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Page créée en mai 2026
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La seconde page sur l'église Saint-Nicolas-des-Champs traite des sujets suivants :
- le chœur de l'église et le grand retable du XVIIe siècle ;
- la chapelle de la Communion au revers du grand retable ;
- le déambulatoire tournant et sa voûte en triangles ;
- la chapelle de la Vierge ;
- les chapelles rayonnantes sud ;
- les chapelles rayonnantes nord ;
- l'orgue de tribune et l'orgue de chœur.

On pourra s'intéresser tout particulièrement aux deux peintures de Simon Vouet (1590-1649) dans le grand retable du chœur et aux œuvres maniéristes du peintre Quentin Varin (vers 1575-1626) au travers de son tableau de Notre-Dame de Pitié et de ses peintures sur trois voûtes de chapelles : la Chute des anges rebelles, l'Annonce de la venue de la Vierge et le Christ ressuscité.

LE CHŒUR DE L'ÉGLISE SAINT-NICOLAS-DES-CHAMPS

Le chœur de l'église Saint-Nicolas-des-Champs s'étale sur quatre travées.
Il possède le seul grand retable baroque qui subsiste dans une église parisienne.

Vitrail axial de l'abside, détail.

Le chœur de l'église Saint-Nicolas.
Le chœur s'étale sur quatre travées bordées de piliers qui étaient à l'origine lisses, mais qui ont cannelés en 1745 pour correspondre au goût antique de l'époque. Reliant les chapiteaux d'inspiration dorique qui surmontent ces piles, les arcades, à l'intrados plat, sont en plein cintre. L'élévation, qui est à deux niveaux, se poursuit jusqu'aux chapiteaux ioniques qui reçoivent les retombées des voûtes.
Sur les quatre travées, celles qui sont le plus à l'est sont postérieures d'une trentaine d''années aux deux autres, mais il n'est pas possible de s'en apercevoir parce que la même architecture a été appliquée.
Les clés pendantes de l'église ont été coupées en 1794, sauf celle de la dernière travée droite du chœur et celle de l'hémicycle.
Quatre travées ne suffisaient pas pour le culte : l'autel de messe, juché sur une estrade, empiète sur la cinquième !
Le chœur de Saint-Nicolas dégage sans conteste une atmosphère chatoyante. La présence d'un grand retable qui vient le fermer à l'est contribue à la beauté de l'ensemble. Sans conteste, la contemplation de ce chœur porte au recueillement.


Le grand retable du chœur s'étire sur onze mètres de haut.
Il est riche de deux toiles de Simon Vouet et de quatre anges de Jacques Sarrazin.
Début du XVIIe siècle.
Les deux tableaux des côtés seront rajoutés au XVIIIe siècle.

Les Apôtres au tombeau de la Vierge
Simon Vouet (1590-1649)
Retable du chœur, toile datée de 1629.

Les apôtres au tombeau de la Vierge dans les vitraux.
Le thème des apôtres qui restent stupéfaits devant le tombeau vide, associé ou non à l'Assomption, est aussi utilisé par les cartonniers des vitraux.
On pourra ainsi se reporter au grand vitrail de 1619 de la baie 39 de la cathédrale de Bourges ou à celui de la baie 122 de l'église Saint-Germain-l'Auxerrois à Paris, daté des années 1534-1535.
Les ateliers de verriers du XIXe siècle ne seront pas en reste avec le vitrail de l'atelier Claudius Lavergne à l'église Notre-Dame à Combourg en Bretagne.
Voir aussi celui de l'église Saint-Malo à Dinan qui propose une variante due à l'atelier nantais d'Eugène Denis en 1875 : les apôtres rassemblés autour du tombeau vide sont surmontés d'un couronnement de la Vierge par le Christ.


Plan du chœur.

Clé pendante dans l'hémicycle.

Clé pendante de la dernière travée
droite du chœur.

Vierge à l'Enfant
XVIIe siècle.

