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Page créée en août 2011
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Les historiens rapportent que, sur l'emplacement actuel de l'église, se trouvait autrefois un temple consacré au dieu Mercure. Aux premiers temps du christianisme, le temple fut dédié à la Vierge et prit le nom de Notre-Dame-des-Vignes.
Le roi Robert le Pieux (972-1031) décida de rebâtir l'édifice et de le confier à des moines bénédictins venus de l'abbaye alsacienne de Marmoutier. Les quelques vignes avoisinantes sont arrachées ; l'église devient Notre-Dame-des-Champs. Le sanctuaire se transforme en un vaste prieuré calqué sur les plans de l'abbaye mère.
En 1604, les moines cèdent les bâtiments aux carmélites d'Espagne. L'époque est au renouveau de la spiritualité, dont l'un des maîtres est le cardinal de Bérulle (1575-1629). L'accent est alors mis sur le mystère de l'Incarnation et la dévotion à l'Enfant-Jésus. Le prieuré devient le Carmel dit de l'Incarnation et jouit très vite d'un rayonnement prodigieux. Bossuet y prêche ; Mademoiselle de la Vallière s'y retire. Madame Acarie (béatifiée en 1791) assiste le cardinal de Bérulle dans sa réforme carmélitaine.
À la Révolution, le couvent est fermé, l'église détruite. Reste une rue Notre-Dame-des-Champs.
En 1858, la paroisse est créée. Son lieu de culte est une chapelle en bois.
En 1867, l'architecte Paul-René-Léon Ginain (1825-1898) commence la construction de l'église actuelle, librement inspirée du style roman. Elle est achevée en 1876.
Notre-Dame-des-Champs est ornée d'un grand nombre de peintures de l'artiste Joseph Aubert (1849-1924). Une série de vingt-deux toiles, dans la nef et le chœur, y relate la vie de la Vierge. Le fait marquant de ces toiles est qu'Aubert a enrichi son art d'une véritable recherche ethnographique à la suite de ses voyages en Palestine.
Toutes ces toiles sont données en grand format en page 2.

Vue d'ensemble de la nef de l'église Notre-Dame-des-Champs
Vue d'ensemble de l'église Notre-Dame-des-Champs.
ASPECT EXTÉRIEUR DE L'ÉGLISE NOTRE-DAME-DES-CHAMPS

La façade d'inspiration romane de Notre-Dame-des-Champs
sur le boulevard du Montparnasse.

La Vierge et l'Enfant Jésus
Gabriel-Jules Thomas (1824-1905)
Bas-relief du tympan du portail central.

Vue d'ensemble de Notre-Dame-des-Champs sur le boulevard du Montparnasse.

Le chevet et le côté gauche de l'église.
ASPECT INTÉRIEUR DE L'ÉGLISE NOTRE-DAME-DES-CHAMPS

Élévation droite de la nef avec sa série de toiles de Joseph Aubert.

Architecture intérieure.
Comme beaucoup d'églises construites à Paris sous le Second Empire, Notre-Dame-des-Champs possède une charpente métallique réalisée par Gustave Eiffel (1832-1923). Ce qui lui permet de bénéficier d'une voûte assez haute et d'un espace important.
Depuis le boulevard du Montparnasse, le visiteur franchit d'abord un porche assez large, puis rentre dans une nef à six travées flanquées de bas-côtés simples. Puis vient le transept dont les bras forment chapelles.
Le chœur, presque aussi long que la nef, s'étend sur cinq travées. À l'extrémité nord-est, trois chapelles en hémicycle ferment l'église : la chapelle axiale dédiée à la Vierge, la chapelle Sainte-Geneviève et la chapelle Saint-Denis. Sous le chœur s'étend une crypte.
La nef est scandée d'arcades en plein cintre soutenues par des piles cruciformes.
Au-dessus des chapiteaux ioniques, des pilastres s'élèvent jusqu'aux arcs-doubleaux de la voûte.
L'église Notre-Dame-des-Champs bénéficie d'une double série de verrières sur les bas-côtés et le troisième niveau de l'élévation. Les vitraux, très légèrement colorés, apportent à la nef et au chœur, toute la lumière nécessaire pour admirer les toiles de Joseph Aubert.


