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Page créée en fév. 2026
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Statue de saint Benoît dans l'avant-nef, détail

Située à huit kilomètres de Rouen, l'ancienne abbatiale Saint-Georges dans le petit bourg de Saint-Martin-de-Boscherville est un lieu à ne pas manquer pour tout amateur d'art roman qui visite la Haute-Normandie.
Depuis le début du XIe siècle, l'endroit est une possession des seigneurs de Tancarville. Une église collégiale a précédé l'édifice actuel (voir encadré plus bas) . Les chanoines en sont chassés au début du XIIe et remplacés par des moines bénédictins. Une abbaye est ainsi créée avec statuts et dotations.
Une nouvelle église est construite, à côté de la première, en plus grand. Commencée vers 1113-1114, les travaux étaient vraisemblablement achevés trente ans plus tard. Selon Jacques Le Maho et Nicolas Wasylyszyn, dans Saint-Georges de Boscherville, 2000 ans d'histoire, c'est probablement un atelier venu de Rouen qui se chargea de la maîtrise d'œuvre en utilisant le calcaire blanc des carrières de la vallée de la Seine. Le style est roman ; la voûte est charpentée.
Au siècle suivant, la voûte est rebâtie en pierre et devient ogivale ; des flèches sont ajoutées aux tours de la façade.
L'abbaye gagne en importance ; elle va compter jusqu'à 35 moines. Mais elle n'aura jamais la renommée de ses voisines comme Jumièges ou Saint-Wandrille, peut-être parce qu'elle n'a pas de reliques pour attirer les pèlerins.
Dans la partie nord de leur domaine, les seigneurs de Tancarville font construire des bâtiments à jouissance privée, dont il nous reste la chapelle des Chambellans.
Le XIVe siècle marque le début de la décadence. La lignée des Tancarville s'éteint en 1305 ; les biens finissent dans les mains des Orléans-Longueville qui délaissent le domaine. La guerre de Cent Ans fait perdre à l'abbaye ses dépendances en Angleterre, diminuant ses ressources. En 1418, le roi anglais Henry V et son armée mettent Rouen à sac et n'épargnent pas l'église Saint-Georges. Le mur nord de la nef devra être restauré.
Au XVIe siècle, le régime de la commende accélère la dégradation de l'église et de ses annexes : le commendataire loge de temps à autre dans les bâtiments privés, mais délaisse le reste. (En 1556, c'est Hippolyte d'Este, fils de Lucrèce Borgia, qui est nommé commendataire.) Puis surviennent les guerres de Religion. Par trois fois, les huguenots saccagent l'abbaye (1562, 1570 et 1590). Les bas-reliefs du jubé sont martelés.
En 1659, les Mauristes arrivent à Boscherville et vont cohabiter, après un rigoureux partage des lieux, avec les onze Bénédictins qui s'y trouvent déjà. (Ces derniers, qui ont tous refusé d'intégrer la Congrégation de Saint-Maur, seront désignés sous l'appellation d'Anciens.) Grâce à des emprunts, les Mauristes vont agréger les dépendances, selon le style de l'époque, en un grand bâtiment à quatre étages érigé dans le prolongement de la salle capitulaire. Ils vont aussi refaire la charpente de la nef.
Jusqu'à la Révolution, l'abbaye ne comptera jamais plus d'une dizaine de mauristes (les derniers bénédictins étant morts ou ayant rejoint la Congrégation). En 1736, le jubé est supprimé et remplacé par une clôture en fer forgé.
En 1790, les habitants du bourg obtiennent que Saint-Georges devienne l'église paroissiale à la place de l'église Saint-Martin, très dégradée et située loin du centre. Cette dernière sera démolie. Les congrégations sont supprimées ; les Mauristes se dispersent. Les habitations monastiques sont vendues, puis modifiées ou détruites.
L'église et la salle capitulaire sont classées parmi les monuments historiques en 1822. Le XIXe siècle devra entreprendre un grand nombre de réfections de détails (le chœur et tous les bas-côtés sont en mauvais état).
Si toutes les dépendances ont disparu à l'exception de la salle capitulaire et de l'étage qui la surplombe, l'église abbatiale Saint-Georges nous est parvenue quasiment inchangée depuis le XIIe siècle. L'architecture y est d'une homogénéité presque parfaite : signe que l'église a été érigée d'un seul tenant. Un badigeon blanc a été passé vers 1873 faisant malheureusement disparaître les derniers restes de coloris sur les chapiteaux.
L'église Saint-Georges possède un intérêt certain car les dispositions de la façade, de l'abside et les modénatures qui ornent l'ensemble innovent quelque peu par rapport à celles des grands édifices qu'on venait de construire, comme Saint-Étienne de Caen dans les années 1070. À ce titre, l'ancienne église abbatiale de Boscherville est l'un des derniers grands témoins de l'architecture normande du XIIe siècle.

«Descente de croix» de René Dudot, milieu du XVIIe siècle, détail
La nef de l'ancienne église abbatiale Saint-Georges
La nef de l'ancienne abbatiale vue depuis l'entrée.
Le badigon blanc passé en 1873 a effacé la patine des vieilles pierres.
Au XIIIe siècle, la couverture charpentée du XIIe a fait place à une voûte ogivale quadripartite en pierre.
ARCHITECTURE EXTÉRIEURE

L'édifice roman observé depuis les jardins : c'est la plus célèbre vue de l'abbatiale.
Passez la souris sur l'image pour inverser les étages de la tour-lanterne !
Et reportez-vous ensuite au texte sur l'architecture extérieure.

La façade romane de l'abbatiale.
Les deux tours minces abritent chacune un petit escalier intérieur.
Les clochetons ont été rajoutés au XIIIe siècle.

Passez la souris sur l'image pour voir ce que donnerait
une façade avec des tours plus larges.

Clocheton roman du XIIIe siècle
sur la façade.

Statue de la Vierge à l'Enfant.
Sculpteur Jean-Marc de Pas.
Résine patinée, XXIe siècle.