Le grand retable du XVIIe siècle.
C'est le dernier et authentique grand retable baroque du XVIIe siècle que l'on puisse encore voir dans une église de Paris. Il date du règne de Louis XIII.
Le maître-autel en bois a été commandé par les marguilliers au menuisier Guillaume Noyer dès 1620. On ne sait s'il a aussi réalisé les autres parties en bois du retable. Les colonnes sont en marbre, d'ordre corinthien.
Dans une élévation à deux niveaux, les tableaux de Simon Vouet (1590-1649), chef de file du baroque parisien à l'époque, montrent les Apôtres au tombeau de la Vierge et l'Assomption de la Vierge. Ils datent de la fin des années 1620. La jonction visuelle entre les toiles est assurée par les angelots qui flottent dans les nuages au-dessus des apôtres.
Les quatre anges en stuc sont de Jacques Sarrazin. Réalisés dans le même temps que les toiles de Vouet, leur attitude et leurs bras tendus incitent le spectateur, de manière assez pittoresque, à contempler les deux épisodes finaux de la vie terrestre de la Vierge.
En 1975, dans sa thèse de l'école des Chartes, Michel Dargaud voyait dans la parfaite association des anges et des toiles l'expression de l'amitié que se portaient les deux artistes, fraîchement revenus tous deux de leur séjour italien. Il ajoute que le dessinateur du retable pourrait être Clément Métezeau, lui aussi un ami des deux autres.
Vraie ou pas, cette triple amitié a conduit à la confection d'un imposant et magnifique retable de onze mètres de haut que les siècles ont su préserver jusqu'à nos jours.
Au XVIIIe siècle, le retable sera remanié. L'artiste Jean-Baptiste Robin (1734-1818) sera chargé de l'enrichir de deux peintures illustrant les deux dédicataires de l'église : saint Nicolas et saint Jean l'Évangéliste.
Au niveau des symboles, on remarquera que la toile de l'Assomption, étant placée plus haut dans l'élévation de l'église, reçoit plus de lumière des fenêtres hautes que la toile du bas. La montée en gloire de la Vierge au ciel n'a donc aucun problème pour se révéler au spectateur plus lumineuse que la scène «terrestre» des apôtres devant le tombeau vide.


Anges en stuc sur le fronton du retable du chœur.
Ils tiennent la couronne qu'ils vont déposer sur la tête de la Vierge.
Jacques Sarrazin, fin des années 1620.

«««--- Les apôtres au tombeau de la Vierge.
Dans ce tableau, Simon Vouet reprend une tradition du catholicisme autour de la mort de Marie, tradition que les artistes illustraient depuis le XVIe siècle.
L'idée vient d'un texte apocryphe daté des alentours du VIe siècle selon lequel Thomas (qui avait déjà refusé de croire à la Résurrection de Jésus sans en avoir une preuve formelle) arrive en retard aux funérailles de la Vierge. Il demande alors à voir le corps de Marie une dernière fois. En ouvrant le tombeau, les apôtres stupéfaits y découvrent un lit de fleurs mêlant lys et roses.


L'autel de messe et les stalles du chœur.
À l'arrière-plan, l'orgue de chœur est du facteur John Abbey et date de 1845.

L'Assomption de la Vierge
Simon Vouet (1590-1649)
Retable du chœur, 1629.

Saint Jean l'Évangéliste
Jean-Baptiste Robin (1734-1818)
Retable du chœur.

Un ange en stuc dans le retable incite
le spectateur à regarder l'Assomption de la Vierge.
Jacques Sarrazin, années 1620.

La voûte de l'abside a perdu sa clé pendante en 1794.

Saint Nicolas
Jean-Baptiste Robin (1734-1818)
Retable du chœur.

En contemplant le chœur de Saint-Nicolas-des-Champs,
on se souvient que la beauté est un élément intrinsèque du catholicisme.
LA CHAPELLE DE LA COMMUNION

La chapelle de la Communion est perdue
au milieu des piliers du déambulatoire tournant.

Le Père Éternel
Joseph-Ferdinand Godefroy (1729-1788)
Chapelle de la Communion.

Charles Borromée donnant la Sainte Communion aux pestiférés de Milan
Charles-Ferdinand Godefroy (1729-1788)
Vers 1775
Chapelle de la Communion.

La chapelle de la Communion.
Au XVIIIe siècle, sous Louis XVI, cette chapelle prit la suite d'une chapelle du Ciboire créée au XVIIe et qui reste mal définie dans les études des historiens.
Si l'on suit la thèse de Michel Dargaud en 1975, l'initiateur de cette nouvelle chapelle de la Communion fut Jean-Étienne Parent, curé de l'église de 1767 à 1801 (avec une interruption due à la Révolution). «C'est lui qui passa les marchés, assuma la majeure partie des dépenses», écrit Michel Dargaucl avant d'ajouter que les marguilliers remboursèrent en partie le curé des frais qu'il avait payés de sa poche.
L'architecte Boulland conçut la nouvelle chapelle, aidé des dessins d'un artiste dénommé Antoine. Le panneau principal devait représenter la légende de saint Nicolas et des trois enfants sortant du saloir, mais ce projet fut abandonné.
À la place, vers 1775, Charles-Ferdinand Godefroy (1729-1788) réalisa un Charles Borromée donnant la Sainte Communion aux pestiférés de Milan.
Cette toile originale crée un subtil trompe-l'œil : elle reproduit intelligemment les piles de la nef en les affublant toutefois de chapiteaux corinthiens et non pas doriques. Encadrée dans la chapelle par des pilastres, eux aussi d'ordre corinthien, elle mérite d'être observée d'un peu loin pour constater avec quel bonheur elle s'insère dans l'architecture de l'église et combien le trompe-l'œil est réussi.
Au-dessus, Godefroy a réalisé un Père éternel sortant des nuages. Deux médaillons en bas-relief illustrent les dédicataires de l'église, saint Nicolas et saint Jean l'Évangéliste, dupliquant par là les tableaux de Jean-Baptiste Robin (1734-1818) créés à la même époque de l'autre côté du monument.
Comme la photo ci-contre le montre, la chapelle de la Communion est à moitié cachée par les piles du déambulatoire tournant. Un visiteur trop absorbé par les multiples tableaux des chapelles rayonnantes peut passer à côté sans la remarquer.


