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Page créée en sept. 2017
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Cette troisième page consacrée à la cathédrale Saint-Étienne de Sens termine l'examen des grandes verrières de la Renaissance dans le transept : les Saints Protecteurs (ci-dessous), les Saints Archevêques de Sens et la Vie de saint Nicolas. Elle aborde ensuite des thèmes architecturaux avec le chœur et ses deux chapelles orientées (les plus anciennes chapelles de la cathédrale) et le déambulatoire.
C'est dans le déambulatoire que le visiteur pourra admirer les grandes verrières du XIIIe siècle : le Bon Samaritain, le Fils Prodigue, Thomas Becket, saint Eustache. Enfin, l'attention est portée sur les trois chapelles rayonnantes.
La chapelle axiale, dédiée à saint Savinien, date de la première période de construction (début du XIIe siècle). Elle a été agrandie au XIIIe. Quelques photographies sont proposées du très beau marbre de 1772 illustrant le martyre de Savinien par Joseph Hermand.
La chapelle du Sacré-Cœur, quant à elle, remonte à la Renaissance. Son pendant, la chapelle de Sainte-Colombe, date du XVIIIe siècle. Elle abrite le mausolée du Dauphin et de la Dauphine, œuvre de Guillaume Coustou le Jeune (1777).
Ces deux dernières chapelles contiennent des vitraux dignes d'intérêt, notamment une Sibylle de Tibur (des années 1550) et un très rare vitrail du XVIIIe siècle : une Crucifixion datée de 1748.
Cette page revient abondamment sur le problème architectural des retombées de voûtes d'ogives, déjà exposé en page 1 pour les bas-côtés. Ici, ce problème, typique du gothique primitif, est explicité sur les voûtes du déambulatoire, là où, selon les historiens, le maître de Sens a montré quelques maladresses.

BAIE 123 : VERRIÈRE DES SAINTS PROTECTEURS DU DIOCÈSE (1646)

Baie 123 :
LES SAINTS PROTECTEURS DU DIOCÈSE DE SENS
Atelier Antoine Soulignac, 1646.

Baie 123 : verrière des Saints Protecteurs du diocèse de Sens.
Cette grande verrière, qui se dresse dans le transept nord et que l'on aperçoit quand on sort du déambulatoire, date de 1646. Œuvre d'Antoine Soulignac, elle remplace une verrière du XVIe siècle détruite lors d'une forte tempête en 1644.
Deux séries de quatre grands personnages se dressent sur un fond architectural en plein cintre. Les femmes sont peintes sur un fond incolore à peine bleuté ; les hommes sur un fond noir. On trouve, en bas, les saintes Paule, Colombe, Béate et Madeleine ; en haut, les saints Savinien, Étienne, Laurent et Potentien.
Le soubassement abrite les armoiries épiscopales. Au tympan : emblèmes héraldiques, ciboires et encensoirs, sabres et glaives, complétés par des pots-à-feu. Selon le Corpus Vitrearum, la verrière est bien conservée.
Source : Corpus Vitrearum, les vitraux de Bourgogne, Franche-Comté, Rhône-Alpes, éditions du CNRS.


Baie 123, détail : sainte Paule, sainte Colombe, sainte Béate et sainte Madeleine.
Les Saints protecteurs du diocèse, œuvre d'Antoine Soulignac.
Année 1646.

Antoine Soulignac est un peintre verrier parision peu connu. De son œuvre, on a aussi conservé les grandes verrières à l'abside de l'église Saint-Eustache à Paris.


Saint Étienne

Saint Laurent

Sainte Colombe

Sainte Paule
QUATRE SAINTS ET SAINTES DANS LA VERRIÈRE DES SAINTS PROTECTEURS DU DIOCÈSE DE SENS (Année 1646).
BAIE 115 : VERRIÈRE DES SAINTS ARCHEVÊQUES DE SENS (vers 1517)

Baie 115 : LES SAINTS ARCHEVÊQUES DE SENS.
Baie 115, détails. ---»»»
1) Le chanoine Jean Debray (†1519), archidiacre d'Étampes,
donateur du vitrail des Saints Archevêques de Sens (vers 1517)
2) Un archevêque de Sens dans le même vitrail.

Baie 115, détail : deux archevêques et le donateur.

Baie 115 : verrière des Saints Archevêques de Sens.
Cette grande verrière, de 12 mètres de haut sur 4,8 mètres, illumine le transept nord quand on arrive dans le chœur depuis le vaisseau central. Elle a été offerte par le chanoine Jean Debray (†1519), archidiacre d'Étampes. Comme bien d'autres vitraux dans le transept de la cathédrale, elle est l'œuvre de Jean Hympe et de son fils et datée aux alentours de l'année 1517.
Les deux paires de rangées d'archevêques sont séparées par une zone de meneaux transversaux vitrés par de la mosaïque colorée. L'effet n'en est pas très heureux. Y a-t-il eu, par manque de fonds, une obligation de simplifier l'ornementation de la séparation centrale de la verrière ?
Les deux points intéressants de ce vitrail sont, d'une part, les fonds damassés des panneaux, dominés par des linteaux à motifs Renaissance, d'autre part les bordures Renaissance en grisaille et jaune d'argent qui encadrent à gauche et à droite tous les personnages, comme on peut le voir ci-dessus.
Le haut du tympan abrite une lapidation de saint Étienne.
La verrière a été restaurée en 1883 par l'atelier d'Émile Hirsch.
Source : Corpus Vitrearum, les vitraux de Bourgogne, Franche-Comté, Rhône-Alpes, éditions du CNRS

BAIE 118 : VERRIÈRE DE SAINT NICOLAS (1502)

Baie 118 : VERRIÈRE DE SAINT NICOLAS
Ateliers troyens de Liévin Varin, Jehan Verrat et Balthazar Godon.
Année 1502.

