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Page créée en mai 2026
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À la fin du XIe siècle, au nord de Paris, le prieuré Saint-Martin-des-Champs (rattaché à Cluny) s'étendait sur une partie du 3e arrondissement actuel. Une chapelle réservée aux domestiques du monastère et aux habitants du bourg voisin s'élevait non loin, hors clôture. Au début du XIIIe siècle, cette chapelle, dédicacée à saint Nicolas, fut reconstruite, puis agrandie à la toute fin du XIVe en empiétant sur les jardins du prieuré.
L'édifice possède alors six travées, incluant au sud un clocher érigé au XIVe siècle. Durant l'occupation anglaise, puis sous le règne de Charles VII, des travaux sont menés dans les bas-côtés. Malheureusement, comme Agnès Bos le souligne en 2003 dans son ouvrage Les églises flamboyantes de Paris, les documents d'époque font défaut pour appréhender de façon satisfaisante à la fois leur nature et leur date.
Quoi qu'il en soit, vers 1570, la chapelle est devenue une église de 35 mètres de long avec une vaisseau central bordé, au nord et au sud, d'un double collatéral, lui-même bordé de chapelles.
La population du quartier s'accroissant, l'édifice continue de s'étendre. Cette fois, c'est vers l'est, en s'étalant une nouvelle fois sur les jardins du prieuré : ajout de quatre travées dans le dernier quart du XVIe siècle ; et pour finir, au début du XVIIe, ajout final de deux nouvelles travées et d'un hémicycle avec double déambulatoire tournant et neuf chapelles rayonnantes.
L'église a alors atteint sa taille actuelle. S'élevant sur deux niveaux, elle accuse une impressionnante longueur de 90 mètres, une largeur de 36 mètres sans transept saillant et une hauteur sous voûte de 20 mètres dans œuvre. Vers 1745, la vague antiquisante de l'époque conduit les marguillers à faire canneler toutes les piles qui entourent le chœur. Au second niveau, ces piles reçoivent des chapiteaux ioniques à la retombée des voûtes.
Au XVIIIe siècle, le goût pour l'antique et le rejet du gothique contribuèrent à dégrader l'édifice. Le jubé, dessiné par l'architecte Clément Métezeau et construit en 1638, est supprimé pour être remplacé par une grille de fer forgé. Les peintures murales des voûtes furent badigeonnées et les quelques vitraux historiés, remplacés par du verre blanc bordé de petites figurines (voir plus bas).
À la Révolution, l'église est fermée en 1793, puis rouverte en 1795 pour le culte décadaire. Elle devient alors le temple de l'Hymen ou de la Fidélité. En 1802, elle est rendue au culte catholique.
En 1823, une vaste restauration est entreprise ; les niches vides de la façade ouest reçoivent des sculptures créées par Louis Desprez. Le XIXe siècle va enrichir les chapelles de nombreux tableaux. Au tout début du XXe, des peintures du XVIIe sont découvertes à la voûte de certaines de ces chapelles cachées sous un ancien badigeon.
L'église Saint-Nicolas étonne les visiteurs par sa forêt de piliers et leur variété. C'est là un de ses attraits majeurs de l'édifice et un objet d'étude pour les historiens (largement traité dans cette page). Quant à la voûte du déambulatoire tournant, elle offre un rare spectacle de nervures en triangles que l'amateur d'architecture religieuse ne doit pas manquer. Le visiteur qui préfère les vitraux restera sur sa faim, mais celui qui est passionné par la peinture pourra admirer des œuvres signées par des maîtres de renom (Simon Vouet, Frans II Pourbus, Noël-Nicolas Coypel, Claude Vignon, Georges Lallemant, Noël Hallé).
Les deux pages consacrées à l'église traitent successivement des thèmes suivants :
  - l'aspect extérieur et le vestibule à l'entrée occidentale ;
  - la nef, l'espace clocher, l'espace gothique au sud-ouest, l'espace flamboyant au nord-ouest ;
  - les travées rajoutées à la fin du XVIe siècle et au début du XVIIe et leurs bas-côtés sud et nord ;
  - le chœur et la chapelle de la Communion ;
  - dans le déambulatoire tournant : la chapelle de la Vierge, les chapelles sud et les chapelles nord ;
  - les orgues (tribune et chœur).

L'église Saint-Nicolas-des-Champs vue depuis l'entrée occidentale.
Sa longeur de 90 mètres est coupée par le seul retable Renaissance qui subsiste à Paris.
ASPECT EXTÉRIEUR DE L'ÉGLISE SAINT-NICOLAS-DES-CHAMPS

L'église Saint-Nicolas-des-Champs vue depuis la rue Saint-Martin.

La partie orientale du côté sud et ses baies Renaissance datent du XVIIe siècle.
Certains critiques ont comparé la partie orientale à une façade de marché couvert...

Tympan et archivolte du portail occidental.
L'archivolte a été très remaniée au XIXe siècle.


Le clocher remonte au XIVe siècle.
Il a été rehaussé au XVIIe et très remanié au XIXe.

«««--- Archivolte du portail occidental.
Les anges assis sont du XIXe siècle.


Vue d'ensemble de l'église depuis le sud-ouest.
Avec une longueur de 90 mètres, seul un grand angle permet de saisir la totalité du côté sud.

Partie sud-ouest de l'église Saint-Nicolas.
Elle présente de belles baies flamboyantes et, sur l'extrados de leur
archivolte, des petites sculptures... qui servent de perchoirs aux pigeons.

Détail de la frise de style gothique flamboyant sous la corniche qui sépare le toit des murs goutteraux.
Partie sud-ouest.
Dais sculpté en dentelle de pierre.
Gothique flamboyant.
Fin du XVe-début du XVIe siècle.

Le portail sud, de style Renaissance, date de la période 1576-1586.