La chapelle de la Communion se situe au revers du grand retable du chœur.
Les piliers du tableau s'intègrent magistralement dans le monument.

Médaillon de saint Nicolas
Chapelle de la Communion.

Charles Borromée donnant la Sainte Communion
aux pestiférés de Milan
, détail.
La personne qui se tient derrière le prélat
serait le curé de l'époque, Jean-Étienne Parent,
initiateur de la chapelle de la Communion.
LE DÉAMBULATOIRE TOURNANT

Plan du déambulatoire tournant.
Les ailes nord et sud convergent vers la chapelle de la Vierge.

Le déambulatoire tournant.
Architecturalement, c'est le plus bel endroit de l'église. À condition de lever les yeux.
Datée des années 1610-1620, la voûte du déambulatoire tournant est un assemblage de triangles qui s'associent en étoiles imbriquées les unes dans les autres (schéma ci-contre). Ce qui crée une véritable féerie de nervures.
L'auteur de cet audacieux tracé n'est pas connu. Cette page en donne plusieurs illustrations.
Les piles rondes sont de trois types : cannelé, lisse simple et lisse à quatre réglets.


Le déambulatoire tournant et sa féerie de nervures en triangles.

La voûte du déambulatoire tournant est une subtile et très belle association de nervures en triangles.
LA CHAPELLE DE LA VIERGE

La chapelle de la Vierge et le tableau de Caminade.

La Vierge et l'Enfant
François-Nicolas Delaistre, 1817.

La chapelle de la Vierge et, sous la voûte, le Christ bénissant.

La chapelle de la Vierge (1/2).
Selon l'étude de Michel Dargaud de 1975, cette chapelle était belle au XVIIe siècle. Le doctorant cite en effet un témoignage de 1639 où l'on peut lire que la chapelle de la Vierge «a été grandement enrichie, de tableaux, peintures et voûtes azurées, et semées de fleurs de lys».
Les photos données ici montrent une chapelle devant laquelle la plupart des visiteurs passent leur chemin...
Historiquement, rappelle Michel Dargaud, la décoration de la chapelle axiale a fait l'objet d'un marché, signé le 5 juillet 1620, entre les marguilliers et le peintre Georges Lallemant. Malheureusement, ce texte ancien est entaché d'une confusion entre voûte et abside.
En effet, Lallemant devait faire trois grands tableaux à la voûte (où les liernes et les tiercerons prennent toute la place !) : le Couronnement de la Vierge au centre (au-dessus de l'autel, est-il précisé) entouré d'une Assomption et de son Entrée au ciel (où elle est reçue par le Christ). Il s'agit donc de l'abside et non pas de la voûte. Ce sont précisément les trois pans cachés par un rideau rouge.
Dans les deux murs latéraux, le marché chargeait le peintre de deux autres tableaux : Notre-Dame au milieu des prophètes et Notre-Dame au milieu des huit docteurs de l'Église grecs et latins.
Dans la vraie voûte cette fois, Lallemant devait inclure des anges et des têtes de chérubins.
De toute cette œuvre, rien ne subsiste. En effet, d'après les peintures signées actuelles (en mauvais état), décision fut prise au XIXe siècle de masquer les tableaux de Georges Lallemant par des repeints. Était-il donc impossible de restaurer ces créations d'un artiste majeur de la peinture parisienne du XVIIe ? On ne le saura jamais.
La chapelle sera donc plusieurs fois remaniée au XIXe siècle.
Une première fois en 1817 : les tableaux de Caminade et de Coypel (reproduits dans cette page) sont placés sur les murs latéraux, tandis que la statue d'une Vierge à l'Enfant, créée par François-Nicolas Delaistre, vient surmonter l'autel (où elle se trouve toujours).
---»» Suite 2/2 à droite.