Architecture extérieure (2/2).
---»» Vue de l'est, la beauté de la pierre dans le panorama s'explique. Au chevet et aux absidioles le maître d'œuvre a renforcé l'effet de verticalité en imposant de minces contreforts qui, de fait, deviennent des colonnettes engagées. Depuis le haut des jardins, ces colonnettes ne sont plus que de simples traits verticaux prolongés au loin par la tour-lanterne et son toit en flèche.
Néanmoins, souligne l'historienne Maylis Baylé en 2003 pour le Congrès archéologique de France, ce chevet, porté ici à la perfection, reste très traditionnel dans la Normandie médiévale des XIe et XIIe siècles. Bâti au XIIe, il s'insère dans la lignée de quelques édifices normands du siècle précédent, comme celui de Saint-Nicolas ou de la Trinité à Caen.
La tour-lanterne comprend deux étages aux ouvertures savamment étudiées : au premier niveau, six arcatures plaquées en faible relief dont deux sont ouvertes ; au second, trois grandes baies centrales, plus profondément modelées, accueillent des fenêtres géminées dont le tympan est ajouré. Aux extrémités de ce second niveau, une petite arcature aveugle à faible relief rompt le nu du mur.
Sous le toit, une subtile rangée de modillons donne plus de corps au modelé des trois baies. Le maître d'œuvre n'a pas fait ciseler ces modillons : on n'aurait pas vu les sculptures depuis le sol (photo ci-contre) !
Au nord-ouest, une tourelle d'escalier flanque l'angle de la tour.
En rapprochant les percements de la tour-lanterne de l'abbatiale Saint-Georges à ceux de Saint-Étienne de Caen, l'historien Lucien Musset donne l'idée qui a vraisemblablement animé les constructeurs de ces deux édifices à peu près contemporains : «donner aux baies plus de relief et plus d'ouvertures à mesure que l'on s'élève.»
Passez la souris sur la photo de l'abside donnée plus haut. Les deux étages ont été inversés dans la seconde image : l'esthétique de la tour-lanterne y apparaît totalement déséquilibrée, voire laide.
Une autre analyse se fait ainsi jour : le premier étage de la tour-lanterne, peu ouvert, joue le rôle d'un soubassement. En fait, la tour-lanterne reproduit, sur deux niveaux, le profil de l'abside qui en possède trois et dont le soubassement affiche une arcature aveugle. L'esthétique de l'abbatiale vue de l'est repose dans la presque identité de ses «soubassements». L'inversion des étages de la tour-lanterne fait bien apparaître ce phénomène. Nul doute que le maître d'œuvre a travaillé son dessin avant de lancer les travaux.


Deux chapiteaux sur l'ébrasement sud du portail.
De gauche à droite : le péché originel ; l'ange interdisant l'entrée du paradis terrestre.

Les chapiteaux extérieurs.
Les huit chapiteaux qui surmontent les colonnettes du portail ont toujours interpellé les historiens de l'abbatiale. Bien que très dégradés, et la plupart historiés, ils sont d'une finesse notable, en opposition avec ce qu'offrent les chapiteaux de l'intérieur de l'édifice. En 1926, pour le Congrès archéologique tenu à Rouen, Louis-Marie Michon y voit «la main de sculpteurs habiles, venus vraisemblablement d'Île-de-France ou du pays chartrain, mais à coup sûr étrangers à la Normandie.»
Cet avis ne sera pas repris par les historiens qui vont suivre.
Ainsi, en 1974, Lucien Musset, dans Normandie romane, constate une différence de qualité entre les chapiteaux intérieurs, extérieurs et ceux de la salle du chapitre «sans que la raison arrive bien à démêler les motifs de ces disparates.»
Même rejet, en 1998, des sources chartraine ou francilienne pour Jacques Le Maho et Nicolas Wasylyszyn dans Saint-Georges de Boscherville, 2000 ans d'histoire. Ils voient dans l'abondance des chapiteaux historiés de Boscherville un trait original et rare car «les sculpteurs normands, écrivent-ils, ne s'adonnaient qu'avec réticence à la représentation de personnages ou d'animaux, réservant volontiers leur savoir-faire à la réalisation de motifs végétaux ou purement géométriques.»
En 2003, pour le Congrès archéologique de France, Maylis Baylé leur emboîte le pas et écrit que ces chapiteaux, «en raison de la rareté des exemples contemporains conservés autour de Rouen prennent une importance capitale pour tenter de définir ce que fut vers 1125-1130 le style rouennais.» En les examinant tous (intérieurs et extérieurs), son analyse conduit à poser l'existence de plusieurs écoles rouennaises de sculpture, ayant chacune son style propre.
Il n'empêche. L'idée de Louis-Marie Michon n'a rien d'impossible, même si aucun document ne l'atteste. Voir le commentaire à la salle du chapitre.
Le visiteur intéressé essaiera d'identifier les scènes suivantes (données plus bas) : renard ou loup étranglant une poule ; la Fuite en Égypte ; les saints Pierre, Paul et Jacques, le Péché originel ou encore un ange interdisant l'accès au Paradis terrestre.
D'autres chapiteaux se trouvent au niveau du chevet. Le plus célèbre est celui du monnayeur. Sa faible valeur esthétique n'occulte pas sa haute valeur documentaire. À côté d'une palme arborescente en faible relief, rattachée à la tradition préromane, se tient, en action, un monnayeur à la tête énorme. La présence de ce chapiteau est un peu étonnante car l'abbaye n'a jamais eu le droit de battre monnaie.
De la main droite, l'artisan brandit son marteau ; de la main gauche, il tient sur l'enclume le coin sur lequel il va frapper. «Le personnage n'a ni vie ni aisance, écrit Lucien Musset dans Normandie romane, il ne regarde même pas son travail, la composition est des plus maladroites.» Faut-il y voir la main d'un sculpteur rouennais, un peu malhabile, commençant ses gammes dans ce genre de chapiteaux ?
Voir plus bas le développement donné sur les chapiteaux à masque.


Chapiteau sur l'ébrasement nord du portail :
un renard ou un loup étranglant une poule (?)

Chapiteaux à masque (1/2).
Une catégorie de chapiteaux, de bonne qualité, a retenu l'intérêt des historiens : celle des masques crachant des feuillages. Le thème est traité cinq ou six fois, que ce soit à l'intérieur ou à l'extérieur de l'édifice. Cinq sont donnés dans cette page : trois extérieurs (A & B ci-dessus), C ci-dessous et deux intérieurs : un simple (D) et un à masques multiples (E).
En 1974, Lucien Musset, dans Normandie romane, précise que les tailloirs de ces chapiteaux sont lisses ou ornés de dessins géométriques très simples. Dans l'exemple C plus bas, on voit une double cordelette entrelacée.
Dans son étude pour le Congrès archéologique de France tenu à Rouen et en pays de Caux en 2003, Maylis Baylé décrit plutôt ces bas-reliefs comme des faisceaux de tiges terminées par de petites boules, ce qui est typique du chapiteau C.
Constatant leur présence dans une aire limitée (Rouen, Saint-Wandrille), l'historienne avance l'idée d'un petit groupe de sculpteurs locaux développant ses ornements propres. Elle précise : «Les motifs végétaux à boules, omniprésents sur les chapiteaux ornementaux comme sur les œuvres historiées, sont également une signature locale, de même que les palmettes digitées disposées en éventail ou les vignes stylisées.»
---»» Suite 2/2 à droite.