Architecture extérieure.
Trois éléments doivent retenir l'attention du visiteur : la façade occidentale, les baies au sud-ouest (récemment restaurées) et le portail Renaissance sur le côté sud.
La façade occidentale. L'historienne Agnès Bos, dans Les églises flamboyantes de Paris, souligne qu'aucun document ancien ne parle de la construction de cette façade, une absence plutôt étonnante. Des comparaisons stylistiques avec le côté sud la portent à dater l'érection de cette façade des dernières années du XVe siècle, voire du tout début du XVIe.
Construite en empiétant de biais (on ne se sait pas pourquoi) sur la rue Saint-Martin, elle se compose d'une partie centrale en gothique flamboyant et de deux corps latéraux qui ferment les bas-côtés et les chapelles.
La photo ci-contre montre que cette façade, très restaurée au cours des siècles, n'est pas la plus belle des églises parisiennes.
La partie centrale (donnée ci-dessous) est enrichie de six statues de Louis Desprez mises en place en 1842.
On y trouve saint Nicolas, sainte Geneviève avec angelot et diablotin sur ses épaules, sainte Cécile, saint Pierre avec sa clé et saint Jean-Baptiste. Ce dernier serait le résultat d'une confusion de l'artiste qui aurait dû sculpter un saint Jean l'Évangéliste, second dédicataire de l'église après saint Nicolas.
Dans l'archivolte, les anges assis sont également du XIXe siècle. Néanmoins, le gothique flamboyant se reconnaît aux multiples sculptures d'animaux, de fleurs et de fruits à la fois dans la voussure externe de l'archivolte et sur l'extrados de l'accolade.
Les baies au sud-ouest. Récemment restaurées, ces baies offrent une jolie ornementation flamboyante, vraisemblablement contemporaine de celle de la façade ouest. Sous une frise qui orne la corniche, elles offrent, elles aussi, sur les rampants de l'extrados de leur archivolte, des petites sculptures d'animaux fantastiques et de fleurs tandis que consoles et dais compensent par leur dentelle de pierre les statues qu'elles ont perdues.
Quant aux deux petits porches extérieurs qui font saillie sur l'élévation sud, ce sont les derniers vestiges des charniers associés à l'église.
Le portail Renaissance. Lui aussi récemment restauré, il se présente maintenant sous son meilleur aspect. Voir le développement plus bas.


Le portail a été enrichi de nouvelles statues de Louis Desprez en 1842.

Saint Jean-Baptiste
Louis Desprez, 1842.

Sainte Cécile
Louis Desprez, 1842.

Sainte Geneviève, détail.
Louis Desprez, 1842.

Sainte Geneviève.
Traditionnellement, dans son iconographie, sainte Geneviève est accompagnée d'un angelot et d'un diablotin.
L'angelot allume le cierge que porte la sainte, tandis le diablotin souffle dessus pour éteindre la flamme.


Saint Nicolas
Louis Desprez, 1842.

Saint Pierre tenant sa clé
Louis Desprez, 1842.

Partie sud-ouest de l'église Saint-Nicolas.
Animaux fantastiques et fleurs sur l'extrados de l'archivolte des baies.
Gothique flamboyant, fin du XVe-début du XVIe siècle.

Vue partielle du côté sud avec le portail Renaissance.

Le portail Renaissance du côté sud.
Il ne faut pas manquer de passer dans la rue Cunin-Gridaine qui longe le côté sud de l'église. C'est là que se trouve un magnifique portail qui date de la campagne de travaux de 1576-1586.
C'est un bel exemple de l'art de la Renaissance à Paris. Le concepteur, qui reste inconnu, s'inspire d'un dessin de Philibert Delorme, publié en 1567, dans son premier tome de l'Architecture.
Encadrée par quatre pilastres cannelés d'ordre composite, la porte en plein cintre présente deux vantaux luxueusement sculptés par l'ébéniste Colo. Dans le couronnement des vantaux, deux anges adorateurs se penchent sur leur prie-Dieu.
Dans les écoinçons de l'archivolte, deux anges souriants tiennent chacun la palme du triomphe. Enfin, dans le fronton du portail, au-dessus d'une frise très travaillée à thème floral, deux anges assis soufflent de la trompette.
D'après les descriptions anciennes, un Père céleste enrichissait ce bel ordonnancement.
Quant aux deux niches vides qui encadrent la porte, elles abritaient jadis les statues de saint Nicolas et de saint Jean l'Évangéliste.
Le portail a été restauré en 2020-2021.


Fronton du portail Renaissance, 1576-1586.

«««--- Vantaux du portail sud, 1576-1586.



Dans le couronnement des vantaux : les anges adorateurs sont penchés sur leur prie-Dieu.
Dans les écoinçons de l'archivolte : les anges porteurs de palme.
LE VESTIBULE DE L'ÉGLISE SAINT-NICOLAS-DES-CHAMPS
En entrant dans l'église, il faut lever la tête dans le vestibule
pour admirer les boiseries du XVIIe siècle. ---»»»


Boiserie à quatre têtes de femmes (plafond du vestibule).

Le vestibule de l'église.
C'est un endroit bien souvent négligé par les visiteurs. Pourtant, il est riche d'une somptueuse boiserie du XVIIe siècle. Dans sa thèse rédigée en 1975, Michel Dargaud voit dans ce vestibule l'un des plus beaux endroits de l'édifice.
Les documents d'époque conservés montrent que le vestibule a été achevé en 1649. Le menuisier choisi par les marguillers était Adrien Le Paultre, déjà en charge du banc d'œuvre (qui a disparu à la Révolution). Il est probable que le sculpteur sur bois Philippe de Buyster, qui avait reçu la responsabilité des figures du banc d'œuvre, ait également été chargé des sculptures de ce vestibule.
Deux grandes consoles en forme de femmes ailées encadrent la porte. Au plafond, autour d'une clé pendante, des visages de femmes sortent des feuillages.
Aux quatre coins de cet espace, des masques d'hommes disposés en culs-de-lampe soutiennent le plancher de la tribune d'orgue.


