
On ne peut rien affirmer. Néanmoins, un
rapport officiel demande de revoir l'assemblage
en rétablissant ce qu'on pense être
l'ordonnance ancienne. Des vitreries modernes
viendront remplacer les panneaux manquants. En
1972, c'est l'Atelier du vitrail de Limoges
qui est chargé de cette restauration.
Quand il passe à Mozac en 1837, Prosper
Mérimée, alors inspecteur général
des Monuments historiques, a dû voir une
disposition des verrières proche de celle
rétablie en 1972. Il commente brièvement
: «Il reste au fond du chœur quelques
vitraux du XVe siècle, assez remarquables
par l'éclat des couleurs.»
En dehors de l'abside, du tympan de la baie
5 et d'un oculus portant une Déploration
du Christ du XVIe siècle (non donnée
dans cette page), l'église propose deux
vitraux du XIXe : un vitrail néogothique
à médaillons illustrant deux épisodes
de la vie de saint Austremoine (baie
14) dû à l'atelier Félix Gaudin ; et un vitrail
des apparitions de la Vierge à Lourdes et à La
Salette créé par l'atelier clermontois Champrobert
(baie
6) dans le bras sud du transept.
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Le maître-autel est daté du XVIIIe siècle. |
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Baie 0, détail : la Visitation.
Vers 1460-1470. |

La clé de voûte de l'abside
représente le Christ. |

Dans cette retombée de voûte de l'abside,
l'abbé Raymond de Marcenat a représenté
ses armoiries à côté du blason
de Riom
(lys et clé de saint Pierre). |
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Baie 0, détail : saint Austremoine
Vers 1460-1470. |
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«««---
Baie n°0 (baie axiale).
La verrière de cette baie offre quatre panneaux
datés des années 1460-1470.
Le panneau en bas à gauche, une Visitation
[inscription MA ELISABET],
contient de nombreux bouche-trous et des verres fortement
dégradés. À côté,
saint Calmin [inscription S. ALMINE]
présente des parties opacifiées.
Au-dessus, saint
Pierre [inscription S. AM(?) PEIRRE],
sous un dais recomposé, tient une énorme clé et un livre.
On y voit aussi de nombreux bouche-trous. En face de
lui, saint
Austremoine [inscription S. AUSTRE]
tient sa crosse d'évêque. Le fond est, lui aussi, très
opacifié.
Enfin, l'abbé Raymond de Marcenat, reconstructeur
de l'église au XVe siècle, est présent
par son blason qui figure deux fois dans les ajours
circulaires du tympan.
Source : Corpus Vitrearum,
les vitraux d'Auvergne et du Limousin.
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Les trois pans centraux de l'abside se rejoignent
sur la clé de voûte du Christ. |

Baie 0, détail : saint Pierre.
Vers 1460-1470. |
|

Vitrail de la baie 2.
Trois scènes datées vers 1460-1470
et un saint Joseph tenant l'Enfant-Jésus
daté du XVIe siècle.
Les compkléments géométriques sont modernes.
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Baie 2, détail : Raymond de Marcenat, abbé
de Mozac de 1459 à 1467,
est présenté par sainte Marie-Madeleine.
Vers 1460-1470. |
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Baie 2, détail : saint Joseph et l'Enfant.
Milieu du XVIe siècle. |
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Vitrail
de la baie 2 (2/2).
---»» 3) À côté, deux
donateurs sont agenouillés dans une composition
qui a perdu sa partie inférieure. Celui de droite
est à observer de près : sur son épaule
gauche, on distingue la main du saint ou du prélat
qui les présente ; d'autre part, les mains de
ce donateur, très fines, sont peut-être
celles d'une femme...
À noter que les zones opacifiées ont été
éclaircies par voie informatique.
Milieu du XVIe siècle :
Seule est datée de cette époque la moitié
supérieure du saint Joseph cheminant avec l'Enfant-Jésus.
Cette moitié, très mutilée, a été
restaurée. On remarquera l'étrange chapiteau
à gauche du visage de Joseph. La partie inférieure
des deux personnages est du XIXe siècle. Source
: Corpus Vitrearum, les
vitraux d'Auvergne et du Limousin.
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Oculus de l'abside : l'Annonciation.
Fin du XIXe siècle. |
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Baie 2, détail : le Baptême du Christ.
Vers 1460-1470.
Qui peut être l'homme aux cheveux blonds qui semble avoir
deux ailes ?
Dans le médaillon du haut, l'homme paraît porter
des besicles. |

Le maître-autel du sanctuaire est enrichi de boiseries
du XVIIIe siècle et de vitraux du XVe.
Ici, les baies 0
et 2. |
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Baie 2, détail : deux donateurs en prière.
Vers 1460-1470.
Derrière les donateurs se tient un prélat en chasuble
vert émeraude.
Les mains du donateur de droite sont peut-être celles
d'une femme...
Les zones opacifiées des habits ont été éclaircies par voie
informatique. |

Vitrail de la baie 1.
Vers 1460-1470. |
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Vitrail
de la baie 1.
Cette baie ne contient qu'une lancette : une Transfiguration
et un saint Christophe.
Selon l'abbé Luzuy, (Congrès
archéologique de France de 1913), la
Transfiguration se trouvait dans la baie axiale
(n°0),
sur le côté gauche. Juste à
côté, à droite, se trouvait
l'abbé Raymond Marcenat présenté
par Marie-Madeleine.
Les deux scènes de la verrière sont
datées vers 1470-1480. En 1972, l'Atelier
du vitrail de Limoges a ajouté des
compléments architecturaux afin de fixer
l'ensemble dans la baie.
Dans la partie basse, un saint Christophe mutilé
trahit de nombreux bouche-trous.
Au-dessus, une Transfiguration, trop étroite
pour la largeur de la baie, est complétée
par des créations artistiques de 1972.
Au bas de la composition, le dessin des trois
apôtres, Pierre, Jacques et Jean, a perdu
sa moitié inférieure.
Source : Corpus
Vitrearum, les vitraux d'Auvergne et du Limousin.
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Baie 1, détail : la Transfiguration.
La scène de la partie inférieure est mutilée.
Vers 1460-1470.
Les bords à thème géométrique
ont été ajoutés en 1972. |
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Baie 1, détail : le Christ de la Transfiguration.
Vers 1460-1470. |

Oculus de l'abside : le Martyre de sainte
Catherine d'Alexandrie.
Fin du XIXe siècle. |
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«««--- Baie 1,
détail : «Regarde Saint Christophe»
Vers 1460-1470 (pour la partie centrale).
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Vue de la nef depuis la croisée du transept. |
Documentation : «L'église abbatiale
Saint-Pierre, Mozac», éditions Gaud, 2002
«Auvergne Romane» de l'abbé Bernard Craplet, Éditions Zodiaque, la
Nuit des temps, 1972
+ «Les Vitraux d'Auvergne et du Limousin», Corpus Vitrearum,
PUR, 2011
+ «Congrès archéologique de France, Basse-Auverge», an 2000, article
de Laurence Cabrero-Ravel
+ «Congrès archéologique de France à Moulins et Nevers», 1913, article
de M. l'abbé Luzuy
+ «Notes d'un voyage en Auvergne» par Prosper Mérimée, éditions Adam
Biro, 1989
+ «Dictionnaire des églises de France», éditions Robert Laffont, 1966,
article de Bernard Craplet
+ «Laissez-vous conter Mozac», dépliant de l'Office du Tourisme, 2014 |
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