Baie 118 : verrière de saint Nicolas.
Cette grande verrière, installée à côté de celle de l'Arbre de Jessé, est l'œuvre des maîtres verriers troyens Liévin Varin, Jehan Verrat et Balthazar Godon. Elle date de 1502 et a été offerte par la confrérie de Saint-Nicolas qui regroupait les gens de justice de l'archevêque. Ce dernier rendait la justice au temporel et au spirituel. Il avait donc à son service des ecclésiastiques (un official pour le représenter, un promoteur et des juges assesseurs) et le tribunal du bailli (qui était composé de laïcs).
La verrière illustre les principaux épisodes de la vie de ce saint qui fut évêque de Myre en Anatolie, au début du IVe siècle : 1) le miracle du premier jour de sa naissance où il tient debout tout seul ; 2) la dot des trois pucelles sauvées de la débauche par la générosité de Nicolas ; 3) Nicolas est désigné évêque de Myre ; 4) il apaise la tempête ; 5) il sauve trois officiers condamnés à mort injustement ; 6) la mort de saint Nicolas.
On remarquera la scène des trois officiers romains, vêtus de robe blanche, prêts à se faire décapiter, et sauvés par le zèle de saint Nicolas.
Cette dernière histoire est racontée dans La Légende dorée de Jacques de Voragine (†1292), rédigée à la fin du XIIIe siècle. Dans le cours du XIIe, elle a été remplacée par celle des trois enfants tués par un boucher et ressuscités par le saint. À l'époque où il rédigeait sa Légende, Voragine ne la connaissait sûrement pas.
Il faut s'arrêter sur le registre des donateurs qui est digne d'intérêt car on y voit les différents acteurs de la justice épiscopale : à gauche, un official représentant l'archevêque et agenouillé devant une Vierge à l'Enfant ; un juge devant saint Nicolas ; un avocat devant sainte Catherine d'Alexandrie ; enfin, un notaire, présenté très certainement par saint Yves, lui aussi patron des professions de robes.
La verrière a été restaurée par Émile Hirsch en 1884, notamment la scène de la Mort du saint. Elle est jugée comme «assez bien conservée» par le Corpus Vitrearum.
Sources : 1) Les vitraux de la cathédrale de Sens, éditions A˜PROPOS ; 2) Corpus Vitrearum, les Vitraux de Bourgogne, Franche-Comté et Rhône-Alpes, éditions du CNRS.


Baie 118, détail : le premier miracle de saint Nicolas (il se tient debout sur sa baignoire le jour de sa naissance).
Ateliers troyens, année 1502.

Baie 118, détail : saint Nicolas sauve trois officiers injustement accusés.
Ateliers troyens, année 1502.

Baie 118, détail : saint Nicolas, appelé par des marins, apaise la tempête.
Ateliers troyens, année 1502.

Baie 118, détail : les donateurs de la verrière..
De gauche à droite : l'official, qui représente l'archevêque de Sens, un juge, un avocat et un notaire (désignations inscrites sur chaque vitrail).
Ils sont présentés par une Vierge à l'Enfant, saint Nicolas, sainte Catherine d'Alexandrie et saint Yves.
Ateliers troyens de Liévin Varin, Jehan Verrat et Balthazar Godon.
Année 1502.
LES CHAPELLES ORIENTÉES DU TRANSEPT

Chapelle Saint-Jean-Baptiste et baptistère (origine XIIe siècle).

La chapelle de la Vierge (bras sud du transept)
est en gothique rayonnant.

Vierge à l'Enfant offerte par le chanoine
Manuel de Chaulnes en 1334
Chapelle de la Vierge.

Les chapelles du transept.
Dès sa construction (vers 1130), la cathédrale a été conçue avec trois chapelles : une chapelle axiale, actuellement dédiée à saint Savinien, et deux chapelles au niveau de ce qui est maintenant le transept, mais qui n'existait pas à l'époque. Ces chapelles possèdent des autels dirigés vers l'est (l'orient). Ce sont donc des chapelles orientées.
La chapelle Saint-Jean-Baptiste est la plus imprégnée de style roman : suite d'arcatures aveugles en plein cintre et voûte en cul-de-four (photo ci-dessus).
Cependant le Bulletin monumental de 1982, consacré à la cathédrale de Sens, se montre perplexe. Il rappelle que rien ne permet d'affirmer que la voûte en cul-de-four était le parti prévu à l'origine. La chapelle a été très restaurée dès avant le XIXe siècle et la moulure qui court à la base de cette voûte en cul-de-four est de style classique ! Conséquence : même si les restaurations ont respecté le style original, on ne peut rien conclure quant à un éventuel signe d'antériorité de cette chapelle sur les autres parties de la cathédrale. D'autre part - et le Bulletin monumental le rappelle aussi - les murs de cette absidiole n'ont pu être montés qu'une fois construit le mur du bas-côté nord.
La chapelle de la Vierge possédait, à l'origine, une architecture romane semblable à celle de la chapelle Saint-Jean-Baptiste. Mais cette chapelle, disposée au sud, a été réédifiée dans la seconde moitié du XIIIe siècle selon les règles du gothique rayonnant : avec un fin réseau de pierre ouvrant largement les murs au-dessus d'un soubassement orné d'arcades. Si la chapelle Saint-Jean a des aspects clairement romans (dans des parties peut-être reconstruites), la chapelle de la Vierge, telle qu'on peut la voir actuellement, s'inscrit déjà dans l'ère d'un gothique bien installé, celui du XIVe siècle.

Combien de travées droites ces deux chapelles possédaient-elles ? Une, deux ou trois ? Rien ne permet de le dire. Après les fouilles d'Adolphe Lance, le plan proposé par Viollet-le-Duc leur attribue une seule travée droite.
C'est la conclusion reprise par l'historien Charles Porée pour le Congrès archéologique d'Avallon en 1907 et le chanoine Eugène Chartraire dans sa Petite monographie de la cathédrale parue en 1928. Mais ce résultat a été mis en doute par l'architecte L. Bégule, dans son ouvrage sur la cathédrale paru en 1929, qui en voyait trois.
Terminons cet aperçu architectural en rappelant que la construction du transept, à partir de 1490, a bien sûr nécessité une adaptation de la partie occidentale de ces chapelles.
Claire Pernuit, dans Sens, première cathédrale gothique, écrit - sans plus de précision - que, lors de cette construction, l'une des travées de la chapelle Saint-Jean-Baptiste a dû être détruite. Le chanoine Chartraire écrit, quant à lui : «En avril 1502, les maçons abattent la première travée de la chapelle Saint-Jean, l'architecte [Martin Chambiges] désirant remplacer l'arc en plein cintre qui en forme l'entrée sur l'ancien transept.»
Et il ajoute que l'on n'a d'ailleurs aucune preuve de l'existence de cet ancien transept... Comme quoi, l'historique de l'architecture des grandes cathédrales, en l'absence de documents précis, n'est jamais simple.
L'ornement principal de la chapelle de la Vierge est la belle statue de la Vierge à l'Enfant, offerte par le chanoine Manuel de Chaulnes en 1334.
Sources : 1) Bulletin monumental, La cathédrale de Sens, 1982 ; 2) Sens, première cathédrale gothique, éditions A˜PROPOS, 2014 ; 3) La cathédrale de Sens d'Eugène Chartraire, Petite monographie des grands édifices de la France, 1928.