Le vestibule de l'église Saint-Nicolas-des-Champs.

Console en forme d'ange ailé dans le vestibule.

Masques en cul-de-lampe dans le vestibule.
ASPECT INTÉRIEUR DE L'ÉGLISE SAINT-NICOLAS-DES-CHAMPS

La nef et son élévation nord à deux niveaux.
Une rupture architecturale s'observe après la cinquième travée.
Longueur totale : 90 mètres.
Cliquez ici pour voir le décrochementCliquez ici pour voir l'espace flamboyantCliquez ici pour voir l'espace gothiqueCliquez ici pour voir l'espace clocherCliquez ici pour voir les chapelles sudCliquez ici pour voir les chapelles nord
Plan de l'église Saint-Nicolas-des-Champs.
D'une longueur de 90 mètres, la construction de l'édifice
s'étale sur trois grandes périodes et plus de deux siècles.

Chaire à prêcher.
Fin du XVIIIe siècle, remaniée au XIXe.
Selon la thèse de Michel Dargaud (1975), il y avait à l'origine
un aigle sur l'abat-voix et non pas une croix.

Architecture intérieure (3/3).
---»» Quant aux piles d'entrée des chapelles nord, ce sont les plus complexes de l'édifice, souligne Agnès Bos. L'historienne précise qu'elles possèdent «de multiples colonnettes engagées à bases prismatiques, ainsi qu'une colonne engagée centrale dans les trois dernières chapelles.» De quoi embrouiller encore une variété de piliers déjà bien compliquée...
Au sein des piliers nord de cette partie ouest, on observe des piles monocylindriques lisses, monocylindriques à quatre réglets, monocylindriques à renflements (ou fasciculés simplifiés) et une étonnante pile, unique en son genre dans toute l'église : polygonale à pans droits. C'est le troisième pilier nord qui jouxte le vaisseau central. Il est appelé ici pilier singulier. Pourquoi revêt-il cette forme et pourquoi est-il le seul à être dessiné ainsi ? On ne sait pas.
Sur ces piles de la partie nord-ouest, contrairement à celles de la partie sud-ouest, la retombée d'ogives se fait par pénétration pure sans aucun chapiteau, une caractéristique du flamboyant tardif.
Au nord comme au sud, au-delà de l'espace gothique et de l'espace flamboyant, l'influence de l'extension de l'église vers l'est se fait sentir par la présence de piles cannelées surmontées de chapiteaux doriques assez grossiers.
Cette extension vers l'est s'est faite lors du dernier quart du XVIe siècle en mordant une nouvelle fois sur les jardins du prieuré Saint-Martin.
L'élévation de l'édifice étant partout à deux niveaux, on repère facilement le point de départ de cette extension par trois points très visibles : la rupture de style des arcades (en arc brisé, puis en plein cintre), la différence de leur hauteur et la modification des fenêtres hautes (photo ci-contre). Après la rupture, ces dernières sont moins hautes, mais à quatre baies contre trois auparavant. À l'évidence, l'architecte a voulu conserver la même hauteur sous voûte (vingt mètres).
Sur le plan donné ci-dessus, la rupture se voit aussi dans le tracé des chapelles nord : on observe un décrochement dans l'alignement de ces chapelles. La chapelle Saint-Louis (première chapelle nord de l'extension) est ainsi légèrement plus profonde que celles de l'espace flamboyant.
Ce sont ainsi quatre nouvelles travées qui vont s'ajouter dans le dernier quart du XVIe siècle. Elles seront prolongées, au début du XVIIe, par deux autres travées droites terminées par un hémicycle à trois travées bordé de chapelles rayonnantes. Le style artistique de cet ultime ajout reprend celui des quatre travées du XVIe siècle.
Dans ces extensions, les piles n'adoptent toujours pas de style unique. Il est cannelé autour du chœur (style antiquisant adopté en 1745), monocylindrique à quatre réglets à l'entrée des chapelles et monocylindrique lisse dans la rangée médiane.
Dans la partie tournante du déambulatoire, le tracé des nervures des voûtes en triangles offre un magnifique spectacle. Plusieurs photos en sont données en page 2.


L'abat-son de la chaire à prêcher est orné de têtes d'angelots.
La difficile chronologie
de la partie occidentale
de l'église Saint-Nicolas

Architecture intérieure (1/3).
Dès son entrée dans l'église le visiteur est dérouté par la quantité de piliers (99 au total) et surtout par la variété de leurs formes. Dans la partie occidentale, on en dénombre cinq formes différentes ; vers le chœur, trois subsistent encore.
La variété de ces formes traduit bien sûr un étalement de la construction dans le temps. En fait, du XIVe au XVIIe siècle.
Les sources disponibles montrent clairement un découpage en trois grandes périodes telles qu'elles sont indiquées sur le plan de gauche.
La grande moitié à partir du décrochement jusqu'à la chapelle axiale est assez bien documentée. Bâtie en deux phases à la suite de deux marchés différents que les siècles ont conservés, elle ne retient pas trop l'attention des historiens.
---»» Suite 2/2 ci-dessous.


Chronologie possible de la partie occidentale de l'église Saint-Nicolas.