Reste de dessin sur le côté sud.
Chapelle de la Vierge.

L'Adoration des bergers
Noël-Nicolas Coypel
Chapelle de la Vierge.
La chapelle de la Vierge vue du chevet. ---»»»

Le Repos de la Sainte Famille, 1817
Alexandre-François Caminade (1789-1862)
Chapelle de la Vierge.

La voûte de la chapelle de la Vierge.

Vitrail des litanies de la Vierge, «Tour de David».
Chapelle de la Vierge.

La chapelle de la Vierge (2/2).
---»» Nouveau remaniement en 1857 : les trois peintures de l'abside sont recouvertes de nouveaux tableaux : au centre, un Couronnement de la Vierge ; de part et d'autre, une Annonciation et une Visitation. Ces trois œuvres sont signées Jonvaux 1857. Actuellement, sûrement en mauvais état à leur tour, elles sont cachées, comme précisé plus haut, par un rideau rouge.
La seule peinture murale, en bon état, que l'on voit actuellement se situe dans l'axe, sous la voûte. C'est un Christ bénissant dont Michel Dargaud ne parle pas.
Les points d'intérêt de cette chapelle bien dégradée sont la voûte, la statue de la Vierge et les deux tableaux sur les murs latéraux.
Sur le côté sud, dans la partie haute, on peut observer la peinture d'une femme (donnée ci-dessus). Est-ce une partie d'une Annonciation ?


Vitrail de la Rose mystique dans la chapelle de la Vierge.
LE DÉAMBULATOIRE TOURNANT : LES CHAPELLES RAYONNANTES SUD

La partie sud du déambulatoire tournant aboutit, à l'arrière-plan, sur l'espace clocher.

L'Annonce de la venue de la Vierge
Quentin Varin
Voûte de la chapelle du Sauveur.
Vers 1620-1624.

L'Annonce de la venue de la Vierge, détail.
Quentin Varin
Voûte de la chapelle du Sauveur
Vers 1620-1624.

La Circoncision
Giovanni Battista Trotti (1580-1617), vers 1590.
Chapelle du Sauveur.

La Circoncision.
Cette toile de Trotti, contemporaine de la Contre-Réforme, a gagné l'église en 1967. Elle était auparavant à Saint-Philippe-du-Roule.
Le peintre y insère les symboles du baptême qui va remplacer la circoncision chez les chrétiens. Au premier plan, un enfant tient un cierge. Derrière Joseph (qui tient l'Enfant), un homme tient une aiguière et son plateau.
On peut y ajouter, au centre de la composition, le pinceau tenu par l'homme à la longue barbe et qui porte un vêtement rouge. Le pinceau a sa place ici parce qu'il a servi à oindre Jésus de l'huile d'allégresse. Il traduit une allégorie qui rappelle la descente de l'Esprit-Saint sur le Christ lors de son baptême dans le Jourdain.


Le déambulatoire tournant et les chapelles rayonnantes sud.
Début du XVIIe siècle.

Saint Vincent de Paul rachète les galériens
Léon Bonnat, 1865.
Chapelle de la Sainte-Famille.

Jéssus avec la Vierge et saint Joseph
Toile attribuée à Van Mol, XVIIe siècle.
Chapelle de la Sainte-Famille.

L'Annonce de la venue de la Vierge, détail.
Quentin Varin
Vers 1620-1624.
Voûte de la chapelle du Sauveur.

Le Christ ressuscité
Quentin Varin, vers 1620-1624.
Voûte de la chapelle de la Sainte-Famille.