Le transept et les chapelles orientées.
Combien les deux chapelles orientées avaient-elles de travées droites ?
Viollet-le-Duc ne voyait qu'une seule travée droite.
En 1929, l'architecte Bégule en voyait trois.

Baie 18, détail : Couronnement de la Vierge, XIVe siècle,
Chapelle de la Vierge.

La voûte en cul-de-four
et la voûte la travée droite du début du XVIe siècle
Chapelle Saint-Jean-Baptiste.

Le Christ du Calvaire dit «de Cerisiers», détail.

Le Christ de Cerisier.
Cette statue, dont les bras et les jambes sont modernes, pourrait provenir d'un calvaire placé sous abri et situé au bord d'une route. Date estimée : vers 1260.
Chapelle Saint-Jean-Baptiste.


Christ aux liens en pierre polychrome du XVe siècle. ---»»»
Le personnage agenouillé doit être le commanditaire.
LE CHŒUR DE LA CATHÉDRALE SAINT-ÉTIENNE

L'entrée du chœur et l'autel de messe de la cathédrale de Sens.
La magnifique grille centrale, dessinée par Michel-Ange Slodtz, date de 1760.

Le chœur de la cathédrale Saint-Étienne.
Ce chœur est fermé par des grilles hautes. Il est impossible d'y pénétrer, ce qui empêche d'apprécier le baldaquin et le maître-autel de près. Ces deux ouvrages, conçus par l'architecte Servandoni, ont été sculptés par les frères Slodtz dans les années 1740.
L'entrée du chœur est fermée par une magnifique grille (photo ci-dessus).
Depuis le XIIIe siècle, un jubé médiéval fermait le chœur sur la nef. Jugé vétuste, un premier projet en 1726 eut pour dessein d'en modifier la partie centrale. Le maître serrurier parisien Jean de Brie réalisa la nouvelle ferronnerie qui fut mise en place en 1732.
Vers 1760, le cardinal de Luynes lança un nouveau projet pour renouveler l'ensemble du jubé en créant deux autels latéraux conçus par Joseph Hermand (photo ci-contre). On relia les deux autels par une nouvelle grille bien plus prestigieuse que celle de Jean de Brie. Dessinée par Michel-Ange Slodtz et réalisée par Guillaume Doré, ses nombreux motifs à la feuille d'or représentent des objets liturgiques.
Un tableau du peintre E. Bodier au musée de Sens, illustrant le Concile tenu à Sens en 1850, permet de s'en faire une idée assez précise.
Au XIXe siècle, des voix s'élevèrent pour détruire le jubé : on voulait libérer la perspective pour mieux suivre le déroulement de l'office. En 1868-1869, les autels latéraux furent donc détruits et remplacés par une extension de la grille dans le style de celle Slodtz (l'histoire du jubé dans les sources est muette sur ce remplacement).
Leurs parties sculptées sont aujourd'hui exposées au musée de Sens. On peut y voir, disposées en deux paires, les trois Vertus théologales (Foi, Espérance et Charité) associées à une Vertu cardinale, la Justice.
La porte de Jean de Brie a été déplacée à l'entrée de la chapelle Saint-Savinien (où elle se trouve toujours).

Les vitraux de l'abside de Saint-Étienne ne s'approchent en rien de la vue féerique offerte par d'autres cathédrales, comme par exemple Saint-Gatien à Tours.
À Sens, seule la verrière d'axe et ses deux voisines reçoivent des vitraux historiés (du XIIIe siècle). Ils illustrent la Passion du Christ, des scènes de la vie de la Vierge et des scènes de la vie de saint Étienne. Quelques extraits en sont proposés ci-dessous.
Le reste du chœur est illuminé par des verrières décoratives surmontées de tympans trilobés et ornés de personnages ou de saynètes. Ces trilobes sont du XIIIe ou du XIXe siècle. On donne plus bas quelques exemples de trilobes du XIIIe siècle.
Source : Sens, première cathédrale gothique, éditions A˜PROPOS, 2014.


Les instruments du culte resplendissent au sein de la grille centrale du chœur posée en 1760.
Dessinée par Michel-Ange Slodtz, cette grille a été réalisée par Guillaume Doré.
Baie 102, détail : Vie de saint Étienne
Vers 1230-1240,

Essai de reconstitution du jubé de 1762.
Maquette présentée au MUSÉE DE SENS par Marc Barbier, échelle 1/20e.

La Foi et l'Espérance : sculpture de l'ancien jubé de la cathédrale (vers 1762)
Ouvrage de Joseph Hermand.
MUSÉE DE SENS

L'ange musicien du lutrin
dans le chœur.

VIE DE LA VIERGE ET ENFANCE DU CHRIST
Baie 101, XIIIe siècle.

Le baldaquin dans le chœur, dessiné par Servandoni (vers 1740).
«««--- Le couronnement du baldaquin dessiné par Servandoni (vers 1740).

Baie 101, détail du tympan : Vie de la Vierge et
de l'Enfance du Christ
XIIIe siècle.

Saint Pierre et saint Paul
Trilobe d'un vitrail du chœur
XIIIe siècle.

Le Christ montrant ses plaies
Trilobe d'un vitrail du chœur
XIIIe siècle.
Voir les trilobes de Moïse et d'Abraham (XIIIe siècle) à la page 1.
LE DÉAMBULATOIRE ET LES VERRIÈRES DU XIIIe SIÈCLE

Le déambulatoire nord et son arcature romane du XIIe siècle.
La grille que l'on voit correspond à l'entrée de la chapelle Saint-Thomas-Becket,
construite au XIVe siècle entre les contreforts du chœur.

Les chapiteaux de part et d'autre de cette chapelle montrent déjà la difficulté des travées tournantes du déambulatoire.
Dans les chapiteaux à droite de la chapelle (à gauche sur la photo), pas de décalage de niveau entre le chapiteau du doubleau et celui du formeret ; à gauche de la chapelle, il y a décalage.