Architecture intérieure (2/3).
---»» En revanche, la partie occidentale (la plus ancienne de l'église) continue de rendre les spécialistes de l'archéologie médiévale perplexes. Compte tenu du manque de documents d'époque, il est impossible de tracer une chronologie rigoureuse de sa construction. De plus, la présence d'un double bas-côté bordé de chapelles n'en facilite pas la compréhension.
Dans Une Capitale flamboyante, l'historien Étienne Hamon rappelle le constat dressé par tous les médiévistes qui se sont intéressés aux églises de Paris au XVe siècle : «la plupart des églises parisiennes, écrit-il, comprenant des parties flamboyantes paraissent témoigner d'un assemblage par à-coups de phases de construction disparates venues souvent se greffer sur des monuments antérieurs au XVe siècle conservés dans des proportions variables.» L'occupation anglaise de la capitale de 1420 à 1436 ne peut que compliquer les interprétations possibles..
Pour Saint-Nicolas-des-Champs, il faut prendre en compte l'observation des éléments architecturaux, si menus soient-ils, et les analyser en les rapprochant des quelques textes relatifs à des marchés passés entre la fabrique et des maîtres-maçons parisiens.
On distingue ainsi un espace clocher (du XIVe siècle) ainsi que ce qui pourrait être une première église à six travées et simple bas-côté (étape 1 dans le schéma ci-dessus).
Dans son ouvrage Les églises flamboyantes de Paris, Agnès Bos rappelle que, à la fin du XIVe siècle, les marguillers de Saint-Nicolas-des-Champs voulurent agrandir leur édifice. En 1397, un accord fut passé avec le curé de la paroisse pour la construction de trois chapelles au sud de l'église (étape 2). Construction bientôt stoppée par les religieux du prieuré Saint-Martin. Un long procès s'ensuivit.
En 1420, le traité de Troyes est signé ; Paris est occupé par les Anglais. Dans sa longue thèse de 1975 sur l'église, Michel Dargaud nous apprend que le curé de Saint-Nicolas, Jean Beaurégout, jura en 1429 devant le Parlement l'exécution du traité, ce qui ne put que lui valoir la sympathie des Anglais. Et auparavant ? Il est probable que l'atmosphère de la paroisse était anglophile. Cela a-t-il accéléré la résolution du procès ?
Toujours est-il qu'un acord fut trouvé dès janvier 1421 : droit fut donné de poursuivre la rangée de chapelles au sud. Plus contraignant encore pour les moines du prieuré : droit supplémentaire fut octroyé aux marguillers d'étendre l'édifice vers le nord !
Malheureusement, pour les travaux entrepris au XVe siècle après 1421, aucun document ne subsiste. Faut-il en déduire que rien n'a été construit ? Le silence des sources ne vaut pas preuve. Agnès Bos souligne qu'en 1502, les marguillers cherchèrent de l'argent. Ils autorisèrent «des sonneurs et des clercs de l'église à célébrer une messe de requiem dans la chapelle de l'Annonciation, écrit-elle, et à quêter au cours de celle-ci, à condition de leur reverser la moitié des bénéfices ainsi obtenus.» Un texte de 1490 montre que les chapelles méridionales étaient à cette époque, en travaux, voire presque achevées.
Dans le même temps, le bas-côté nord (appelé ici l'espace flamboyant) était aussi en construction, avec au moins une chapelle déjà attribuée, mais pas achevée en 1501. Enfin, un texte de 1541, attribuant un important marché au maçon Jean de Froncières, dresse la liste des travaux à réaliser dans la nef et toute la partie nord. À cette occasion, Jean de Froncières a-t-il refait la voûte du vaisseau central ? C'est une question qui n'a pas de réponse.
Conséquence : pour l'historien, la date et la nature des agrandissements et modifications de la partie ouest de l'église au XVe siècle et lors de la première moitié du XVIe demeurent opaques.
Dans quel ordre les travaux ont-ils été exécutés ? Une comparaison des piles et des retombées d'ogives montre que le bas-côté et ses chapelles au sud sont antérieurs au bas-côté et aux chapelles du nord.
C'est pourquoi on pourrait avancer l'agencement qui suit. En guise d'étape 3, la transformation des chapelles sud en second collatéral, avec érection d'une nouvelle rangée de chapelles. En étape 4, une érection de chapelles le long du collatéral nord de l'église «primitive». En étape 5, la «translation» de ces chapelles vers le nord : comme au sud, les chapelles sont transformées en second collatéral qui est, à son tour, bordé d'une nouvelle rangée de chapelles.
Cette étape 5 amène une question soulevée par Agnès Bos : pourquoi aurait-on détruit une rangée de chapelles construites, peut-être cinquante ans plus tôt, pour «déplacer» le mur gouttereau vers le nord ? N'y avait-il pas mieux à faire pour dépenser des fonds sans doute difficilement recueillis ? Ou voulait-on absolument assurer la symétrie entre les bas-côtés nord et le sud ? Le mystère reste entier.
Pour terminer cette succession possible de travaux, on peut placer, en étape 6, le bâti de la façade flamboyante à l'ouest, empiétant de biais sur la rue Saint-Martin.
Qu'en est-il de la multiplicité des piliers et de leur forme ?
Au sud, dans l'espace gothique, ils sont fasciculés sauf ceux qui bordent le vaisseau central où ils adoptent une forme très particulière qu'on ne retrouve pas ailleurs dans l'édifice : ils sont monocylindriques et portent de fines nervures venant se fondre dans la masse.
Dans le bas-côté nord, la forme des piles est très diversifiée : la rangée qui sépare les deux collatéraux offre une magnifique suite de piles ondulées, vraisemblablement mise en place par Jean de Froncières dans la première moitié du XVIe siècle.
---»» Suite 3/3 à gauche.


Après la cinquième travée de la nef, l'église a été prolongée vers l'est lors du dernier quart du XVIe siècle.
Le style artistique change et adopte les critères de la Renaissance : arcades en plein cintre et
chapiteaux «doriques» au premier niveau, chapiteaux ioniques au second..
LE CHEMIN DE CROIX
DE JEAN-PAUL FROIDEVAUX

Station III : Jésus tombe sous le poids de la croix.

Station VIII : Jésus console les filles de Jérusalem.

Station XIV : Jésus est mis dans le sépulcre.
«««--- Le bas-côté nord et le décrochement
des chapelles latérales.
Les chapelles construites à partir de la fin du
XVIe siècle «débordent» un peu sur le collatéral.