L'attribution de trois voûtes peintes à Quentin Varin (1/2).
Dans sa thèse de l'école des Chartes de 1975, Michel Dargaud attribue à Quentin Varin les voûtes des trois chapelles rayonnantes de Sainte-Cécile, du Sauveur et de la Sainte-Famille. À savoir : la Chute des anges rebelles, l'Annonce de la venue de la Vierge et le Christ ressuscité.
Aucun document d'époque ne faisant état de cette paternité, nous sommes là dans le domaine de l'incertain. Michel Dargaud utilise une étude de Gaston Varenne (membre de la Société académique d'archéologie à Beauvais) sur les peintures murales de Saint-Nicolas-des-Champs dans l'ouvrage Réunion de la Société des Beaux-Arts des départements paru en 1905.
En 1618 à Paris, un procès condamna le poète Durant, pensionné du roi Louis XIII, pour avoir écrit un libelle satirique contre le souverain. Durant fut condamné et exécuté. À cette époque, Quentin Varin travaillait aux décors du palais du Luxembourg en collaboration avec Durant, chargé quant à lui des inscriptions.
Selon les historiens, Varin crut plus sage de quitter quelques temps la capitale pour se faire oublier, rendant du même coup opaque la période de sa vie entre 1620 et 1624.
Toutefois nous savons qu'en mars 1623, il assistait, à l'église Saint-Nicolas, au baptême d'un fils de son ami Étienne de la Hire. Il est vraisemblable que Varin aura été réintroduit, par l'entremise de son ami de la Hire, auprès des riches paroissiens de Saint-Nicolas, toujours en quête d'un bon peintre pour décorer les chapelles que la paroisse leur avait attribuées.
Gaston Varenne prend le contrepied de l'histoire officielle. Loin de fuir la capitale, Varin, au contraire, est resté à Paris, affirme-t-il, dans une demeure de sa femme située dans le quartier du Parc-Royal. «Il fréquente les artistes en vue sans se cacher, poursuit-il, initiant sa fille Madeleine à des leçons qui feront d'elle une artiste distinguée (...).» Et, soutient Gaston Varenne, il exécute des peintures à Saint-Nicolas-des-Champs.
Gaston Varenne note une parenté certaine de composition et de style (maniériste) entre les peintures de ces trois voûtes. Les scènes reproduisent le même schéma : le personnage central est entouré par des anges ; sur chaque bord, deux rois, deux prophètes ou deux Vertus se font face, séparés par des motifs divers.
Ainsi, dans la voûte du Christ ressuscité, le Saint Suaire est tendu entre deux anges. En face deux soldats romains entourent la porte du tombeau.
Gaston Varenne souligne ensuite l'identité du rythme. Les démons bousculés par saint Michel sont liés dans un entremêlement de bras et de jambes que l'on retrouve dans l'enroulement des anges qui annoncent la venue de la Vierge.
---»» Suite 2/2 plus bas.


Voûte du déambulatoire : féerie du réseau de nervures en face de la chapelle de la Vierge.

Le Christ ressuscité
Quentin Varin, vers 1620-1624.
Chapelle de la Sainte-Famille
Détail central de la voûte.

Adam et Ève chassés du paradis terrestre

Ève offre la pomme à Adam
Quentin Varin (?)
Bas-reliefs à la voûte de la chapelle de la Sainte-Famille

L'attribution de trois voûtes peintes à Quentin Varin (2/2).
---»» D'autre part, le rouge vénitien des draperies et des vêtements est celui que l'on retrouve dans trois des tableaux de l'artiste dont le Charles Borromée exposé à l'église Saint-Étienne-du-Mont. Enfin, on observe la même fermeté du trait dans le dessin des personnages.
Comme les photos le montrent, la peinture des voûtes est parfois en mauvais état. Dans l'Annonce de la venue de la Vierge, près du quart de la composition est effacé. L'Assomption de la Vierge de Georges Lallemant dans la chapelle Sainte-Anne a également souffert.
Gaston Varenne en donne l'explication. En 1901 et 1902, le curé de l'église, sachant qu'un badigeon recouvrait des peintures du XVIIe siècle, profita d'une restauration urgente à une voûte pour la faire gratter tout entière. Heureux d'y découvrir une peinture, il fit procéder au même grattage dans les autres chapelles.
Malheureusement, le curé avait fait appel à des ouvriers peu experts dans cet art. Sans les précautions indispensables, leur travail a altéré les couleurs, voire carrément détruit une partie des fresques. Une délégation municipale en fit le reproche au prélat «qui aurait dû s'adresser au ministère des Beaux-Arts, écrit Varenne, pour avoir. des praticiens spéciaux connaissant la technique des teintes, et leur degré de résistance aux grattages et aux lavages successifs».
Constat toujours valable aujourd'hui : ces peintures sont d'autant plus fragiles que les artistes du XVIIe siècle les ont réalisées à l'huile directement sur la pierre.
On retrouvera la griffe maniériste de Quentin Varin dans son tableau La Présentation de Jésus au temple à l'église Saint-Joseph-des-Carmes (Paris, 6e) et dans son Charles Borromée faisant des aumônes à l'église Saint-Étienne-du-Mont.
Le Musée départemental de l'Oise à Beauvais propose aussi une huile sur toile de Quentin Varin, La Crucifixion, datée de 1612 et réalisée en camaïeu de gris.


Les Anges et le Suaire
Quentin Varin, vers 1620-1624.
Voûte de la chapelle de la Sainte-Famille, détail.

Les légionnaires
Quentin Varin, vers 1620-1624.
Voûte de la chapelle de la Sainte-Famille, détail.

Partie centrale du déambulatoire tournant.
La chapelle de la Communion est véritablement cachée au milieu des piliers.
Si le chœur et la chapelle de la Communion sont entourées de piles cannelées, celles de la rangée médiane sont monocylindriques lisses.