Plan de l'église Notre-Dame-des-champs;

Chapelle des fonts baptismaux à l'entrée de l'église.

Piéta dans la chapelle des fonts baptismaux. ---»»»


Marie fiancée à Joseph
Toile de la Vie de la Vierge par Joseph Aubert.
La scène se passe dans la cour intérieure d'une maison de Nazareth.

Marie purifiée au Temple
Toile de la Vie de la Vierge par Joseph Aubert.
L'artiste a placé la scène au sein d'un décor pharaonique.


Bas-côté droit. Au fond, la chapelle absidiale Saint-Denis.

Le Chemin de croix est constitué de quatorze grisailles sur fond de cuivre émaillé, dues à l'artiste Frédéric de Courcy. Cette œuvre a été exposée au Salon de 1879.


«««--- Vitrail standard de l'église. Il laisse passer beaucoup de lumière dans la nef et le chœur.

Chemin de croix, station IV : Jésus rencontre sa mère.

Chemin de croix, station XI : Jésus est attaché à la croix.
Chemin de croix, station VIII : Jésus console les filles de Jérusalem. ---»»»

Chemin de croix, station II :
Jésus est chargé de sa croix.

.

Les toiles de Joseph Aubert (1/2).
D'origine bretonne, Joseph Aubert (1849-1924) a consacré dix-huit années de sa vie à l'œuvre artistique de l'église Notre-Dame-des-Champs à Paris. Il en a réalisé toutes les toiles à l'exception des deux peintures des chapelles du Sacré-Cœur et de Saint-Joseph (peintures données dans cette page).
L'artiste utilise la technique de la toile marouflée : une toile fixée sur un mur à l'aide d'une colle appelée maroufle.
Pour ses vingt-deux tableaux de la vie de la Vierge, Aubert s'est documenté en effectuant plusieurs voyages en Palestine afin d'y observer la vie quotidienne des femmes, et plus généralement le costume des gens. Par ailleurs, de nombreux lieux visités se retrouvent sur ses toiles.
Les peintures de l'église Notre-Dame-des-Champs mettent en exergue les deux natures de la Vierge.
La première est la nature triomphante dans le ciel au-dessus des créatures terrestres telle qu'on la voit dans la voûte en cul-de-four.
La seconde est celle des vingt-deux tableaux où elle apparaît dans sa vie terrestre, comme une femme de Galilée «qui est revêtue de la robe brodée que l'on porte encore, aujourd'hui, à Ramalla, du voile et du bandeau caractéristiques des femmes de Bethléem», écrit le Révérend Père Sertillanges.
Joseph Aubert avait acquis une notoriété internationale : quatre toiles de l'église ont été achetées par des amateurs d'art religieux américains (les œuvres exposées sont des répliques).
---»» Suite 2/2 à droite.


Marie se repose en Égypte
À l'arrière-plan, Joseph Aubert a représenté les grandes pyramides de Ghiseh.

Marie à la fontaine
Au second plan : la fontaine de Nazareth.

Les toiles de Joseph Aubert (2/2).
---»» Innovant dans les décors et les costumes, l'artiste le fut aussi dans l'interprétation qu'il fit de la Cène.
Joseph Aubert n'a pas représenté un repas, mais une communion.
Jésus se tient debout, un calice entre les mains. Les apôtres se tiennent à genoux ou penchés vers lui. Ceux qui sont assis à la table vont devoir la quitter pour communier, eux aussi, au Sang divin.
Dans ce très beau tableau, il faut souligner la méticulosité de l'artiste et sa recherche du réalisme dans sa peinture de la salle, des costumes et des accessoires du repas.
Source : Brève histoire de la paroisse Notre-Dame-des-Champs par Bernard Plongeron, professeur honoraire à l'Institut Catholique de Paris. Brochure éditée à l'occasion du Jubilé de l'église 1858-2008.