Les fonts baptismaux, de 1648, sont en marbre.

Le chemin de croix.
Ce chemin de croix, réalisé en 2002, est dû à l'artiste et maître verrier Jean-Paul Froidevaux.
Ce sont des émaux, champlevés et cloisonnés, réalisés sur du cuivre doré à l'or fin.
L'artiste a centré son œuvre sur le thème du buisson ardent, d'où la présence de couleurs vives, à dominante rouge ou orange. Trois sont donnés ci-contre.
Spécialisé dans l'art sacré, Jean-Paul Froidevaux a également créé l'autel en cuivre émaillé de l'église Saint-Pierre de Montmartre à Paris.


La voûte de la nef est parfaitement homogène.
Celle de la partie ouest a-t-elle été refaite au XVIe siècle ?

Pourquoi un bas-côté à deux collatéraux ?
Selon l'hypothèse la plus plausible, les bas-côtés n'avaient à l'origine qu'un seul collatéral. Puis, au nord comme au sud, ce collatéral a été doublé. Pourquoi créer ainsi plus d'espace dans les bas-côtés en «déportant» les chapelles latérales ?
C'est là le résultat de la pression des paroissiens sur les chanoines du chapitre. Avant leur mort, les paroissiens créent des chapellenies pour le repos de leur âme. À cet effet, leur testament inclut l'attribution d'un revenu ou d'une rente à verser à un desservant (le chapelain) qui devra donner par an, par mois ou par semaine un nombre précis de messes : c'est la chapellenie. Encore faut-il un lieu pour dire ces messes privées !
D'où l'existence des chapelles latérales (avec autel et nécessaires pour la messe) et - on l'oublie souvent - des chapelles de pilier. Bien que ces dernières aient toutes disparu, il faut les imaginer sous la forme d'un autel adossé au pilier, souvent surmonté d'un tableau, voire d'un triptyque comme dans l'extrait de tableau donné ci-contre.
Bien sûr, le propriétaire de cet espace devait s'acquitter d'un «droit» à la fabrique. À Dole dans le Jura, la construction de l'église Notre-Dame, au début du XVIe siècle, a été financée de cette manière : les chapelles latérales (ou d'enceinte) et les chapelles de pilier ont été achetées sur plan par les paroissiens. Un promoteur actuel qui lance la construction d'une résidence et en vend les logements sur plan agit de la même façon.
Une huile sur toile, inspirée de la cathédrale d'Anvers, du peintre Hendrik II van Steenwick (1580-1649), exposée au musée Lambinet à Versailles, en donne un bon exemple. Ce peintre a composé, sur le même sujet, une autre toile très similaire, visible au musée des Beaux-Arts de Cambrai.
La recherche du salut se traduit donc par la multiplication des chapellenies. Doubler le collatéral permet ainsi de créer une suite de chapelles de pilier et de satisfaire la volonté des défunts.
On aboutit de la sorte à un problème bien connu des historiens de l'art religieux flamboyant à Paris : la cohabitation des fabriques paroissiales et des collèges de chanoines, notamment au niveau monumental. Dans son ouvrage Une capitale flamboyante (Picard, 2011), Étienne Hamon parle ainsi du déséquilibre du plan de certaines églises par «hypertrophie des collatéraux de la nef abritant le service paroissial». Par service paroissial, il faut bien sûr comprendre les services et les messes assurés aux paroissiens, souvent à leur demande.
L'historien précise que, dans les années 1500, les chantiers dans les églises parisiennes ont souvent permis «de faire bouger les lignes de partage en faveur des paroissiens».
Les églises parisiennes de Saint-Séverin et de Saint-Germain-l'Auxerrois répondent à ce schéma de double collatéral voulu comme une extension de la nef au nord et au sud.


Intérieur d'église, détail : suite de chapelles de pilier.
Huile sur toile de Hendrik II van Steenwick (1580-1649)
VERSAILLES, MUSÉE LAMBINET
«L'ESPACE CLOCHER»

Partie sud-ouest de l'église.
L'espace clocher est fermé au public.

L'espace clocher, dont l'accès est barré, a été transformé en
remise par la paroisse. Le clocher est soutenu par deux piliers massifs
(l'un est au centre de la photo, l'autre à l'arrière).

«««--- Retombée d'ogive et chapiteau à thème végétal.
XIVe siècle

Le trou de corde dans l'espace clocher.
Les nervures des retombées d'ogives sont semblables
à celles des retombées d'ogives du bas-côté sud.

L'espace clocher.
Devenu remise par la volonté la paroisse, cet espace est fermé aux visiteurs. Dans les années 2010, on pouvait encore y accéder.
En 1975, dans sa thèse de l'École des Chartes, Michel Dargaud, documents à l'appui, fait remonter le clocher au XIVe siècle, ce que confirme Agnès Bos dans Les églises flamboyantes de Paris (Picard, 2003).
Michel Dargaud situe ce clocher hors œuvre (c'est-à-dire. séparé de l'édifice) comme c'était souvent le cas à l'époque (ainsi à Saint-Laurent et à Saint-Gervais).
Au vu de l'épaisseur des piles qui le soutiennent, le clocher était vraisemblablement accolé au bas-côté sud, à une époque où l'église ne contenait que six travées (sans la façade ouest actuelle datée du XVe siècle).
L'espace clocher remonte donc au XIVe siècle, d'où l'intérêt que l'on peut porter aux chapiteaux et aux consoles, d'ailleurs bien dégradés.


L'espace clocher est maintenant une remise.

Retombées d'ogive dans l'espace clocher.

Chapiteau et consoles du XIVe siècle
dans l'espace clocher.
«L'ESPACE GOTHIQUE» (BAS-CÔTÉ SUD-OUEST)

L'espace gothique dans le bas-côté sud.