Le déambulatoire de la cathédrale de Sens.
Le déambulatoire est un endroit où il faut impérativement lever les yeux : d'une part pour l'architecture de la voûte, d'autre part pour les très beaux vitraux du XIIIe siècle. Après beaucoup d'atermoiements, les historiens ont obtenu la preuve que le premier maître de Sens avait, dès l'origine, pourvu le déambulatoire d'une chapelle d'axe de forme rectangulaire : la chapelle Saint-Savinien. C'était un choix délibéré car la structure architecturale d'un déambulatoire ouvert sur plusieurs chapelles rayonnantes était déjà connue et répandue dans le monde roman.
Si la cathédrale du XIIe siècle brille par son uniformité, elle n'en demeure pas moins un édifice de transition. On le voit aisément dans le déambulatoire nord. Celui-ci présente une série d'arcades en plein cintre, enrichie de chapiteaux typiquement romans : oiseaux et lions affrontés, taille de la vigne (ce dernier est d'ailleurs le plus beau chapiteau de tout l'édifice).
Le visiteur ne manquera pas de remarquer - en levant les yeux - la maladresse des travées tournantes du déambulatoire. Les voûtes tournantes que l'on observe sont bien sûr en forme de trapèze, mais les formes n'en sont pas régulières, pas plus que les croisées d'ogives. Enfin, on retrouve ici le simple culot qui reçoit la tombée d'ogive, profil déjà vu dans les bas-côtés du vaisseau central.
En fait, d'un point de vue chronologique, c'est le cheminement inverse qui est correct : le constructeur des bas-côtés, vraisemblablement par fidélité au parti du premier maître, a reproduit ce qui existait dans le déambulatoire. On donne ci-après un exemple de cette retombée atypique : le doubleau et le formeret retombent sur une colonnette, mais pas la nervure d'ogive. Ce qui apparaît comme une erreur puisque la grande tradition gothique veut que toute nervure tombant d'une voûte doit être reçue sur sa colonnette propre. Soyons indulgents : comme indiqué dans l'encadré sur les bas-côtés de la nef (voir à la page 1), la cathédrale Saint-Étienne a été érigée à une époque où les éléments du style gothique n'étaient pas encore figés en système.
Le déambulatoire offre un autre exemple de ce qu'on peut considérer comme des tâtonnements du premier maître : dans les parties tournantes, les chapiteaux des formerets sont placés nettement au-dessous du chapiteau recevant le doubleau (voir photos ci-dessous) alors que, dans les parties droites, ces deux chapiteaux sont au même niveau.
Dans le Bulletin monumental de 1982 consacré à la cathédrale de Sens, Jacques Henriet écrit à ce sujet : «(...) pour construire les voûtes de travées de plan trapézoïdal dont la base atteint plus de 9 mètres et pour éviter un surbaissement très exagéré des formerets, l'architecte a prévu le départ de ceux-ci à un niveau inférieur.»
Cependant, ce départ est en fait un repentir car la bonne disposition n'avait pas été vue à l'origine. Henriet ajoute en effet : «Cette solution (...) n'a pas été immédiatement perçue par le "Maître de Sens" qui a implanté le mur extérieur et les piles du chœur jusqu'au niveau des départs des voûtes sans apprécier pleinement les difficultés que lui causerait l'ampleur des travées tournantes. Lorsqu'il a fallu monter les voûtes, le problème surgit et l'architecte décida alors de procéder à l'abaissement des chapiteaux des formerets.»
Le lecteur non initié aura compris que la conception des travées tournantes d'un déambulatoire ne se fait pas à la légère et que tout doit être anticipé. De la sorte, le déambulatoire de la cathédrale Saint-Étienne présente, dans ses irrégularités, un véritable cas d'école, typique du gothique primitif.
Nous engageons le visiteur de la cathédrale à passer un peu de temps dans cet endroit pour observer ces ajustements. Ils font partie intégrante de l'histoire de l'architecture. Voir le complément de l'analyse des retombées des voûtes à la page 1 dans l'encadré sur les bas-côtés.
Nous avons vu que, à l'origine, seule existait la chapelle d'axe. Au XIVe siècle, on construisit trois chapelles entre les contreforts du chœur : Sainte-Apolline, Saint-Martial et Saint-Thomas-Becket. En 1556, une chapelle rayonnante sera dressée au sud, la chapelle Notre-Dame-de-Lorette (devenue depuis chapelle du Sacré-Cœur) où l'on peut admirer le vitrail de la Sibylle de Tibur. Puis, en 1703, son pendant au nord sera ouvert à son tour. Ce sera la chapelle Sainte-Colombe. Ces chapelles rayonnantes sont données plus bas.
Sources : 1) Bulletin monumental, La cathédrale de Sens, 1982 ; 2) Sens, première cathédrale gothique, éditions A˜PROPOS, 2014.


Travée droite : pas de décalage de niveau entre le chapiteau du doubleau et le chapiteau du formeret.
La nervure d'ogive retombe sur un culot au-dessus des chapiteaux : elle n'est pas reçue sur une colonnette.

Travée tournante : décalage de niveau entre le chapiteau du doubleau et le chapiteau du formeret.
La nervure d'ogive retombe sur un culot au-dessus des chapiteaux (absence de colonnette).
LES IRRÉGULARITÉS DES RETOMBÉES D'OGIVES SONT UNE PART DE L'HISTOIRE DE L'ARCHITECTURE GOTHIQUE

Vue partielle de la voûte du déambulatoire
et des trapèzes (qui ne sont pas très bien assurés).
La tribune de l'archevêque ---»»»
La fenêtre à gauche est celle de la tribune de l'archevêque :
ce dernier pouvait suivre l'office
tout en restant dans ses appartements.
À droite, l'escalier mène à la salle du Trésor.

Le déambulatoire sud dans sa partie romane.

Lions adossés
Chapiteau roman dans le déambulatoire (vers 1150).

Tête de grotesque crachant des lianes
Chapiteau roman dans le déambulatoire (vers 1150).

Les méchants dans la gueule des démons.
Chapiteau roman dans le déambulatoire.
(Vers 1150)

La taille de la vigne.
Chapiteau roman dans le déambulatoire (vers 1150)

Animaux monstrueux.
Chapiteau roman dans le déambulatoire (vers 1150).