CHAPITEAUX ROMANS À MASQUE

Masque A.

Masque B.

D'est en ouest, l'abbatiale (vue ici depuis le nord) fait 70 mètres de long.
La minceur des tours de la façade crée un réel déséquilibre visuel.
À gauche, le rez-de-chaussée du bâtiment abrite la salle capitulaire construite entre 1150 et 1170.

Architecture extérieure (1/2).
Cette architecture apparaît totalement homogène et d'un seul tenant. L'historien Louis-Marie Michon écrit en 1926 pour le Congrès archéologique de France tenu à Rouen : «Il est absolument impossible de déterminer par quel côté fut commencée l'église.» En 1998, dans Saint-Georges de Boscherville, 2000 ans d'histoire, Jacques Le Maho et Nicolas Wasylyszyn optent carrément pour une construction par tranches horizontales sur toute la longueur et non travée par travée.
Commentant l'extérieur de l'abbatiale, Louis-Marie Michon souligne «la majesté des proportions, la beauté des lignes de l'abside et du transept surmonté de sa tour-lanterne». Cela suffit, ajoute-t-il «à faire de Saint-Georges un des plus importants édifices romans de la province».
Le visiteur portera son intérêt sur deux points : la façade et le chevet.
La façade. Par son dépouillement et la présence des deux tours nord et sud, la façade a souvent été rapprochée de celle de Jumièges ou de celle de Saint-Étienne de Caen. Encore cette dernière est-elle plus harmonieuse car les tours y sont plus larges. Néanmoins, en 1974, Lucien Musset dans Normandie romane détecte dans cette façade «aussi bien le goût prononcé des Normands pour la simplicité des lignes architecturales que leur répugnance pour le décor à grand spectacle.»
Passez la souris sur l'image de la façade (ci-contre à gauche) pour voir l'effet que l'on obtiendrait avec des tours moins étroites et des clochetons moins graciles.
Notons que le dernier niveau des tours et la flèche qui le surmonte ont été rajoutés au XIIIe siècle.
Le portail sans tympan (à la mode normande) présente une remarquable variété géométrique dans la simplicité des voussures de son archivolte (motifs crénelés, palmettes, dents de scie, etc.). Les chapiteaux qui surmontent les colonnettes portent des scènes historiées (et bien dégradées). Ce décor est si éloigné de la simplicité normande habituelle que Lucien Musset se demande s'il ne s'agit pas là de l'une des parties les plus récentes de l'église. Voir la présentation des chapiteaux dans l'encadré ci-dessous.
Le sol de la place a été abaissé au XIXe siècle, d'où l'existence d'un perron de dix marches.

Le chevet. Contemplée par beau temps depuis le haut de l'ancien jardin des moines, il offre un vrai décor de carte postale. Voir photo plus bas.
L'abbatiale est dégagée de toute propriété parasite et il est aisé d'en faire le tour. Le seul bâtiment annexe est la salle capitulaire, du milieu du XIIe siècle, de style gothique, qui prolonge le bras nord du transept. Au XVIIe siècle, les mauristes l'ont surmontée d'un étage.
Au début du XIXe, on ne pouvait pas faire le tour de l'abbatiale. Louis-Marie Michon relate en effet en 1926 qu'un projet est à l'étude pour dégager l'église et le chapitre des propriétés qui les entourent. Il ajoute : «Ceci permettrait aux touristes et aux archéologues désireux d'étudier ces beaux édifices en pleine liberté de le faire sans avoir à compter sur le bon vouloir ou l'obligeance plus ou moins empressée des propriétaires voisins.»
---»» Suite 2/2 plus bas à gauche.


Les jardins de l'abbatiale vus depuis le chevet.
En montant jusqu'au mur d'enceinte, le visiteur a une vue d'ensemble du domaine.

Le chevet de l'église abbatiale touche la perfection de l'art roman normand.
Voir le chevet similaire de Saint-Nicolas à Caen, achevée en 1083.

Les deux étages de la tour-lanterne romane remontent au XIIe siècle.
Une rangée de modillons non sculptés accompagne la corniche sous le toit.
À droite, une tourelle d'escalier flanque l'angle nord-ouest.

Modillons romans sous le toit qui coiffe la tour-lanterne.
Le maître d'œuvre n'a pas fait sculpter les modillons qui allaient être situés trop haut pour être vus !

Modillons romans sur le chevet.
Le maître d'œuvre a fait sculpter les modillons qui allaient être situés à hauteur des yeux.

Portail occidental de l'abbatiale.
Avec ses voussures dentelées en tout genre et son tympan nu, ce portail affiche une sobriété normande certaine.
Le sol de la place a été abaissé au XIXe siècle, d'où l'existence d'un perron de dix marches.

La modénature des voussures de l'archivolte du portail offre une grande variété de formes.

Trois chapiteaux sur l'ébrasement nord du portail.
De gauche à droite : renard ou loup étranglant une poule ;
la Fuite en Égypte ; les saints Pierre, Paul et Jacques.

Tailloir et chanfrein du chapiteau à masque A (ci-contre) vu de face.
Depuis les photos proposées par Lucien Musset en 1974 dans son ouvrage Normandie romane,
on constate que les intempéries ont considérablement dégradé ce bas-relief qui se trouve à l'air libre.

Chapiteaux à masque (2/2).
---»» Dans cette famille de chapiteaux à masque, Lucien Musset décrit le tailloir et le chanfrein du chapiteau A ci-dessus. Ils s'opposent aux thèmes simplifiés que l'on observe sur les autres : «Sur la face avant d'autres monstres à tête de chouette sont placés les pattes en l'air. Les chanfreins qui raccordent ces tailloirs à la corbeille ornée de feuillage portent des loups aux dents pointues, à la queue s'achevant en palmette.»
Ces détails sont bien visibles sur les photos de 1974. Dans les années 2010 (photo ci-dessus), ils ont pratiquement disparu à l'exception des queues en palmette. Le chapiteau étant à l'extérieur, les intempéries l'ont rendu méconnaissable.
Lucien Musset, qui détecte des racines préromanes dans ce répertoire des formes, donne un commentaire qu'il serait impossible de faire aujourd'hui : «son traitement, d'une excellente qualité graphique, témoigne d'une maîtrise dans le fantastique qui est la marque propre de l'artiste du chevet de Boscherville. Il faut regretter qu'il n'ait pas eu plus souvent l'occasion de s'exprimer. En tout cas, nous sommes ici aux antipodes des chapiteaux si maladroits de la nef


En se plaçant à la limite orientale du domaine, le visiteur a sous les yeux le panorame entier de l'abbatiale.
Par beau temps, l'abbatiale et ses jardins offrent un décor de carte postale.