L'espace gothique s'étale sur la partie ouest des deux collatéraux du bas-côté sud.
Au XVe siècle, le second collatéral (ou collatéral extérieur) abritait les chapelles latérales.
Deux chapiteaux gothiques
à l'entrée des chapelles du bas-côté sud.
XVe siècle.

Chapiteaux gothiques.
Dans l'espace gothique, le visiteur curieux remarquera quelques beaux chapiteaux à l'entrée des chapelles latérales. Au XVe siècle, ces chapelles n'existaient pas et ces chapiteaux ornaient les piliers des murs gouttereaux du côté sud.
Après la construction des chapelles actuelles, ces piliers se sont retrouvés en bordure du second collatéral, à l'entrée des nouvelles chapelles.


Retombée des voûtes ogivales avec petits chapiteaux gothiques.

Second collatéral de l'espace gothique
avec vue vers l'espace clocher.

La Cène
École française, XVIIe siècle.
Chapelle des Agonisants.

Les vitraux de l'église (2/2).
---»» Faisant remarquer qu'à Saint-Étienne-du-Mont les paroissiens de cette époque optaient toujours pour les grandes verrières historiées (que nous regardons aujourd'hui comme des chefs-d'œuvre), Michel Dargaud écrit que, dès 1586, le curé de Saint-Nicolas-des-Champs et ses ouailles ne demandaient «qu'une verrière de verre blanc de Lorraine, à bordure de couleur jaune et truffée de fruictz et d'armes
On peut voir encore ces vitraux à bordures dans les douze baies des chapelles latérales les plus récentes (bâties aux XVIe et XVIIe), mais ils sont de qualité très inégale.
Michel Dargaud souligne en effet leur désordre complet. «Elles sont composées, précise-t-il, de pièces et de morceaux, présentent peu de suite ; par exemple, les têtes y sont renversées, les quelques inscriptions existantes interrompues et dispersées, les motifs différents superposés sans lien apparent.»
On ne peut que confirmer son analyse : les bordures des deux grandes verrières du transept de l'église Saint-Germain-des-Prés sont d'une bien meilleure qualité.
Comme la chapelle Saint-Joseph, la chapelle de la Vierge présente des vitraux du XIXe siècle sans grand intérêt. Au sein de volutes complexes, ils affichent les symboles des litanies de la Vierge.

L'ESPACE GOTHIQUE.
C'est ainsi qu'on pourrait nommer l'espace du bas-côté sud dans sa partie occidentale (après l'espace clocher et avant les quatre travées ajoutées vers l'est à la fin du XVIe siècle). Malgré la difficulté à établir une chronologie claire de la construction de la nef et des bas-côtés, cet endroit reste le plus ancien de l'édifice qui soit accessible aux visiteurs. On peut le faire remonter aux XIVe et XVe siècles (voir plan ci-contre).
Les piles sont fasciculées. Les nervures des voûtes sont en boudin et retombent sur des petits chapiteaux à motifs végétaux. Sur les piles séparant les deux collatéraux, ces chapiteaux se trouvent plus bas dans le collatéral intérieur que dans celui de l'extérieur. Les bases des piles sont à gorges et scoties.
Les piles d'entrée des chapelles sont ornées de chapiteaux historiés qui attirent l'attention. De style flamboyant; ils décoraient, à l'origine, les piles le long des murs gouttereaux des chapelles construites à l'étape 2. L'étape 3 les a «déplacés» au niveau de l'entrée des chapelles actuelles.
Que s'est-il passé dans la nef lors des travaux du maçon Jean de Froncières à partir de 1541 ?
Il n'est pas possible de répondre de façon satisfaisante à cette question. Cependant, on constate que les piles bordant le vaisseau central (hormis celle qui est le plus à l'ouest) ne sont plus fasciculées, mais monocylindriques avec de fines nervures qui se fondent dans la masse du pilier. Ces fines nervures sont une caractéristique du gothique tardif, un peu à l'image des piles de l'espace flamboyant (bas-côté nord-ouest).
On peut dès lors poser la question : le maître-maçon, s'il a reconstruit la voûte, en a-t-il profité pour changer les piliers à l'exception de celui qui se trouvait trop proche du clocher pour ne pas mettre l'édifice en péril ?
Dans le denier quart du XVIe siècle, les marguillers firent ajouter quatre nouvelles travées vers l'est bâties dans le style Renaissance. Voir plus bas.


L'espace gothique et trois de ses quatre chapelles latérales.
Tout à droite de la photo, la pile est monocylindriaque à fines nervures.
À l'arrière-plan, l'espace clocher du XIVe siècle transformé en remise par la paroisse.

Chapelle Saint-Joseph
dans le bas-côté sud.
Elle est éclairée par le seul vitrail historié de l'église.


«««--- Piles monocylindriques
à fines nervures
dans l'espace gothique.

Les vitraux de l'église (1/2).
Les vitraux sont le parent pauvre de l'ornementation de l'édifice. En fait, il n'y a qu'un seul vitrail historié au sens où on l'entend actuellement : celui de la chapelle Saint-Joseph (donné ci-dessous).
Il est à l'évidence du XIXe siècle, mais l'atelier n'en est pas connu.
Historiquement, on sait qu'il y avait des verrières figurées au XVIe siècle. Les documents d'époque retrouvés par Michel Dargaud pour sa thèse de 1975 en font foi. Les baies de l'abside ont accueilli, dans les années 1550 et 1560, des vitraux illustrant des épisodes de la vie du Christ (Nativité, Jésus au jardin des Oliviers, Crucifixion). Selon Michel Dargaud, le cartonnier pourrait être Jacques Aubry (qui mourut avant d'avoir réalisé le travail). Un dénommé Simon Carré prit le relais. Ces vitraux ont disparu.
Dès la fin du XVIe siècle, les paroissiens ont privilégié les vitraux à la mode : du verre blanc encadré d'une bordure colorée, riche de multiples motifs : fleurs, fruits, instruments divers, visages, sans oublier parfois les armoiries des donateurs. Plusieurs exemples sont donnés ici.
Ces vitraux présentaient un triple avantage : ils répondaient à l'exigence de lumière, ils étaient faits rapidement et, évidemment, coûtaient moins cher que les verrières de type Renaissance qui logeaient d'imposantes scènes peintes sur tout leur espace.
---»» Suite 2/2 plus bas.