Arcature aveugle de type roman dans le déambulatoire nord.
Elle est surmontée de deux vitraux du XIIIe siècle :
le Bon Samaritain et le Fils prodigue.

Baie 15 : verrière du bon Samaritain
Cette magnifique verrière (qui jouxte celle du Fils prodigue) affiche cinq mètres de haut pour deux mètres de large. Elle est datée aux alentours de 1207-1215. C'est l'une des plus belles verrières du XIIIe siècle que l'on puisse contempler en France.
L'histoire du Bon Samaritain est trop connue pour que l'on s'y étende ici. Notons simplement que les épisodes liés à cette histoire figurent dans trois carrés posés sur la pointe (l'homme agressé ; le prêtre et le lévite qui passent leur chemin ; le Samaritain qui conduit l'homme à l'auberge), chaque carré étant enrichi de quatre lobes proposant l'interprétation parabolique de l'image centrale.
La parabole du Bon Samaritain, qui ne se trouve que dans l'évangile de Luc, est présentée comme une allégorie de l'histoire du monde depuis Adam (la Chute, Moïse, l'Incarnation du Christ, sa Passion et sa Résurrection). Le Corpus Vitrearum indique que le vitrail a été restauré, sans donner plus de précisions.
Sources : 1) Les vitraux de la cathédrale de Sens, éditions A˜PROPOS ; 2) Corpus Vitrearum, les vitraux de Bourgogne, Franche-Comté, Rhône-Alpes, éditions du CNRS.


Baie 15, détail : au centre, le prêtre et le lévite passent leur chemin.
Dans les lobes, épisodes de la vie de Moïse.
Verrière du Bon Samaritain, vers 1207-1215.
Baie 15, détail : au centre, le Samaritain conduit ---»»»
l'homme blessé dans une auberge
et paie l'aubergiste pour ses soins.
Dans les lobes, des scènes de la Passion.
Verrière du Bon Samaritain, vers 1207-1215.
BAIE 15 : VERRIÈRE DU BON SAMARITAIN - vers 1207-1215

Baie 15 : LA PARABOLE DU BON SAMARITAIN
Vers 1207-1215.
L'un des plus beaux vitraux du XIIIe siècle
que l'on puisse voir en France.
Thomas Becket et Alexandre III ---»»»
Huile sur toile
Michel Honoré Bounieu (1740-1814).

Baie 15, détail : cinq hommes armés
attaquent un voyageur.

Baie 15, détail : les Saintes Femmes devant le tombeau.

Déambulatoire nord avec vue sur la chapelle Sainte-Colombe.
Série d'arcades romanes sur la gauche.

Baie 17, détail : un grand festin accueille le Fils prodigue.
Verrière de la Parabole du Fils prodigue, vers 1207-1215.
Baie 17, détail : à droite, le fils cadet réclame sa part d'héritage ; ---»»»
à gauche, le père partage son bien entre ses deux fils.
Verrière de la parabole du Fils prodigue.
Vers 1207-1215.
BAIE 17 : VERRIÈRE DU FILS PRODIGUE (vers 1207-1215)

Baie 17 : LA PARABOLE DU FILS PRODIGUE
Vers 1207-1215.

Baie 17 : verrière du Fils prodigue.
Aussi belle et de même taille que celle du Bon Samaritain, la verrière du Fils prodigue est, là encore, datée des années 1207-1215.
Tout le monde connaît l'histoire de ce fils cadet, développée dans l'évangile de Luc, qui réclame à son père sa part d'héritage. Tandis que son frère aîné, plus consciencieux, s'en va travailler aux champs, le fils cadet s'en va tout dépenser en réjouissances chez des courtisanes. Un vitrail le montre allégoriquement enchaîné par des démons. Ayant tout perdu, il devient gardien de porcs pour assurer sa subsistance, signe d'une déchéance complète.
Enfin, honteux, il revient chez son père, qui lui pardonne. Son frère rentre des champs et proteste contre tant de laxisme ! Une scène, qui ne figure pas dans la parabole de Luc, vient conclure l'histoire sur une note positive : le père parvient à convaincre son fils aîné de pardonner lui aussi.
Les douze saynètes, à dominante bleue, se détachent sur un fond à dominante rouge. On pourra regretter le contraste un peu vif entre le rouge et la gamme des bleus.
Comme pour la verrière du Bon Samaritain, le Corpus Vitrearum indique que le vitrail a été restauré, sans donner plus de précisions.
Sources : 1) Les vitraux de la cathédrale de Sens, éditions A˜PROPOS ; 2)Corpus Vitrearum, les vitraux de Bourgogne, F-Comté, Rhône-Alpes.


Baie 17, détail : le fils prodigue est accueilli par son père.
Verrière de la Parabole du fils prodigue, vers 1207-1215.
BAIE 21 : VERRIÈRE DE SAINT EUSTACHE (vers 1207-1215)

Baie 21 : VIE DE SAINT EUSTACHE
Vers 1207-1215.

Baie 21, détail : Eustache et sa famille
sont martyrisés dans le taureau d'airain.
Verrière de la vie de saint Eustache, vers 1207-1215.