Chapiteau roman à masque C (chevet, XIIe siècle) :
la gueule d'un animal fantastique crache des feuillages.
«««--- Une fenêtre basse du chevet.

Le dessin des arcades dans les arcades
est caractéristique de l'art roman.

Chapiteau du monnayeur au chevet de l'abbatiale, XIIe siècle..
Cette composition assez maladroite montre un monnayeur s'apprêtant
à frapper de son marteau le coin posé sur l'enclume.
LA CHAPELLE DES CHAMBELLANS

Chapelle des Chambellans (partie nord du domaine).

C'est là qu'on peut voir l'impressionnante maquette réalisée par Daniel Duval
et qui reconstitue le domaine de l'abbaye aux alentours de 1659.

La chapelle des Chambellans (1/2).
C'est tout ce qui reste des bâtiments construits par les sires de Tancarville peu avant 1295, au nord-ouest de la clôture, à l'écart du cloître.
Il y avait trois bâtiments à but purement résidentiel qui reçurent l'appellation de Logis-des-Chambellans.
Outre les locaux de réception qui contenaient à l'étage une grande salle de trente mètres de long, les bâtiments comprenaient, sur deux niveaux, les appartements à usage personnel des seigneurs et une chapelle.
Cette chapelle, restaurée en 1993, de plan carré, n'est éclairée que par deux baies étroites (visibles dans la photo ci-contre à gauche.)
C'est un endroit que le visiteur ne doit pas manquer car c'est là que se trouve une impressionnante maquette de l'abbaye reconstituée dans son état présumé vers l'an 1659.
Cette maquette a été conçue et réalisée par Daniel Duval, puis offerte par M. et Mme Duval en 2004. Sa création a bénéficié des conseils de l'historien Jacques Le Maho, un des grands spécialistes du domaine de Boscherville.
On en donne quatre vues ci-dessous.
---»» Suite 2/2 plus bas.


La chapelle des Chambellans et la maquette du domaine.
L'ABBAYE VERS 1659 À L'ARRIVÉE DES MAURISTES

Maquette du domaine vers 1659 : l'abbaye vue de l'ouest avec la façade occidentale de l'abbatiale.

Maquette du domaine vers 1659 : le cloître.

Le Prieur
Statue de l'artiste Michel Beck.
«En hommage à Henri Olivier»
Juin 2003.

Avant l'abbatiale du XIIe siècle (1/3).
Grâce aux fouilles menées de 1978 à 1993, on en sait maintenant beaucoup sur l'historique de l'abbatiale. Jacques le Maho et Nicolas Wasylyszyn, dans Saint-Georges de Boscherville, 2000 ans d'histoire, résument les apports historiques.
Tout part d'un petit temple païen, érigé vers la fin du Ier siècle avt J.-C., à l'emplacement de l'ancien cloître. Au Ier siècle de notre ère, on le remplaça par un bâtiment de même plan, mais entouré d'une galerie. Qui fut lui-même bientôt remplacé par un bâtiment érigé sur un soubassement de pierre, puis enrichi, au sud, d'une plate-forme en dalles de silex. Finalement, vers la fin du Ier siècle de notre ère, à l'édifice en bois succéda un ouvrage en pierre, toujours sur le même plan.
On ignore à quelle divinité était dédié ce petit temple gallo-romain.
Vinrent le VIIe siècle et les temps mérovingiens. Le temple devint chapelle chrétienne dédiée à saint Georges. Une abside fut ajoutée à l'est pour abriter l'autel, tandis que la porte d'entrée, jusque-là à l'est, passait à l'ouest. Ce lieu servait à la célébration des messes pour les morts de la noblesse franque. Dans le bourg, une autre église, vraisemblablement dédiée à saint Martin, le grand saint de la Gaule, devait servir pour le culte courant.
Sous les Carolingiens, l'édifice gagna en surface à l'est et à l'ouest. Le cimetière s'agrandit.
Au début du XIe siècle, tout changea. Le cimetière ne fut plus utilisé ; le terrain devint privé et passa aux mains des sires de Tancarville. C'est sans doute parce que des ancêtres de cette famille étaient enterrés là que Raoul, grand Chambellan de Normandie, y installa, vers l'an 1050, quelques chanoines. À cette fin, l'édifice fut en partie reconstruit, agrandi en forme de croix, avec cloître et dépendances. Les fouilles ont ainsi livré le plan complet d'une collégiale normande du XIe siècle.
Les chanoines étaient-ils séculiers ou réguliers ? En 1926, dans son étude de Saint-Georges pour le Congrès archéologique de France tenu à Rouen, l'historien Louis-Marie Michon écrit que ces chanoines étaient des réguliers suivant la règle de Saint-Augustin. Information reprise en 1966 par Alain Erlande dans son article pour le Dictionnaire des églises de France (éditions Robert Laffont). En 1974, dans Normandie romane, Lucien Musset parle d'une communauté de chanoines séculiers. Il n'y est évidemment plus question d'ordre religieux.
En 1998, Jacques le Maho et Nicolas Wasylyszyn, parlent, quant à eux, de chanoines "séculiers" et précisent que «ces clercs, qui n'étaient pas soumis aux exigences de la vie claustrale et jouissaient par conséquent d'une certaine liberté de mouvement» étaient au service de la famille fondatrice de la collégiale. En 2003, pour le Congrès archéologique de France tenu à Rouen en pays de Caux, Maylis Baylé parle simplement de chanoines.
La difficulté d'appellation vient du fait que le statut de ces chanoines du XIe siècle se classe mal dans les définitions des réguliers et des séculiers.
---»» Suite 2/3 plus bas.


Maquette du domaine vers 1659 : l'abbaye vue du nord-ouest.

Maquette du domaine vers 1659 : l'abbaye vue du nord.
Au premier plan : la chapelle des Chambellans.

Vitrail moderne de la baie axiale
dans la chapelle des Chambellans.

La chapelle (2/2).
---»» La lignée des Tancarville s'éteint en 1305 et le logis, est abandonné. Il devient ensuite logis pour l'abbé.
Aux XVIe et XVIIe siècles, avec le régime de la commende, il devient en fait simple lieu de villégiature pour l'abbé.
C'est à la fin du XVIe siècle qu'est posée la voûte lambrissée en forme de carène (voir plus haut).
Aux XIXe et XXe siècles, la chapelle est utilisée comme grange agricole.
Restaurée en 1993-94, elle reçoit de nouveaux vitraux.
La maquette met en évidence les locaux assignés aux moines bénédictins en 1659 après le partage des biens immobiliers entre l'ordre de Saint-Benoît et l'ordre de Saint-Maur.


