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Saint-Julien-le-Pauvre est considérée
comme la plus ancienne église de Paris.
Au VIe siècle se dresse à cet endroit l'église d'un hospice
qui accueille pèlerins et voyageurs.
Au IXe siècle, les Normands vandalisent les bâtiments qui
sont cédés, vers 1120, aux moines clunisiens du prieuré de
Longpont, près de Montlhéry. D'après le texte de la donation,
l'église (qui est celle d'un prieuré) est dédiée à cette époque
à saint Julien de Brioude et saint Julien du Mans. Plus tard,
la dédicace à saint Julien l'Hospitalier dit le Pauvre
évincera les deux premières.
Aucun texte ne nous renseigne sur la date de construction
de l'église actuelle. Il faut l'examiner de près pour en tirer
les principales étapes. On sait que les travaux, commencés
vers 1170, seront très lents. La partie basse du chœur et
les absidioles remontent à la fin du XIIe siècle. La partie
haute du chœur suivra dans les années 1210-1220.
Il semble qu'on ait abandonné l'idée de dresser un clocher,
prévu au-dessus de l'absidiole sud. La nef, bâtie entre 1220
et 1230, est couverte d'un berceau de bois et de plâtre. Deux
bas-côtés voûtés d'ogives viennent l'épauler.
Une fois terminée, l'église est aussitôt choisie «comme siège
des assemblées de l'université, notamment pour l'élection
du recteur», écrit Maurice Dumolin en 1936 dans Les églises
de France. Le prieuré connaît alors une période prospère
avec près de cinquante moines.
Au XIVe siècle, quand les lieux d'enseignement passent dans
les collèges, l'intérêt du prieuré décline. La décadence s'installe
: les réunions se font rares ; l'édifice n'est plus entretenu,
tout comme les trente-huit maisons qui en dépendent. De plus,
le prieuré de Longpont, lui-même en décadence, ne peut rien
assumer de sa charge.
Au XVIIe siècle, la nef de l'église est raccourcie : elle
est amputée des deux travées ouest. Idem pour le bas-côté
sud. Dans le bas-côté nord qui épaulait les deux travées disparues
est rebâtie en sacristie. La façade romane est détruite.
En 1655, l'Hôtel-Dieu, qui doit s'étendre, se fait céder le
prieurè par les moines de Longpont pour y installer les convalescents.
De 1660 à 1725, ce même Hôtel-Dieu acquiert un vaste îlot
dans le quartier. Il n'a plus besoin du prieuré. Dès lors,
l'église sert de chapelle des Catéchismes à l'église Saint-Séverin
toute proche.
À la Révolution l'édifice devient magasin à sel en 1793. En
1805, il est rendu à l'Hôtel-Dieu qui en fait un dépôt d'approvisionnement.
Il est restauré en 1825 par les architectes Gou et Huvé. En
encore en 1845 quand il faut reprendre l'abside en sous-œuvre.
En 1889, l'église est affectée au culte grec melchite, qui
dépend du patriarche d'Antioche. À cette occasion, l'architecte
Rapine procédera à d'ultimes réparations.
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Vue générale de la nef depuis l'entrée. |
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Vue d'ensemble
de la nef.
L'église est dédiée au culte grec byzantin : il n'y a ni statue
ni orgue. En revanche, une magnifique iconostase en marqueterie
sépare la nef du chœur (qui demeure invisible aux visiteurs
si le rideau central n'est pas ouvert).
Les vitraux reçoivent du verre blanc. Les icônes se détachent
sur l'ensemble gris de la pierre.
L'église Saint-Julien-le-Pauvre est un lieu plein de quiétude
qui porte au recueillement.
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| ARCHITECTURE EXTÉRIEURE
DE L'ÉGLISE |
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L'église Saint-Julien-le-Pauvre dans la rue du même nom.
Au sein d'une façade très sobre, on peut encore voir des éléments
romans :
restes de galeries et de colonnes à chapiteaux. |

Le chevet roman vu depuis le parc Viviani (5e arr.)
Le parc Viviani abrite le plus vieil arbre de Paris (planté en 1620).
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| ASPECT INTÉRIEUR
DE L'ÉGLISE |
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L'élévation nord montre une architecture romane du XIIIe siècle.
Une suite d'arcades en plein cintre sépare la nef des bas-côtés.
Les colonnes sont surmontées de chapiteaux à thème floral.
La voûte en berceau remonte au XVIIe siècle. |

Le bas-côté nord.
Les voûtes ogivales qui couvrent les bas-côtés sont du 2e quart du
XIIIe siècle.
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Le schisme
entre Rome et Byzance.
L'affaire commence, dès le VIIIe siècle, par une rivalité
entre la liturgie latine (défendue par Rome) et la liturgie
grecque (défendue par Constantinople), l'usage du pain azyme
(pâte non levée) par Rome étant l'élément de discorde le plus
important.
Les choses s'enveniment au XIe siècle. L'envoi d'émissaires
romains à Constantinople se termine en injures et provocations.
Aux excommunications prononcées par Rome répondent les anathèmes
jetés par Byzance. Peu après, néanmoins, les deux camps s'apaisent.
Avec les croisades, les rivalités politiques s'ajoutent aux
oppositions liturgiques. Le schisme ne prendra la forme d'une
opposition tenace, voire sectaire, qu'avec le sac de Constantinople
par les Croisés en 1204 lors de la quatrième croisade.
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| Icône de la Mère de Dieu
au-dessus de l'iconostase. ---»»» |
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Plan de l'église Saint-Julien le Pauvre. |
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L'iconostase. date de 1890. |
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L'iconostase.
Dans la liturgie grecque, c'est un objet de vénération. Les
icônes que la recouvrent sont chargées de transmettre les
prières des fidèles au Christ.
L'iconostase de Saint-Julien-le-Pauvre est une superbe cloison
en bois marqueté réalisée par un artiste de Damas, Georges
Bitat en 1890. Elle sépare la nef (symbole du monde humain)
du chœur (symbole du monde divin).
Les panneaux du bandeau supérieur illustrent des scènes de
l'Évangile. L'arcature du dessous présente quatre personnages
en grande dimension : le Christ, la Mère de Dieu, saint Jean-Baptiste
et saint Jean Chrysostome.
L'ensemble est surmonté de deux grands médaillons avec la
Mère de Dieu et saint Jean l'Évangéliste.
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Panneaux de l'iconostase : Ascension, Pentecôte, Présentation de Jésus
au temple, Archange Gabriel combattant le dragon.
Année 1890. |

Le bas-côté sud.
| Autel byzantin dans le bas-côté
sud. ---»»» |
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Les chapiteaux sont couverts de motifs de feuilles.
Un seul chapiteau présente une sculpture originale : des harpies. |

Iconostase, détail. |

Le mur du bas-côté sud, par ses nombreuses icônes, rappelle que l'endroit
est un site religieux grec byzantin. |
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Documentation : «Paris d'église en église»,
Massin éditeur
+ «Les églises de France, Paris et la Seine», Letouzey et Ané, Paris 1936. |
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