Baie 21 : verrière de saint Eustache.
Cette verrière remonte aux années 1207-1215. Elle fait partie des quatre verrières du XIIIe siècle de la cathédrale avec le Bon Samaritain, le Fils prodigue et la Vie de Thomas Becket.
Comme on le voit à gauche, le dessin de la verrière est complexe et original. Le même motif de carré entouré de pétales, le tout inscrit dans un cercle tangent à la bordure, se répète deux fois et demie.
Le décor est très riche : palmettes, rinceaux s'entremêlent dans les cercles et dans les bordures. Les blancs donnent du rythme au dessin sur un fond d'un bleu puissant.
Enfin, les personnages élancés et les multiples plis de leurs vêtements s'insèrent bien dans le style des premières années du XIIIe siècle.
L'histoire de saint Eustache est une légende qui va chercher ses origines dans les mondes romain et celtique, ainsi qu'au Proche-Orient.
Placide est un général de l'empereur Trajan (98-117). Au cours d'une chasse, la croix du Christ lui apparaît entre les bois d'un cerf qu'il poursuit. Et le Christ lui demande pourquoi il le poursuit ainsi.
À la suite de cette vision, il se convertit au christianisme avec sa femme et ses deux fils. Il devient Eustache, traduction grecque de Placide. Comme Job, une suite de malheurs le frappe : ses esclaves meurent ; ses biens sont pillés. Avec sa famille, il part en Égypte refaire sa vie, mais le capitaine du navire retient sa femme pour prix de la traversée.
Traversant une rivière à gué, un lion et un loup s'emparent de ses fils. Il se vend ensuite comme ouvrier agricole.
Mais Trajan a besoin de lui. Il le fait rechercher et lui confie le commandement de son armée. Eustache remporte la victoire (vitrail ci-contre à droite). Puis, une suite d'événements heureux lui fait retrouver sa femme et ses fils.
Cependant l'empereur Hadrien succède à Trajan et exige qu'Eustache sacrifie aux dieux. Ce qu'il refuse (voir à droite). Lui et sa famille sont alors placés dans un taureau d'airain chauffé à blanc. On tirera leurs corps intacts de la fournaise.
La verrière n'est pas un original du XIIIe siècle. Seule la partie supérieure (1,80m de haut) remonte à cette époque. Le reste a été recréé par un restaurateur de l'Yonne dans les années 1850, peut-être en s'inspirant du vitrail de saint Eustache de la cathédrale de Chartres. Son pastiche est d'une qualité remarquable.
Sources : 1) Les vitraux de la cathédrale de Sens, éd. A˜PROPOS ; 2) Corpus Vitrearum, les vitraux de Bourgogne, Franche-Comté, Rhône-Alpes, éd. du CNRS ; 3) Le vitrail de saint Eustache, les cahiers de Culture et Foi, publication du diocèse de Sens.

BAIE 16 : TYMPAN DE LA VERRIÈRE DES QUATRE SAINTS (XIVe siècle)

Baie 16, détail du tympan : la résurrection des morts, XIVe siècle.
Chapelle Saint-Martial dans le déambulatoire sud.

Baie 21, détail : Eustache prend le commandement
des armées de Trajan et obtient la victoire.
Verrière de la vie de saint Eustache, vers 1207-1215.

Baie 21, détail : Hadrien demande à Eustache
de sacrifier aux dieux, ce qu'il refuse.
Verrière de la vie de saint Eustache, vers 1207-1215.

Arcades et statue romanes dans le déambulatoire nord.
Au-dessus, le vitrail de la vie de Thomas Becket (vers 1207-1215).
BAIE 23 : VERRIÈRE DE SAINT THOMAS BECKET (vers 1207-1215)

Baie 23, détail : tentative de réconciliation entre
Thomas Becket (à gauche) et le roi Henri II Plantagenêt (à droite)
en présence du roi de France, Louis VII, au centre.
Verrière de la vie de saint Thomas Becket, vers 1207-1215.

Baie 23 : verrière de Thomas Becket.
Cette verrière illustre des scènes de la dernière année de la vie de l'archevêque de Canterbury, avant son assassinat en 1170. Elle est datée des années 1207-1215 et possède la même taille que les trois autres verrières du XIIIe siècle (5m sur 2m).
Son agencement, tout différent, est constitué de suites de médaillons groupés par cinq. Le Corpus Vitrearum signale que la verrière a été restaurée, sans donner plus de précisions.
La présence de ce thème dans un vitrail de la cathédrale de Sens est logique. Thomas Becket, archevêque de Canterbury, est venu par deux fois à Sens quand il était en exil forcé en France : d'abord en 1164, auprès du pape Alexandre III, lui aussi en exil ; puis de 1166 à 1170. Puis il retourna à Canterbury et trouva la mort dans le chœur de sa cathédrale, sous les coups des chevaliers de la cour d'Henri II Plantagenêt.
On retrouve la griffe artistique du début du XIIIe siècle : personnages élancés et raffinement des plis dans les vêtements.
Sources : 1) Les vitraux de la cathédrale de Sens, éditions A˜PROPOS ; 2) Corpus Vitrearum, les vitraux de Bourgogne, Franche-Comté, Rhône-Alpes, éditions du CNRS.


L'Assomption
Nicolas Restout
Deuxième quart du XVIIIe siècle.

Statue provenant de la maison jadis habitée
à Sens par Thomas Becket.

On peut désormais la voir dans le déambulatoire
de la cathédrale, au-dessous de la verrière
consacrée à la Vie de saint Thomas Becket.
Il est possible que la statue représente le saint.
Baie 23, détail :Thomas Becket revient en Angleterre par Sandwich, le port de son archevêché. ---»»»
Il veut éviter Douvres qui est un fief des partisans du roi Henri II.
Verrière de la vie de saint Thomas Becket, vers 1207-1215.

Baie 23 : VIE DE SAINT THOMAS BECKET
Vers 1207-1215.

Baie 23, détail : Thomas Becket est accueilli
par les moines de Canterbury.
Verrière de la vie de saint Thomas Becket, vers 1207-1215.

Baie 14; détail : Vierge à l'Enfant
XIVe siècle
Chapelle Sainte-Apolline dans le déambulatoire sud.
«««--- Chapelles Saint-Martial et Sainte-Apolline
dans le déambulatoire sud.
C'est ainsi que se présentaient les chapelles des bas-côtés nord
et sud détruites par Adolphe Lance à partir de 1858.
Voir l'encadré à la page 1.
LES TROIS CHAPELLES RAYONNANTES DU DÉAMBULATOIRE

Le déambulatoire avec les trois chapelles rayonnantes protégées par des grilles.