Selon les dessins de l'époque,
un cadran solaire avait été
installé par les mauristes
dans les jardins de l'abbaye.

Les religieux «anciens».
Ce sont les Bénédictins qui ont refusé de rejoindre l'ordre réformé de Saint-Maur en 1659.
Des lieux spécifiques leur ont été attribués quand les Mauristes sont arrivés. Dans l'église, des zones de culte bien délimitées leur ont aussi été assignées.
En fait, la cohabitation de deux ordres dans une même abbaye ne se pratiquait pas. C'était un état temporaire avant le départ prévu de l'un d'eux.

Avant l'abbatiale du XIIe siècle (2/3).
---»» La collégiale Saint-Georges était bel et bien gérée par des chanoines réguliers : clercs ayant prononcé leurs vœux, vivant en communauté sous une règle (celle de Saint-Augustin était courante dans ce contexte, mais n'est pas attestée pour Boscherville) et assurant un ministère pastoral (incluant l'enseignement). Souvent, ce ministère était centré autour du service religieux dû à un seigneur.
Ces chanoines se situent en fait à mi-chemin entre le cloître et le siècle. Ce statut existe toujours, même s'il a un peu évolué.
Une communauté de chanoines de ce genre vit dans une maison canoniale qui doit nécessairement être dotée afin de garantir ses moyens de subsistance. La famille des Tancarville a dû y pourvoir... jusqu'en 1113, année où les clercs sont chassés par Guillaume de Tancarville. Pourquoi ce renvoi ?
En 1926, Louis-Marie Michon donne une explication qui ne peut être retenue. L'historien rappelle d'abord que, tout près de là, se trouvaient trois abbayes prospères : Saint-Ouen de Rouen, Saint-Wandrille et Jumièges. Boscherville, en surnombre, n'eut guère de succès. Et il ajoute : «Bientôt du reste la discorde se mit dans les rangs des chanoines et le relâchement de leurs mœurs ne tarda pas à faire scandale.» Rien ne vient confirmer ces deux accusations.
En 1966, Alain Erlande (Dictionnaire des églises de France) modère l'analyse et abandonne le «relâchement». Il écrit : «Le peu de succès de cette fondation et la discorde qui devait rapidement régner au sein de la communauté (...)» Une nouvelle fois, l'argument de la discorde paraît descendre du ciel.
---»» Suite 3/3 à droite.


Les jardins de l'abbaye et la forêt du Roumare.

Dans le cloître, le maquettiste n'a pas oublié les détails :
puits couvert, moines et croix centrale.

Avant l'abbatiale du XIIe siècle (3/3).
---»» En 1974, Lucien Musset dans Normandie romane, rompt un peu le lien avec ses prédécesseurs. Il écrit qu'en 1114 Guillaume de Tancarville remplaça les chanoines «démodés et peut-être discrédités» par des Bénédictins. Le discrédit est loin d'être prouvé. En revanche, il est vrai qu'historiquement les collégiales tenues par des clercs à cheval entre clôture et siècle passaient peu à peu de mode. L'époque demandait plus de rigueur, d'esprit de foi fortifié par un engagement religieux plus strict. Un cloître avec des moines vivant dans une abbatiale selon une règle contraignante répondait à l'esprit du temps.
En 2003, Maylis Baylé se contente d'une constatation basique : «Le remplacement des chanoines par des Bénédictins, écrit-elle, est un processus bien connue dans l'histoire religieuse normande du Xe au XIIe siècle et Saint-Georges de Boscherville s'insère dans une importante liste d'exemples similaires (..)»
Une explication séduisante est avancée par Jacques le Maho et Nicolas Wasylyszyn en 1998. On sait qu'au XIe siècle Guillaume le Conquérant et son épouse Mathilde, aux liens du sang trop rapprochés selon l'Église, ont fait amende honorable en bâtissant les deux grandes abbayes de Caen.
Il semble que le phénomène se soit reproduit au début du XIIe siècle avec Guillaume de Tancarville et son épouse, Mathilde d'Arques. Mathilde ayant déjà été mariée à un parent de Guillaume, le mariage n'était pas jugé recevable. Comme à Caen, les deux époux proposèrent de régulariser leur union par des œuvres pieuses similaires. Refusée dans un premier temps, leur offre aurait finalement été acceptée. Pour Mathilde, ce fut sans doute la nouvelle abbatiale du monastère Sainte-Catherine au-dessus de Rouen. Quant à Guillaume, selon cette hypothèse, il aurait jeté son dévolu sur la collégiale Saint-Georges : d'abord on chasse les clercs, puis on ouvre sa bourse pour financer des travaux considérables et ériger une grande église abbatiale.
Les clercs de la collégiale sont donc chassés en 1113. Ils sont remplacés par des moines réguliers de l'ordre de Saint-Benoît issus de l'abbaye bénédictine de Saint-Évroult d'Ouche - qui sera donc l'abbaye-mère. Une charte de fondation fut établie avec la longue liste des terres, dîmes et revenus divers que le Chambellan et ses vassaux donnaient en dotation à la nouvelle abbatiale. Dix bénédictins, conduits par un abbé, arrivèrent à Saint-Georges.
Tout fut reconstruit : nouvelle église au sud, plus grande que la première qui fut désaffectée, puis détruite ; cloître rebâti à l'emplacement de l'ancien ; érection de toutes les dépendances nécessaires à la vie de ces moines qui allaient être coupés du siècle.

ARCHITECTURE INTÉRIEURE : LA NEF

Élévations nord de la nef vues du chœur.
La blancheur intérieure, qui frappe le visiteur dès son entrée, est le résultat d'un malheureux badigeon blanc passé vers 1873 de par l'autorité du curé de l'époque.

Plan de l'abbatiale Saint-Georges de Boscherville.
C'est un plan assez banal pour les grandes églises de la Normandie des XIe et XIIe siècles.
Passez la souris sur l'image pour faire apparaître la salle du chapitre.

Les fonts baptismaux
XIXe siècle (?)

Ce chapiteau roman est interprété comme un combat spirituel :
le fidèle, écartelé entre les tentations, doit savoir leur résister.

L'entrée du Christ à Jérusalem (?)
Chapiteau roman du pilier central de la tribune nord.
Le Christ sur son ânesse est salué par hommes qui brandissent des rameaux d'olivier.