La chapelle du Sacré-Cœur et sa voûte
consacrée à la colombe du Saint-Esprit.

Le Sacré-Cœur
Jules Vibert 1867.
Chapelle du Sacré-Cœur.

Voûte avec la Colombe de l'Esprit-Saint.
Chapelle du Sacré-Cœur.

La chapelle Saint-Martin et son retable.


«««--- Saint Martin partageant son manteau
Ernest Michel, 1873.
Chapelle Saint-Martin.

Le Sacré-Cœur
Statue de Jean Puiforcat
Vers 1950.
Chapelle du Sacré-Cœur.

Partie centrale du déambulatoire tournant et ses chapelles sud.

Saint Martin guérissant un lépreux
Verrebout, fin du XIXe siècle.
Tableau en bas-relief.
Chapelle Saint-Martin.
LE DÉAMBULATOIRE TOURNANT : LES CHAPELLES RAYONNANTES NORD

Tobie et l'ange se mettant en voyage
Gabriel Laviron (1806-1849)
Chapelle Saint-Michel.

Notre-Dame de Pitié
Georges Lallemant (vers 1575-1635), vers 1620.
Chapelle de la Compassion.

Notre-Dame de Pitié (2/2).
---»» En son centre, le Christ mort, descendu de la croix, est dessiné dans une attitude un peu contorsionnée, typique du maniérisme. Il est porté par Jean et par la Vierge.
Au second plan, Joseph d'Arimathie et Nicodème tiennent la couronne d'épines. Face à eux, deux saintes femmes sont en pleurs.
L'élément principal de ce tableau est le regard de la Vierge qui ne paraît ressentir aucune tristesse. Au-delà de la douleur d'une mère, Marie, avec dignité, offre au monde son Fils en sacrifice.
Dans l'iconographie chrétienne de la Contre-Réforme le culte de la Vierge va connaître un fort développement.


Partie nord du déambulatoire tournant et ses chapelles rayonnantes.

Notre-Dame de Pitié (1/2).
C'est l'une des plus importantes toiles de l'église. Le marché qui a attribué à Georges Lallemant la charge des peintures de la chapelle de la Vierge, le 5 juillet 1620, incluait, pour cette même chapelle, un tableau d'autel illustrant une Descente de croix. Cette œuvre (qui est en fait la toile intitulée Notre-Dame de Pitié), a dans un premier temps été attribuée à Sébastien Bourdon. Elle a depuis retrouvé son auteur véritable.
Au pied de la croix, la Vierge regarde le spectateur en exposant son fils.
Au niveau du graphisme, Jean à gauche, Marie-Madeleine à droite et Marie au centre occupent les trois angles d'un triangle aisément discernable et que le bras gauche tendu de Marie aide à définir. Ce triangle est encore accentué par l'utilisation de rose et de rouge pour colorer les vêtements des trois personnages
---»» Suite 2/2 à gauche.


Voûte de la chapelle de la Compassion.
Cette peinture pourrait être attribuée à Georges Lallemant.

Voûte de la chapelle de la Compassion, détail.
Peinture attribuée à Georges Lallemant (?)
Deux anges portent les instruments de la Passion.

«««--- Saint Nicolas apaisant la tempête
Jean-Baptiste Pierre, 1747.
Chapelle de la Compassion.


Le Père Éternel.
Peinture attribuée à Georges Lallemant (?)
Voûte de la chapelle de la Compassion, détail.

La chapelle Sainte-Cécile et son retable.

«««--- Chapelle de la Compassion (à gauche) et chapelle Sainte-Cécile (à droite).
Les chapelles du déambulatoire sont séparées par
des piles monocylindriques à quatre réglets
surmontées de chapiteaux d'inspiration dorique.


La Chute des anges rebelles
Quentin Varin, 1623.
Voûte de la chapelle Sainte-Cécile.

Sainte Cécile
Statue d'Abel Dimier, 1825.
L'instrument de musique qu'elle tenait a disparu.

La Chute des anges rebelles, détail : l'archange Michel.
Quentin Varin, 1623.
Voûte de la chapelle Sainte-Cécile.

La Chute des anges rebelles, détail : l'Humilité et l'Obéissance (Prudence et Espérance)
Quentin Varin, 1623.
Voûte de la chapelle Sainte-Cécile.