Exemple de bordures dans le vitrail d'une chapelle.
Fin du XVIe siècle - début du XVIIe siècle.

Scènes de la Vie de la Vierge, XIXe siècle.
Unique vitrail historié de l'église.
Chapelle Saint-Joseph.

Le Sacre de saint Augustin
Hilaire d'Olivet, XVIIe siècle.
Chapelle Sainte-Thérèse.

Bordures colorées à motifs divers sur des vitraux de la fin du XVIe siècle ou du début du XVIIe siècle.

Jésus agonisant au jardin des Oliviers
Georges Rouget, 1824.
Chapelle du Purgatoire.

Les chapelles latérales de l'espace gothique sont séparées par des piles surmontées de chapiteaux à thème végétal.
Ici, les piles d'entrée des chapelles paraissent ondulées. Ont-elles été érigées en même temps que
les piles qui séparent les deux collatéraux du bas-côté nord ?

Exemple de bordures dans le vitrail d'une chapelle.
Fin du XVIe siècle - début du XVIIe siècle.

La Sainte Famille
Xavier-Alexandre Monchablon, 1871.
Chapelle Saint-Joseph.

Jésus portant sa croix
Amable-Paul Coutan, 1827.
Chapelle des Agonisants.

La Sainte Famille, détail. ---»»»
Xavier-Alexandre Monchablon, 1871.
Chapelle Saint-Joseph.
Une larme coule sur la joue de la Vierge.

La Sainte Famille.
Cette toile du peintre Monchablon est un peu étrange. Nul doute que c'est l'Enfant-Jésus qui est porté en gloire par deux anges. Selon les canons de l'iconographie de l'époque, l'Enfant est peint avec une musculature d'adulte.
Au premier plan, la Vierge en adoration regarde son Fils. Elle est consciente de la destinée qui l'attend parmi les hommes. Aussi le peintre a-t-il dessiné une larme sur sa joue gauche (photo ci-dessous). En face d'elle, un couple et son enfant sont représentés complètement assoupis. À l'évidence, ce sont les parents du jeune Jean-Baptiste : Élisabeth et Zacharie.
Le peintre utilise une tendance iconographique de l'époque qui veut opposer l'Enfant éveillé, déjà conscient de sa mission rédemptrice, au Précurseur, somnolant et encore étranger au destin qui l'attend.


Statue de sainte Rita
Pascal Boureille, XXe siècle

Exemple de bordures sur un vitrail.
Fin du XVIe siècle - début du XVIIe siècle.

La Mort de saint Joseph.
Vitrail des scènes de la Vie de la Vierge.
Atelier inconnu, XIXe siècle.

La Sainte Famille.
Vitrail des scènes de la Vie de la Vierge.
Atelier inconnu, XIXe siècle.
«««--- L'Ascension
Claude Vignon, 1650.
«L'ESPACE FLAMBOYANT» (BAS-CÔTÉ NORD-OUEST)

L'espace flamboyant et ses chapelles.

L'ESPACE FLAMBOYANT dans le bas-côté nord.
Au premier plan, le seul pilier polygonal à pans droits de l'église, appelé ici pilier singulier.

L'ESPACE FLAMBOYANT.
Pour Yvan Christ, membre de la commission du Vieux Paris, l'ensemble de l'église Saint-Nicolas est «d'une indéniable monotonie, et les parties les plus anciennes relèvent d'une esthétique flamboyante très conventionnelle, dépourvue de saveur et d'invention» (Dictionnaire des églises de France, Robert Laffont 1966). Son avis, bien sévère, oublie que les parties anciennes suscitent l'intérêt et la curiosité du visiteur par l'étrange variété de leurs éléments dont l'origine, d'ailleurs, reste bien souvent opaque.
Ainsi variété des piles, variété des chapiteaux, variété des socles, variété des retombées d'ogives, tout concourt à rendre perplexe l'observateur curieux. Pourquoi ? Quand ? Par qui ? Dans quel contexte ? Et voilà les questions qui s'enchaînent. On est très loin d'une quelconque monotonie !
Dans le bas-côté nord-ouest, l'espace flamboyant est de loin le plus attrayant. Dans sa thèse de 1975, Michel Dargaud voyait dans la suite des cinq piles ondulées, au milieu de ce bas-côté, «la partie la plus réussie de l'église flamboyante». Il est vrai que le profil de ces piles est particulièrement heureux.
Jusqu'au décrochement qui marque la rupture de styles de la fin du XVIe siècle, les piles qui bordent le vaisseau central sont à faibles renflements (ou fasciculées simplifiées). Elles offrent un intéressant contraste avec les piles ondulées. Dans cette suite de piles le long du vaisseau central, le pilier singulier se remarque à peine. Avec son profil polygonal à pans droits, il représente une vraie curiosité architecturale et une énigme pour les archéologues médiévistes.
Conformément à l'usage du flamboyant tardif, les retombées d'ogives présentent une élégante pénétration dans les piles.
Dans les arcades qui bordent le vaisseau central, les moulures concaves séparées par des tores étroits et qui pénètrent sans chapiteau dans une pile monocylindrique lisse font croire à un creux dans l’épaisseur de la pierre. L'effet visuel, renforcé par le jeu des lumières et des ombres, en est agréable à l'œil.
En déambulant dans l'espace flamboyant, le visiteur remarquera une différence dans la hauteur sous voûte. En effet, en passant du collatéral intérieur aux chapelles latérales, la voûte s'élève un peu à chaque fois. L'historien Roland Sanfaçon y voyait une solution apportée par les constructeurs à la recherche de lumière. «Pour résoudre les problèmes d'éclairage, écrit-il, on imagina de surélever progressivement en trois étapes les voûtes entre les grandes arcades et les chapelles latérales. On créait ainsi un intérieur à la fois dynamique et mystérieusement éclairé.» Idée de bon sens, mais qu'aucune source ne vient confirmer.
Dans la lutte contre la «monotonie», on remarquera la voûte à liernes et tiercerons de la troisième chapelle nord, unique voûte de ce genre dans les chapelles latérales.
Notons enfin que l'espace flamboyant commence, à l'ouest, par la chapelle des Catéchismes, un vaste espace qui n'est accessible que lors des visites guidées organisées par la paroisse. On peut y découvrir la grande toile réalisée par Noël Hallé en 1775, Jésus et les petits enfants.