Chapiteaux intérieurs.
Dans la nef, le décor des chapiteaux appartient en général au répertoire courant : crochets, godrons, palmettes, entrelacs, masques, auxquels s'ajoutent les motifs animaliers traditionnels (lions, chevaux, dragons et autres créatures fantastiques).
D'autres chapiteaux plus sophistiqués, voire historiés, se trouvent dans le transept et les bas-côtés du chœur, sans qu'il soit toujours possible de bien identifier les scènes qu'ils présentent. Et les historiens, qui manipulent sur ces bas-reliefs les hypothèses de différentes écoles de sculpteurs locaux, n'osent pas toujours proposer une interprétation.
C'est le cas du chapiteau donné ci-dessus. En 1974, dans Normandie romane, Lucien Musset le décrit ainsi : «La face [du chapiteau] qui regarde la nef porte un cavalier, apparemment nu, fort mal proportionné, ayant, semble-t-il derrière son dos un décor de feuillages. Sous les angles des personnages habillés, aux têtes énormes, tiennent des palmettes. Les autres faces sont couvertes de rinceaux de vigne aux tiges plates portant alternativement des vrilles, des feuilles creuses et des grappes. L'ampleur des dimensions met particulièrement en évidence les faiblesses de la facture.»
Un panneau d'information dans l'église présente cette scène comme étant «l'accueil triomphal du Christ à Jérusalem», bien que cette identification ne soit pas reprise par les historiens.
Description : un homme sur un cheval (un âne ?) est salué par un autre homme agitant des palmettes (des rameaux d'oliviers ?) Le cavalier nu était-il habillé par le biais d'une peinture qui a disparu sous les assauts du badigeon de 1873 ? L'homme qui agite une palmette affiche un air grincheux, ce qui trahit un manque de maîtrise chez le sculpteur dans l'art de ciseler les visages.
Dans son étude pour le Congrès archéologique de France tenu à Rouen et en pays de Caux en 2003, l'historienne Maylis Baylé est moins sévère sur la maladresse : «l'absence de traitement de surface de détail, écrit-elle, suggère que la peinture suppléait à l'aspect inachevé de l'œuvre sculptée. Mais cela n'est pas synonyme de maladresse ou d'un art fruste, c'est plutôt une volonté de simplification qui s'affirme ainsi.»
Tous les chapiteaux de la collégiale étaient probablement peints. Cependant, pour ceux qui intègrent des hommes ou des animaux, cette piètre qualité des modelés (voir des exemples plus bas) était-elle masquée par le talent des peintres chargés de donner vie aux bas-reliefs ? Avec le badigeon de 1873, il ne reste aucune trace polychrome permettant d'obtenir un début de réponse.

Architecture intérieure : la nef.
L'abbatiale Saint-Georges se situe dans le petit bourg normand de Saint-Martin (environ 1500 habitants). Et pourtant, dès l'entrée dans l'édifice, ses dimensions paraissent grandioses : 70 mètres de long et 20 mètres de large pour la nef et les bas-côtés.
L'architecture suit un modèle normand à trois niveaux assez classique : un premier niveau de hautes arcades retombant sur des piles flanquées de huit colonnes ; au second, une série d'arcatures étroites ouvre sur un faux triforium où se nichent les combles des bas-côtés ; enfin, le dernier niveau reçoit les hautes baies.
Dans ce troisième niveau, la photo ci-dessus montre une étroite galerie de circulation ménagée dans l'épaisseur du mur. Cette disposition, rendue possible grâce à la technique du mur épais, est typiquement normande et se prolonge dans le transept et le chœur jusqu'à la naissance de l'abside. On la voit aussi au revers de la façade. La voir à ce dernier endroit est quasiment unique. Lucien Musset souligne dans Normandie romane que ce serait, en Normandie, une sorte d'exclusivité de Boscherville.
Dans la nef, les vitraux reçoivent du verre blanc : l'abbatiale est extrêmement lumineuse.
Le voûtement ogival quadripartite est typiquement gothique. À l'origine, il était charpenté. Pourtant les hommes de l'art du début du XIIe siècle possédaient déjà la maîtrise de la construction d'une voûte en pierre, même pour une largeur aussi importante que celle de Saint-Georges. Dès lors, pourquoi construire une voûte charpentée ?
Dans l'ouvrage Saint-Georges de Boscherville, 2000 ans d'histoire, Jacques Le Maho et Nicolas Wasylyszyn attribuent ce choix à une possible fidélité au modèle suivi par les bâtisseurs, c'est-à-dire l'église abbatiale de Saint-Évroult d'où venaient les Bénédictins, et donc maison-mère de Saint-Georges. Avançons une explication plus simple: un manque de financement ou une pénurie temporaire de pierres...
En 2003, dans son article pour le Congrès archéologique de France tenu à Rouen et en pays de Caux, l'historienne Maylis Baylé rejette cette idée d'imitation de la maison-mère... puisque rien ne la prouve ! Le plan de Boscherville est en effet moins complexe que celui de Saint-Évroult tel qu'on a pu le reconstituer (cette abbatiale est en ruines depuis le Consulat).
La charpente de Boscherville était-elle en berceau comme celle de l'église abbatiale Notre-Dame à Bernay ? Anticipant sur une future voûte ogivale, des amorces de retombées d'ogives en pierre avaient-elles été insérées dans le prolongement des colonnettes montantes, comme on peut le voir à l'église Saint-Valentin de Jumièges ? On l'ignore.
La voûte ogivale gothique ne remplacera le bois que dans la première moitié du XIIIe siècle. Quant aux bas-côtés de l'abbatiale, ils sont, depuis l'origine, voûtés d'arêtes avec des doubleaux pour délimiter les travées.


Statue de saint Martin
dans l'avant-nef.
Les bas-côtés sont voûtés d'arêtes.
Les arcs doubleaux délimitent les travées.
Ici, le bas-côté sud vu vers l'ouest.

Un triste badigeon blanc.
Passé en 1873, ce badigeon blanc a fait disparaître tous les coloris qui pouvaient subsister dans l'édifice (notamment sur les chapiteaux), annihilant une bonne partie de son aspect médiéval. Les historiens contemporains jugent tous l'intérieur de l'église Saint-Georges comme étant nettement dégradé.
À ce sujet, l'historien Louis-Marie Michon (1900-1958) écrit dans son étude sur l'abbatiale pour le Congrès archéologique de France tenu à Rouen en 1926 :
«Un badigeon malencontreux, égayé de joints factices peints en rouge, a été étendu sur tous les murs de l'église vers 1873, ce qui rend très difficile l'étude de l'appareil. Œuvre d'un curé plus zélé qu'artiste, ce badigeon a de tout temps soulevé d'unanimes critiques. M. de Merval, membre de la Commission des Monuments rouennais, le déplorait déjà en 1874. Un projet est à l'étude pour gratter cet enduit et rendre à l'église la chaude tonalité de ses vieilles pierres.»
En 2003, lors du Congrès archéologique de France tenu à Rouen et en pays de Caux, Maylis Baylé précise qu'un rapport de 1883 dénonce comme actes de vandalisme le badigeon rouge et blanc ainsi que le faux appareil appliqué de la sorte sur les parois. De nombreuses traces de peinture de l'époque romane, qui avaient été repérées, ont disparu.
Actuellement, l'édifice est d'une blancheur immaculée, bien loin de son état médiéval quand la pierre était par endroits revêtue de couleurs vives. La peinture n'était pas de trop pour animer un peu des bas-reliefs de chapiteaux qui ne sont parfois que des ébauches.