La Chute des anges rebelles.
Dans la voûte de la chapelle Sainte-Cécile, Quentin Varin a enrichi le célèbre thème de la Chute des anges rebelles en l'associant à quatre femmes qui incarnent les valeurs opposées aux vices attribués à Lucifer. Ces vices sont la discorde, la malice, l'orgueil et la rébellion. C'est pourqui les femmes assises aux quatre coins de la Chute sont respectivement : la Concorde, la Bonté, l'Humilité et l'Obéissance.
Quand il le pouvait, le peintre a associé ces femmes aux Vertus catholiques (théologales et cardinales), via les attributs traditionnels de ces Vertus. La correspondance s'est faite sur trois femmes. Ainsi la Bonté est une femme qui donne le sein à un agneau. Elle est associée à la Charité (vertu théologale). L'Humilité, qui tient un miroir, est associée à la Prudence (vertu cardinale). Enfin, l'Obéissance tient une ancre de marine. Elle est donc associée à l'Espérance (vertu théologale).
La Concorde n'étant pas associée à une Vertu catholique, avec quels attributs la représenter ? Pour répondre, le peintre a manifestement consulté le traité d'iconologie de Cesare Ripa, paru en 1593 à Rome et qui connut un immense succès en Europe auprès des poètes et des artistes. Une première traduction française eut lieu en 1636, puis une autre en 1643 adressée au chancelier Séguier.
Dans la voûte, la Concorde tient un cœur (ou une pomme de grenade) et un faisceau de verges.
Dans son ouvrage savant, Cesare Ripa décrit la Concorde comme une jeune fille vêtue à l'antique (parce que dans la nature des choses, explique-t-il, il n'y a rien de si ancien qu'elle-même). Sur son sein, elle serre un cœur qui «signifie que les intentions des gens paisibles, ne chancellent jamais, et qu'en leur assiette elles sont inébranlables.»
Quant au faisceau de verges, Ripa le justifie en disant que chaque verge, prise isolément, est faible de foi, mais que, prises ensemble, elles sont «grandement fortes». Il précise : «à raison de quoi Salomon dit qu'un triple Cordon se rompt difficilement, et l'historien Salluste, que par la Concorde, les petites choses s'accroissent, comme au contraire par le discord, les plus grandes s'anéantissent.»
Dans la voûte de Quentin Varin, ce que presse la jeune fille sur son sein (ci-contre) est visiblement une pomme de grenade. Ripa explique pourquoi : comme les grenades sont composées de plusieurs grains attachés ensemble, la Concorde, de la même façon, se forme d'intentions et de volontés unies.


La Chute des anges rebelles, détail.
Quentin Varin, 1623.
Voûte de la chapelle Sainte-Cécile.

Sainte Cécile en prière
Charles Landelle, 1848.
Chapelle Sainte-Cécile.

La Chute des anges rebelles, détail : la Bonté (Charité)
Quentin Varin, 1623.
Voûte de la chapelle Sainte-Cécile.

La Chute des anges rebelles, détail : la Concorde.

Sainte Cécile en prière, détail.
Charles Landelle, 1848.
Chapelle Sainte-Cécile.


Ecce Homo
d'après Jacopo Ligozzi
Chapelle Saint-Roch.

«««--- Saint Roch et l'ange
Claude Saint-Paul (1666-1717)
Chapelle Saint-Roch.
L'ORGUE DE TRIBUNE ET L'ORGUE DE CHŒUR

L'orgue de tribune est un Cliquot du XVIIIe siècle.
Le buffet date des années 1632-1636.

Un ange sur les tourelles de l'orgue de tribune.
Années 1632-1636.

L'orgue de tribune (1/3).
L'ancienneté de l'église est à l'origine d'une succession d'orgues de tribune.
Un premier instrument fut mis en place sur la tribune vers 1570. Vers 1610-1615,, le facteur Paul Maillard fut chargé d'en construire un nouveau et de veiller à son entretien. À cette occasion, un nouveau buffet fut vraisemblablement construit.
L'organiste de cet instrument aurait été Pierre Richard. «Fils d'un tonnelier et déchargeur de vins, Pierre Richard est le premier d'une importante famille d'organistes parisiens du XVIIe siècle», écrit Michel Dargaud dans sa thèse sur l'église en 1975.
L'orgue eut une vie courte. En effet, les chapelles de l'église étaient alors toutes construites ; leurs décorations, achevées. Et la technique de l'orgue s'était perfectionnée. Michel Dargaud le rappelle : les églises rivales comme Saint-Jean-en-Grève, Saint-Jacques-de-la-Boucherie ou Saint-Étienne-du-Mont venaient d'acquérir un instrument neuf. Saint-Nicolas se devait de suivre le mouvement.
---»» Suite 2/3 à gauche.