La seconde page consacrée à l'église Notre-Dame-des-Champs propose l'intégralité des vingt-deux panneaux de la Vie de la Vierge peints par Aubert.

L'église Saint-Maimbœuf à Montbéliard possède, dans ses chapelles absidiales, deux grandes toiles (5,60m sur 2,80m) peintes par Joseph Aubert.
L'une décrit la Déploration et date de 1902, l'autre illustre une scène de bénédiction dans une tranchée de la guerre 14-18 et date de 1921.

On notera la très grande proximité entre la scène de la Déploration à Saint-Maimbœuf et le tableau où Marie reçoit le corps de Jésus à Notre-Dame-des-Champs.

LE CHŒUR DE NOTRE-DAME-DES-CHAMPS

Le chœur de l'église Notre-Dame-des-Champs s'étend su cinq travées.
Dix des vingt-deux toiles d'Aubert sur la vie de la Vierge y sont exposées.

Le chœur de Notre-Dame-des-Champs et ses toiles de Joseph Aubert.
À l'arrière-plan à gauche : la chapelle du Sacré-Cœur dans le bras droit du transept.
Au-dessus, une grande toile marouflée de Joseph Aubert : l'Envoi des apôtres en mission. Une autre, à droite : le Bon Samaritain.

La Cène
Peinture de Joseph Aubert.
Croisillon gauche du transept, au-dessus de la chapelle Saint-Joseph.
Faisant preuve d'originalité, Aubert a représenté la Cène comme la Première communion des apôtres (expression due au R.P. Sertillanges).

Le Sacré-Cœur
Peinture murale de François Lafon, 1885.
Chapelle du Sacré-Cœur dans le bras droit du transept.

Jésus au jardin des Oliviers
Joseph Aubert
Croisillon gauche du transept.

On peut rapprocher cette toile et la posture de Jésus du chef-d'œuvre d'Eugène Delacroix,
sur le même thème dans l'église Saint-Paul-Saint-Louis dans le 4e arrondissement de Paris.

La loi de Séparation de l'Église et de l'État de 1905 à Notre-Dame-des-Champs (1/2).
Rappelons que la loi de 1905 demandait aux paroisses de créer chacune une association cultuelle à laquelle seraient attribués les biens des établissements publics de culte, nouvellement propriétés de l'État.
Pour marquer son opposition à la loi, l'Église de France refusa ces associations (qui sont pourtant tout à fait banales aujourd'hui). La loi de 1905 stipulait, que, sans attribution à une association, ces biens devaient être placés sous séquestre - ce qui passait, bien sûr, par un inventaire préalable. Et cet inventaire constituait aux yeux des religieux et des fidèles l'empreinte infamante de la République sur la vie religieuse.
Donc un casus belli.
Évidemment, pour établir les inventaires, les officiers de l'État demandèrent la collaboration des religieux... qui s'empressèrent de refuser en guise de protestation.
En décembre 1905, le cardinal Richard fit passer ses instructions aux paroisses parisiennes : suivre les opérations d'inventaire, sans les diriger, et faire toutes les réserves utiles quand les intérêts des curés et des fabriques apparaîtront compromis.
À Notre-Dame-des-Champs, le curé et les membres de la fabrique affichèrent, dans une lettre officielle, leur refus de prêter la main aux autorités.
Quand les agents des domaines arrivèrent devant le parvis de l'église, le 31 janvier 1906 à 14 heures, une foule houleuse les attendait. Il y avait là deux blocs.
Le premier, le «peuple des barrières», guidé par d'anciens communards et des chefs socialistes, criait : «À bas la calotte !». L'autre, défenseur du curé, était constitué de Bretons dont l'arrivée dans la capitale, depuis quelques décennies, avait contribué à changer radicalement le visage social du quartier.
---»» Suite 2/2 à droite.