Chapiteau roman à masque D.

Chemin de croix, station XIII :
Jésus est descendu de la croix.

Le Chemin de croix, très sobre, se marie
très bien avec le badigeon blanc qui
recouvre les murs de l'abbatiale.

Statue de saint Benoît, détail ---»»»
dans l'avant-nef.

Chapiteau roman : deux monstres infernaux
dévorent un damné.
CHAPITEAUX ROMANS DANS LA NEF (RÉPERTOIRE COURANT)
CHAPITEAUX ROMANS DU XIIe SIÈCLE

Chapiteau roman difficilement interprétable.
Prélat mis à la tentation par des créatures maléfiques ?

Animaux fantastiques affrontés.

Loin d'être un bagnard en costume rayé, il s'agit d'un abbé
tenant sa crosse. Derrière lui, l'Agneau de Dieu.


Élévation nord dans la nef près de la façade occidentale.

Cette élévation à trois niveaux ne réserve qu'une petite part
à l'étage médian qui n'abrite ni tribune ni triforium.
En revanche, un passage bien visible est pratiqué au niveau des grandes fenêtres.
L'existence de ce passage est une caractéristique de l'école romane normande.
PIÈTRE QUALITÉ DES MODELÉS

Ce chapiteau roman dans la nef semble inachevé.
La peinture créait-elle les reliefs ?

Chapiteau typique du bestiaire roman.
Que donnait-il avec de la peinture ?

Chapiteau roman avec masques E.
ARCHITECTURE INTÉRIEURE : LE TRANSEPT

Comme souvent depuis Vatican II, la croisée du transept accueille l'autel de messe.
On remarquera la continuité des niveaux d'élévation depuis le transept vers les deux travées droites du chœur.

Les croisillons du transept abritent une vaste tribune soutenue
en son centre par un lourd pilier cylindrique avec chapiteau.
Ici, le croisillon nord dont les fenêtres hautes sont bouchées
par le bâtiment qui abrite la salle capitulaire.

Architecture intérieure : le transept (1/2).
Les bras du transept sont couverts chacun d'une large tribune à fonction liturgique : des chœurs y prenaient place et pouvaient chanter en alternance au cours des grands célébrations. Lucien Musset rappelle que ces tribunes relevaient d'«une pratique courante dans les grandes églises du duché au temps du Conquérant et de ses fils.»
Sous ces tribunes, le voûtement est fait d'arêtes romanes, alors que l'espace supérieur a reçu des voûtes ogivales gothiques.
Parmi les bas-reliefs du transept, on trouve deux œuvres qui ornent les écoinçons au-dessus des piliers centraux. On y voit, au nord, un abbé tenant sa crosse et bénissant ; au sud, un combat de cavaliers.
Dans l'un et l'autre cas, le bas-relief, d'une facture plutôt rustre, rappelle l'art primitif. Le visage de l'abbé est inexpressif. Pourquoi ses deux pieds reposent-ils sur deux têtes humaines ? Écrase-t-il le paganisme et l'hérésie ? Quant à la taille disproportionnée des cavaliers par rapport à leurs montures, elle conduit à penser que l'artiste a privilégié le côté symbolique.
---»» Suite 2/2 plus bas à droite.


«Descente de croix»
Peinture de René Dudot, milieu du XVIIe siècle.
René Dudot est un peintre français actif à Paris et à Rouen au XVIIe siècle.

Le bras sud du transept abrite
un beau confessionnal daté du XVIIIe siècle.

Matthieu et l'ange.
Vitrail de l'atelier Gesta à Toulouse.

Marc et le lion.
Vitrail signé : «L.V. GESTA Toulouse»

Le croisillon sud du transept et l'entrée vers les chapelles orientales.
À travers un mur épais et typiquement normande, la galerie de circulation,
au troisème niveau, poursuit sa course dans le transept.

Écoinçon du bras nord du transept : un abbé bénissant.
La variété de la modénature des arcades
est bien visible dans la partie basse de la photo.

«««--- Voir l'évêque bénissant (un peu similaire) à la cathédrale de Bayeux.


Saint Luc et le taureau.
Vitrail signé : «L.V. GESTA Toulouse»

«««--- Deux têtes humaines se
trouvent sous les pieds
du personnage bénissant.
L'abbé terrasse-t-il
le paganisme et l'hérésie ?


Dispute théologique (?)
Vitrail de l'atelier Gesta à Toulouse.
2e moitié du XIXe siècle.

«Adoration des bergers»
Anonyme, début du XVIIe siècle.
Selon la base Palissy, le peintre aurait été influencé par Jacques Stella.

Chapelle orientale du bras nord du transept.
Elle a l'heureux privilège de ne pas avoir été dégradée par le badigeon blanc de 1873.

Architecture intérieure : le transept (2/2).
---»» Avec Lucien Musset, il faut poser la question : ces deux bas-reliefs sont-ils contemporains du reste de la sculpture de Boscherville ? Pour l'abbé, la chose est quasi certaine car son modelé est très voisin de celui des chapiteaux de la nef. Pour les cavaliers, il pourrait s'agir d'un remploi du XIe siècle. Quant à l'emplacement en incrustation dans les écoinçons, il rappelle les bas-reliefs qui viennent orner, de façon similaire, les écoinçons de la nef de la cathédrale de Bayeux, ceux-ci étant datés des environs de 1150. L'un des bas-reliefs de Bayeux présente d'ailleurs, comme à Boscherville, un prélat tenant sa crosse et bénissant, mais avec une qualité de sculpture nettement supérieure.
Les deux photos qui sont données du prélat et des cavaliers montrent, dans leur partie basse, un exemple de la variété des modénatures dans les voussures (ce qui rappelle l'archivolte du portail ouest sur la façade de l'abbatiale).
En levant les yeux sous la croisée, le visiteur curieux remarquera l'élévation à deux niveaux de la tour-lanterne. Le premier est aveugle ; le second présente deux baies sur chacun des côtés d'un espace carré. La voûte gothique possède huit voûtains ; son médaillon central est orné d'un soleil anthropomorphe. Avec une paire de jumelles le visiteur pourra repérer les consoles à figures humaines sur lesquelles viennent buter les nervures qui séparent les voûtains.