L'orgue de tribune (2/3).
---»» En 1632, la fabrique sollicita donc le concours du célèbre facteur parisien Crépin Carlier qui, à l'époque, achevait l'orgue de Saint-Jacques. Pour des marguilliers aux finances toujours un peu raides, les tarifs pratiqués par ce professionnel reconnu étaient sans doute trop élevés. Mais Michel Dargaud fait remarquer que la fabrique profita sûrement du fait que «le vieux Crépin Carlier» avait oublié, dans un contexte de dépréciation monétaire, de réajuster ses prix...
Cependant, le facteur d'orgue était surmené. Commandé en 1632 avec une livraison prévue pour 1634, il ne mit en place l'instrument qu'en 1636. Le buffet fut réaménagé par les soins du menuisier Guillaume Noyer que la fabrique avait déjà sollicité pour la chapelle de la Vierge.
De ces travaux datent vraisemblablement le saint Nicolas qui trône sur la tourelle centrale, les grands anges et les aigles qui l'entourent, tout comme les atlantes qui soutiennent les deux tourelles latérales. Le positif est contemporain de cet ensemble.
À la même époque, Jacques Sarrazin sculptait les anges du grand retable du chœur. Michel Dargaud pose donc la question : les menuisiers n'ayant pas, voire jamais, les compétences pour réaliser les sculptures et qu'ils déléguaient ces tâches à des professionnels, pourquoi Sarrazin ne serait-il pas l'auteur des personnages qui ornent le buffet ?
Pierre Richard et deux autres organistes, dont son propre fils, se succédèrent à la tribune. En 1652, Nicolas Gigault prit la place.
En 1666, l'orgue fut nettoyé tandis que François Ducastel devenait organiste. En 1688, l'orgue tombant en ruine, une restauration complète fut entreprise.
«Au XVIIIe siècle, écrit Michel Dargaud, la responsabilité de l'orgue de Saint-Nicolas-des-Champs revint pratiquement à deux seules familles : les Gigault comme organistes, les Clicquot comme facteurs.»
---»» Suite 3/3 plus bas.


Un atlante soutient une tourelle
de l'orgue de tribune.
Années 1632-1636.

Saint Nicolas sur la tourelle centrale de l'orgue de tribune.
Années 1632-1636.

L'entrée centrale de l'église sous la tribune date des années 1774-1775.

Saint Jean l'Évangéliste.
Médaillon sous l'orgue de tribune.
Années 1774-1775.

Saint Nicolas
Médaillon sous l'orgue de tribune.
Années 1774-1775.

L'orgue de tribune (3/3).
---»» Si Robert Cliquot avait été dans un premier temps chargé de l'entretien de l'orgue, c'est avec son fils Louis-Alexandre que les marguilliers passèrent un marché de réparations en 1732.
Trente ans plus tard, le fils de Louis-Alexandre, François-Henri Clicquot, fut chargé d'une remise à neuf de l'instrument. Ce qu'il effectua entre 1765 et 1777. L'augmentation des jeux de l'orgue entraîna l'ajout des deux ailes latérales.
Le marché incluait aussi des modifications du buffet dont l'origine est à dater des années 1632-1636.
Quant à la tribune, elle fut reconstruite dans sa quasi-intégralité en 1774-1775 avec une nouvelle balustrade et une nouvelle entrée d'église au niveau du sol.
Dans cette entrée, quatre pilastres d'ordre ionique encadrent la porte principale et soutiennent un plafond richement orné. Le fronton de cette porte affiche en bas-relief, en plus de la croix, les insignes épiscopaux de saint Nicolas (mitre et crosse). Au-dessus des portes latérales se trouvent les bas-reliefs des deux dédicataires de l'église vus à mi-corps : saint Nicolas et saint Jean l'Évangéliste (donnés ci-dessus).
Vers 1930, le facteur Victor Gonzalez aménagera l'orgue et la modernisera.
Source : thèse de l'école des Chartes de Michel Dargaud, 1975.


Les insignes épiscopaux de saint Nicolas ornent le fronton de l'entrée principale.
Années 1774-1775.

L'orgue de chœur a été onstruit
par John Abbey en 1845.

Les anges sur le couronnement de l'orgue de chœur (1845).

La nef vue depuis le chœur.

Documentation : «Les églises de Paris, Paris et la Seine», Letouzey et Ané, 1933
+ «Les églises flamboyantes de Paris», Agnés Bos, éditions Picard, 2003
«Une capitale flamboyante», Étienne Hamon, éditions Picard, 2011
+ «L'église Saint-Nicolas-des-champs à Paris» de Michel Dargaud, étude historique et archéologique, 1975
+ «Réunion de la Société des Beaux-Arts des départements», article de Gaston Varenne, 1905 (Source gallica.bnf.fr/BnF )
+ «Paris d'église en église», Massin éditeur, 2007
+ «Dictionnaire des églises de France», Robert Laffont, 1966
+ dépliant disponible dans l'église.
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