Le Repos de la Sainte Famille, détail.
Peinture murale de Félix-Henry Giacomotti (1828-1909).
Chapelle Saint-Joseph dans le bras gauche du transept.

Le Repos de la Sainte Famille
Peinture murale de Félix-Henry Giacomotti (1828-1909).

La loi de Séparation de l'Église et de l'État de 1905 à Notre-Dame-des-Champs (2/2).
---»» Aussi belliqueux l'un que l'autre, les deux groupes en vinrent aux mains.
Du côté des Bretons, on entendait crier : «À bas les voleurs !» et «Allez donc au Grand Orient !», mettant la loi de Séparation sur le compte de la Franc-Maçonnerie.
Après deux heures d'affrontement, conformément aux instructions qu'ils avaient reçues, les agents des domaines se retirèrent bredouilles.
Les manifestants une fois partis, le curé de l'église fit réciter le chapelet en public. Notre-Dame-des-Champs fut classée dans les paroisses du «refus».
Source : Brève histoire de la paroisse Notre-Dame-des-Champs par Bernard Plongeron, professeur honoraire à l'Institut Catholique de Paris (brochure éditée à l'occasion du Jubilé de l'église 1858-2008).

Quand il n'y avait devant l'église que des gens favorables au curé et à Rome, les choses pouvaient tourner à l'aigre contre la puissance publique.
Voir par exemple les détails de l'émeute survenue à l'église Saint-Symphorien de Versailles ou encore celle qui a éclaté à Rennes devant la basilique Saint-Sauveur.


Chapelle Sainte-Geneviève.

Statue de Sainte Geneviève, détail.


Croix contemporaine dans le chœur ---»»»
Elle a été dessinée pa le père Jacques Mérienne
et exécutée par l'artiste Joël You (XXe siècle).

Statue de saint Denis, détail.
Chapelle Saint-Denis dans l'absidiole droite.
LA CHAPELLE VIERGE MARIE

Chapelle axiale Vierge Marie.
Sur la voûte en cul-de-four, une composition de Joseph Aubert :
le Triomphe universel de Marie

La Vierge et l'Enfant Jésus
Alfred-Adolphe Lepère (1827-1904).

L'Enfant Jésus tient dans ses mains une couronne d'épines.
C'est l'une des Vierge à l'Enfant les plus expressives de Paris.

Saint Denis élève à la Sainte Vierge
son plus ancien autel au lieu qui s'appellera
Notre-Dames-des-Champs

Vitrail XIXe siècle.

Saint Denis, 1er évêque de Paris,
visite la Sainte Vierge dans la maison
de saint Jean à Ephèse
Vitrail du XIXe siècle.

La Vierge et l'Enfant Jésus, détail.
Alfred-Adolphe Lepère (1827-1904).

Voir d'autres Vierge à l'Enfant à Paris :
celle de Jean-Baptiste Pigalle à Saint-Eustache,
celle d'Auguste-Louis Ottin à Notre-Dame de Clignancourt,
et Notre-Dame du Vœu à Notre-Dame d'Auteuil.

Le Triomphe universel de Marie, détail.
Toile de la Vie de la Vierge par Joseph Aubert.

La croisée du transept et le chœur.
On reconnaît les toiles d'Aubert : Jésus au jardin des Oliviers
et la Cène (à l'extrême gauche)

L'orgue de tribune est un Cavaillé-Coll de 1877.
Il a été restauré par Schwenkedel en 1973, puis par Fosseart en 2004.

Marie reçoit le corps de Jésus
Toile de la Vie de la Vierge par Joseph Aubert.
Cette toile est très voisine du tableau de Joseph Aubert intitulé La Déploration du Christ
et exposé à l'église Saint-Maimbœuf de Montbéliard.

Le Bon Samaritain
Joseph Aubert (1849-1924).

La nef vue depuis le maître-autel.

Documentation : «Paris d'église en église», Massin éditeur
+ «Les églises de France, Paris et la Seine», éditions Letouzey et Ané, 1936.
+ Documentation disponible dans l'église.
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