Cette photo de la pile sud-ouest de la croisée illustre la continuité
de l'élévation à trois niveaux depuis la nef vers le transept.

Le Sacré-Cœur apparaissant à
Marie-Marguerite Alacoque
à Paray-le-Monial.
Atelier Gesta à Toulouse.
2e moitié du XIXe siècle.

Chapelle dans le bras sud du transept.
Les voûtes montrent clairement la présence
d'anciennes peintures murales.


Chapelle dans le bras sud du transept, détail du retable.
L'ornementation générale (d'aspect baroque) pousse à dater le retable du XVIIIe siècle.

«««--- Deux scènes de la vie de saint Martin.
Vitrail donné en 1866.
Atelier Louis-Victor Gesta à Toulouse ?

Bas-relief dans l'écoinçon du bras sud du transept : combat de cavaliers.
La variété de la modénature des arcades est bien visible dans la partie basse de la photo.

La tour-lanterne à la croisée du transept possède huit voûtains.
Les huit nervures qui les séparent reposent sur des consoles à têtes humaines.

«Nativité» (toile anonyme).
Consoles à la retombée des nervures de la tour-lanterne.

Le médaillon central de la voûte de la tour-lanterne
est orné d'un soleil anthropomorphe.

Le combat de cavaliers dans le bas-relief de l'écoinçon sud.

Vitrail d'une procession.
Atelier Gesta à Toulouse.
2e moitié du XIXe siècle.

ARCHITECTURE INTÉRIEURE : LE CHŒUR

Vu depuis l'autel de messe, le chœur est illuminé par une abside qui,
par beau temps, resplendit sous les rayons du soleil.

Architecture intérieure : le chœur (1/2).
Le chœur se compose de deux travées droites, voûtées d'arêtes dès l'origine, et d'un hémicycle à cinq pans. Voir plan plus haut. L'élévation des travées suit exactement celle de la nef et des côtés est et ouest des bras du transept. Cette identité d'élévation d'un bout à l'autre de l'édifice a porté Jacques Le Maho et Nicolas Wasylyszyn a écrire, dans Saint-Georges de Boscherville 2000 ans d'histoire, que l'église a été construite «par tranches horizontales sur toute sa longeur et non travée par travée».
Comme on peut l'observer sur la photo ci-dessus, une galerie de circulation existe derrière les colonnettes du second niveau de l'hémicycle. Cette galerie est au niveau de l'étage médian de la nef : on y accède par les combles des bas-côtés du chœur, qui eux-mêmes prolongent ceux de la nef. Notons qu'une élégante frise à dents de scie occupe la voussure des arcades des fenêtres basses (photo ci-contre à droite).
---»» Suite 2/2 à droite.


L'abside du XIIe siècle.
Une galerie de circulation existe derrière les colonnettes du second étage.

Élévation nord du chœur.
Au troisième niveau, la galerie de circulation s'arrête juste avant l'abside.

L'orgue a été construit en 1627 par Guillaume Lessélier et installé dans un bras du transept.
Il est ensuite agrandi et déplacé sur la tribune actuelle en 1733.

Les nervures de la voûte de l'hémicycle
présentent deux types de moulures.

Vitrail à figures géométriques
de l'abside.

Luminosité.
Le vitrail ci-dessus paraît un peu opaque. Et pourtant, présent dix fois dans les fenêtres de l'abside, il n'empêche nullement la lumière du jour, par beau temps, d'éblouir le chœur.


Le prophète Ézéchiel
Vitrail signé : «L.V. GESTA Toulouse».
2e moitié du XIXe siècle.

Statue de saint Dominique.
Groupe sculpté du Rosaire (?)

Notre-Dame de Lourdes
avec sainte Bernadette.
Atelier Gesta à Toulouse.
2e moitié du XIXe siècle.

Une frise à dents de scie occupe la voussure de l'arcade
des fenêtres basses de l'abside.

Architecture intérieure : le chœur (2/2).
---»» Dans l'hémicycle, il est utile de lever les yeux : le visiteur pourra admirer une belle voûte rayonnante à cinq voûtains dont les quatre nervures épaisses retombent sur des chapiteaux romans à large tailloir (photo à gauche).
La fantaisie de l'architecte du XIIe siècle l'a conduit à donner aux quatre nervures deux types de mouluration : aux nervures externes, la moulure est pleine avec un tore central à profil semi-circulaire ; aux nervures centrales, elle est creuse et possède deux gorges.
Le chœur est flanqué, au nord et au sud, de deux bas-côtés voûtés d'arêtes qui se terminent, à l'extérieur, par un chevet plat (voir plan), mais à l'intérieur par une voûte en cul-de-four percée d'une fenêtre (photo ci-dessous). Cette particularité n'est pas rare dans l'architecture romane normande.


Chapelle et son retable dans l'absidiole nord.
La Vierge à l'Enfant est entourée de deux statues.

La Vierge du Rosaire (?)
Statue du XVIIe siècle dans la chapelle de l'absidiole nord.

La Vierge du Rosaire ?
Les deux statues qui accompagnent le retable de la chapelle de l'absidiole nord paraissent être celles de saint Dominique et de sainte Catherine de Sienne. De plus, l'Enfant Jésus donne, de la main gauche, un objet qui a disparu.
Il est donc vraisemblable que ce groupe sculpté soit une Sainte Vierge donnant le Rosaire.


Le retable de l'absidiole sud.

La nef vue depuis la croisée du transept.

Documentation : + «Saint-Georges de Boscherville, 2000 ans d'histoire» de Jacques Le Maho et Nicolas Wasylyszyn, éditions GRAPC, 2008
+ «Abbaye Saint-Georges à Saint-Martin de Boscherville», Pastorale du Tourisme, Presbytère.
+ «Congrès archéologique de France tenu à Rouen en 1926», Société française d'archéologie, 1927
+ «Congrès archéologique de France, Monuments de Rouen et du Pays de Caux», Société française d'archéologie, 2003
+ «Normandie romane» de Lucien Musset, éditions Zodiaque, collection La Nuit des Temps, 1974
+ «L'architecture normande au Moyen Âge», Presses Universitaires de Caen, éditions Charles Corlet, 1997
+ «Dictionnaire des églises de France, éditions Robert Laffont, 1966, article d'Alain Erlande
+ Panneaux d'information dans l'abbatiale.
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