Les trois chapelles rayonnantes.
Si le déambulatoire regorge de richesses architecturales (qui sont une part de l'histoire de l'architecture gothique et de son évolution), les trois grandes chapelles rayonnantes présentent, quant à elles, des richesses artistiques qu'il faut prendre le temps d'admirer. Malheureusement, ces chapelles sont en général fermées. Néanmoins, avec de la chance, la chapelle Saint-Savinien sera peut-être ouverte, ce qui vous permettra d'approcher tout près du Martyre de saint Savinien, magnifique groupe sculpté du XVIIIe siècle.
Historiquement, une première chapelle axiale de forme rectangulaire a été érigée au XIIe siècle, au moment où s'élève la partie orientale de la cathédrale. Au XIIIe, la chapelle est agrandie et devient polygonale. C'est son état actuel.
Viendront, vers 1550, la chapelle du Sacré-Cœur au sud, puis au XVIIIe siècle, son pendant, la chapelle Sainte-Colombe au nord. L'ouvrage Sens, première cathédrale gothique, nous apprend que la construction de la chapelle Sainte-Colombe a été financée grâce à un legs de 6000 livres de l'abbé Legris en 1703. Son nom mérite d'être rappelé.
Au milieu de la chapelle Sainte-Colombe s'élève le mausolée du Dauphin et de la Dauphine, père et mère de Louis XVI. Cette œuvre de Guillaume Coustou le Jeune a été terminée en 1777. La grille de la chapelle étant fermée, le visiteur ne voit pas grand-chose des trois grandes statues : l'Immortalité et la Religion d'un côté, l'Amour conjugal de l'autre.
La chapelle du Sacré-Cœur présente deux œuvres d'art : une voûte à caissons, typique de la Renaissance, et un vitrail du XVIe siècle sur le thème de la Sibylle de Tibur. Les grilles, là encore fermées, n'empêchent pas de les contempler.

LA CHAPELLE RAYONNANTE DU SACRÉ-CŒUR (vers 1550)

La chapelle rayonnante du Sacré-Cœur,
anciennement chapelle Notre-Dame de Lorette.

Devant des grilles toujours fermées, on peut admirer la belle voûte
à caissons, typique de l'architecture de la Renaissance,
ainsi que le vitrail de la Sibylle de Tibur (XVIe siècle).

Baie 6 : verrière de la Sibylle de Tibur.
Cette verrière est datée par le Corpus Vitrearum de l'année 1546 ou de l'année 1556. Toujours est-il qu'elle fut offerte, comme l'ensemble de la chapelle, par le chanoine Nicolas Fritard vers 1550.
Le vitrail est attribué sans preuves à Jean Cousin l'aîné. Et l'auteur du carton se serait peut-être inspiré d'une gravure d'Antoine de Trente, elle-même inspirée d'une œuvre du Parmesan.
Le vitrail illustre un passage de la Légende dorée de Jacques de Voragine. Rappelons-en l'histoire.
Le sénat romain veut déifier l'empereur Auguste, mais celui-ci veut savoir auparavant si le monde verra un jour naître un homme plus grand que lui. Le hasard veut qu'il s'adresse à la sibylle de Tibur (ancien nom de Tivoli) le jour même de la Nativité. La prophétesse voit apparaître un cercle d'or autour du soleil et, en son milieu, «une vierge, d'une beauté merveilleuse, portant un enfant sur son sein» (traduction de Teodor de Wyzewa, La Légende dorée, Diane de Selliers Éditeur).
La sibylle demande à l'empereur de regarder ce prodige et lui déclare que cet enfant sera plus grand que lui.
Donné ci-contre, le vitrail fait une large part à l'architecture antique et au ciel. Jacques de Voragine précise qu'une voix, venant de nulle part, déclara en désignant la Vierge : «Celle-ci est l'autel du ciel [ara coeli]». La chambre où eut lieu ce miracle fut consacrée à la Vierge. Et, plus tard, on érigea l'église de Santa Maria Ara Coeli à cet endroit.
Cette prophétie servant de lien entre le monde gréco-romain et le monde chrétien, le christianisme a conservé les sibylles, qui sont en fait des prophétesses païennes.
En 1814, lors du bombardement de la ville par les cosaques, le vitrail fut traversé par un boulet. Restauré à deux reprises en 1844 et en 1886, il faudra attendre la restauration de 1999 pour arriver à un résultat convenable.
Sources : 1) Les vitraux de la cathédrale de Sens, éditions A˜PROPOS ; 2) Corpus Vitrearum, Vitraux de Bourgogne, de Franche-Comté et Rhône-Alpes.

Baie 6 : VERRIÈRE DE LA SIBYLLE DE TIBUR ---»»»
Année 1542 ou 1556.

Baie 6, détail : la sibylle demande à l'empereur Auguste de regarder l'apparition dans le ciel :
«une vierge d'une beauté merveilleuse portant un enfant sur son sein» [Jacques de Voragine, La Légende dorée].
Vitrail de la Sibylle de Tibur, vers 1550.

Baie 6, détail : les femmes à côté de la sibylle s'inquiètent-elles de la prophétie ?
Vitrail de la Sibylle de Tibur, vers 1550.
Les marques de verre brisé, qui ne correspondent à aucun réseau de plomb, sont-elles les restes de l'impact du boulet cosaque de 1814 ?

Baie 6, détail :Vierge à l'Enfant.
Vitrail de la Sibylle de Tibur, vers 1550.
Loin de resplendir d'«une beauté merveilleuse», la Vierge
semble plutôt soucieuse du sort terrestre qui guette son fils.
LA CHAPELLE RAYONNANTE SAINTE-COLOMBE (début du XVIIIe siècle)

Baie 9, détail : le Christ en croix.
Année 1748.

Baie 7, détail : saint évêque assis en trône entre deux anges céroféraires.
1532 et XVIIIe siècle.

Vitrail du Christ en croix (XVIIIe siècle).
Il est rare de voir un vitrail du XVIIIe siècle dans une église française. S'adaptant à la nouvelle vague représentée par l'esprit des Lumières, les chanoines de cette époque ont pris l'expression au mot : ils ont introduit la lumière naturelle dans les églises. De la sorte, des vitraux médiévaux jugés trop opaques (surtout dans les chœurs) ont été cassés ; ailleurs, des verres blancs simplement bordés d'une frise florale sont venus fermer les baies.
En conséquence, l'art du vitrail s'est perdu en France alors qu'il fleurissait en Angleterre.
Le vitrail du Christ en croix avec la Madeleine ne comprenait à l'origine que la scène centrale et la bordure de tulipes et d'œillets. Le complément de vitrerie à bornes, placé autour, date de 1846.
La verrière est jugée en assez bon état par le Corpus Vitrearum.


Baie 7, détail : saint évêque assis en trône
entre deux anges céroféraires.
1532 et XVIIIe siècle.

Mausolée du Dauphin et de la Dauphine
par Guillaume Coustou le Jeune, 1777
dans la chapelle Sainte-Colombe.
La chapelle étant fermée par des grilles, on ne peut pas
faire le tour de ce magnifique mausolée.

Baie 9 : LE CHRIST EN CROIX AVEC LA MADELEINE
Année 1748
.

Baie 9, détail : sur le visage de la Madeleine coulent quelques larmes.
Vitrail du Christ en croix avec la Madeleine
Année 1748.
LA CHAPELLE AXIALE SAINT-SAVINIEN (début du XIIe siècle, modifiée au début du XIIIe siècle)

La chapelle axiale Saint-Savinien est en gothique classique du XIIIe siècle.

Saint Savinien
dans la sculpture de Joseph Hermand, 1772.

Le Martyre de saint Savinien
Groupe sculpté en marbre de Joseph Hermand, 1772.
La sculpture est accompagnée d'une haute draperie en stuc qui cache
une partie du vitrail des XIIe et XIIIe siècles qui se trouve derrière.

Le Martyre de saint Savinien.
Cette œuvre magnifique de 1772 mérite d'être regardée de près (quand les grilles de la chapelle sont ouvertes). Ciselée dans le marbre par Joseph Hermand, qui venait de réaliser les sculptures et reliefs des jubés, elle s'insère dans le réaménagement global de la cathédrale, décidé par les chanoines au XVIIIe siècle.
Savinien est l'évangélisateur de la Sénonie au premier siècle de notre ère.
Suivons les Annales Hagiologiques de la France (éditées en 1860 sous la direction de Ch. Barthélemy) pour y découvrir l'épisode qui clôt sa vie.
Devant un tribunal romain, Savinien, premier évêque de Sens, a proclamé sa foi chrétienne envers et contre tout. Il sait qu'avec ses compagnons il est condamné à mourir.
On lit ensuite : «Comme on le conduisait au supplice, Savinien ayant obtenu du temps pour prier se retira dans la crypte de l'église de Vif, sous l'invocation du saint Sauveur, qui se trouvait sur son chemin, et dans ces profondeurs qui lui servent de base, célébrant le divin sacrifice, - après en avoir accompli selon la coutume les rites sacrés, il se démit des pouvoirs de l'épiscopat entre les mains de Potentien, qu'il nomma son successeur. Mais, les cruels licteurs souffrant impatiemment ce retard, se précipitèrent dans cette crypte et frappant de l'épée et de la hache deux coups sur le sommet de la tête du très-saint pontife incliné sur l'autel, ils le tuèrent.»
La sculpture de Joseph Hermand respecte les grandes lignes de ce meurtre : un soldat s'apprête à frapper Savinien de sa hache, tandis qu'un autre a saisi le prélat à la gorge.
Cette œuvre, d'une grande tension, est installée sur l'autel en 1772. Malheureusement, le sculpteur a jugé bon de l'envelopper dans une haute draperie en stuc. On voit, sur la photo, qu'elle cache le bas de la verrière composite qui se trouve derrière et qui rassemble des fragments de vitraux des XIIe et XIIIe siècles.


Le soldat s'apprête à frapper le crâne de saint Savinien.
Détail du marbre de Joseph Hermand, 1772.

Noli me tangere
Reste d'une peinture murale dans la chapelle Saint-Savinien
(vers 1522).

Flagellation de saint Potentien et de ses compagnons martyrs (?)

Apparition du Christ à saint Savinien emprisonné (?)
Baie 1, détails : vies de saint Thomas et de saint Savinien (vers 1180 et première moitié XIIIe siècle).

Les verrières de la chapelle Saint-Savinien.
Datées du XIIIe siècle, ces verrières se présentent en complément de celles du déambulatoire. Totalement composites, elles sont assemblées au gré des restructurations de la nef et des chapelles. La vie de plusieurs saints y est illustrée. L'identification des panneaux est très difficile.
On donne ici quelques scènes de la baie n°1 qui présente des épisodes épars de la vie de saint Thomas et de saint Savinien. Le tympan de cette baie est une création du XIXe siècle.


Baie 1 : Vies de saint Thomas et de saint Savinien.
Vers 1180 et première moitié XIIIe siècle.
Verrière composite.

L'orgue de tribune.
Deuxième quart du XVIIIe siècle et quatrième quart du XIXe siècle.

Baie 24, détail : saint Pierre et sainte Anne, XVe siècle.

L'orgue de tribune.
Le premier orgue de la cathédrale date de 1440. Installé sous les voûtes du bas-côté nord, il était utilisé pour les intermèdes musicaux. À cette époque, en effet, les chants sont exécutés a cappella par les chanoines.
Au XVIe siècle, un buffet réalisé par le décorateur Jean Cousin l'Aîné et un nouveau mécanisme viennent l'enrichir. En 1722, un nouvel instrument le remplace. Il est installé près de l'entrée du chœur, du côté de la chapelle de la Vierge. Cet emplacement étroit est funeste pour la sonorité et aucun agrandissement n'est possible.
Un instrument plus grand, qui réutilise des parties du précédent, prend alors place à l'endroit traditionnel qu'est le revers de la façade occidentale. L'orgue est livré en 1734. Sa puissance est accrue ; la propagation du son est jugée excellente.
À la Révolution, l'orgue est utilisé pour les fêtes civiques et le culte de l'Être suprême. Ce qui est peu. En 1802, le culte catholique est restauré. L'orgue est doté d'une nouvelle soufflerie. Peu entretenu, l'instrument, très fragile comme toutes les orgues, est signalé en mauvais état lors de plusieurs inspections.
À la fin du XIXe siècle, cependant, Charles Gounod a l'occasion d'y jouer et s'en fait le défenseur. En 1890, il est restauré.
L'orgue est classé monument historique en 1973, tandis qu'une restauration globale est entreprise dans le style fin du XVIIIe siècle. Il est inauguré le 20 octobre 1991.
Source : Sens, première cathédrale gothique, éditions A˜PROPOS, 2014.


La nef de la cathédrale vue depuis le chœur.

Documentation : «Sens, première cathédrale gothique», éditions A˜PROPOS, 2014
+ «Les vitraux de la cathédrale de Sens», éditions A˜PROPOS, 2013
+ «La cathédrale de Sens» d'Eugène Chartraire, Petite monographie des grands édifices de la France, 1928
+ Bulletin monumental, La cathédrale de Sens, 1982
+ Corpus Vitrearum, Les vitraux de Bourgogne, Franche-Comté et Rhône-Alpes, Éditions du CNRS
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