La Vierge et l'Enfant Jésus entourés de saints
Amico Aspertini (vers 1474-1552).
Chapelle Saint-Antoine-de-Padoue.

Variété des piliers dans l'espace flamboyant et les travées ajoutées dans le dernier quart du XVIe siècle.

Chapelle du Calvaire.
Bas-côté nord.

La voûte du premier collatéral du bas-côté nord.
Les retombées possèdent des nervures prismatiques adoucies.

Saint Antoine de Padoue et l'Enfant.
Chapelle nord Saint-Antoine de Padoue.

Une suite de piliers ondulés sépare les deux collatéraux dans l'espace flamboyant.
C'est l'une des plus jolies vues de l'intérieur de l'église Saint-Nicolas.

La chapelle des Catéchismes, à l'arrière-plan, n'est visible que
lors des visites guidées organisées par la paroisse.

Jésus et les petits enfants
Noël Hallé, 1775.
Chapelle des Catéchismes.

Le pilier singulier : le seul pilier polygonal à pans droits de toute l'église.

Unique chapelle avec une voûte ogivale à liernes et tiercerons dans l'église.
Christophe des Vignes, à qui fut concédée cette chapelle,
a-t-il exigé cette sophistication dans la voûte ?

Le retable de la chapelle des Catéchismes.

Dans le bas-côté nord, l'espace flamboyant s'étale sur deux collatéraux et cinq travées.
LES TRAVÉES DE LA FIN DU XVIe SIÈCLE ET CELLES DU XVIIe SIÈCLE

Ces six travées qui s'inscrivent dans la nef et le chœur
ne posent pas de problème de datation aux historiens.
Les deux premières prolongent la nef. Les quatre autres intègrent le chœur et le déambulatoire rectiligne.


Les travées rajoutées à la fin du XVIe et au XVIIe siècle et le choix d'un style antiquisant.

À la fin du XVIe siècle, les marguilliers, usant de leur droit d'étendre l'église vers l'est, firent ajouter quatre travées.
Les deux premières s'intègrent dans la nef et les bas-côtés nord et sud comme indiqué sur le plan ci-contre. Les deux suivantes font partie du chœur (les stalles s'y trouvent) et du déambulatoire qui circule autour du chœur jusqu'à la chapelle de la Vierge.
Les maîtres-maçons en charge des quatre travées vers 1575-1590 ne sont pas connus. En revanche, les travaux des deux travées suivantes et de l'hémicycle ont laissé des documents précis. En 1936, Maurice Dumolin écrit dans Les églises de France, Paris et la Seine : «Les dimensions et la décoration des piles, des murs, des voûtes, des fenêtres seraient les mêmes que dans les travées déjà faites suivant les plans remis aux entrepreneurs et dont l'auteur n'est pas indiqué.»
De la sorte, aucune rupture stylistique ne peut être observée, contrairement à la rupture de styles qui frappe l'édifice au niveau du décrochement. C'est à partir de ce décrochement qu'on peut observer une certaine monotonie, comme le relevait Yvan Christ en 1966 dans Le dictionnaire des églises de France.
L'uniformité s'installe. La variété des piles se réduit. Seuls trois types subsistent : monocylindrique cannelé autour du chœur (cannelures réalisées en 1745), monocylindrique à quatre réglets à l'entrée des chapelles (y compris dans le déambulatoire tournant) et monocylindrique lisse dans la rangée médiane.
Pour se rapprocher du style antique, les architectes ont opté, au premier niveau, pour des chapiteaux d'inspiration dorique, néanmoins, assez grossiers. Au niveau des hautes fenêtres, les chapiteaux sont d'inspiration ionique.
Conformément à l'art Renaissance, toutes les nouvelles chapelles qui bordent les travées sont voûtées en berceau, parfois peint.

LES SIX TRAVÉES DES XVIe et XVIIe SIÈCLES : LES CHAPELLES SUD

Dans la nef, à la rupture des styles, la retombée des voûtes se fait en pénétration dans l'espace flamboyant.
Dans la partie antiquisante, elle se fait sur un chapiteau ionique. Ici, le côté nord.

«««--- Sainte Geneviève gardant ses moutons
Étienne Jeaurat (1699-1789)
Chapelle Sainte-Geneviève dans le bas-côté sud.

Les piles du déambulatoire sud jouxtant le chœur ont été cannelées en 1745.
Les piles centrales sont monocylindriques lisses terminées par un chapiteau d'inspiration dorique.

L'Assomption de la Vierge par Georges Lalllemant..
Chapelle Sainte-Anne.
Passez la souris sur l'image pour voir la voûte avant la restauration.

L'Assomption de la Vierge par Georges Lalllemant.
À l'origine dédiée à la Vierge, la chapelle Sainte-Anne avait été concédée à la famille de Vic. Marie y était bien sûr à l'honneur avec une grande toile de Frans II Pourbus et une voûte, peinte par Georges Lallemant, illustrant l'Assomption (ci-dessous), l'Annonciation et l'Apparition de Jésus ressuscité à sa mère.
La peinture sur la voûte a été restaurée à plusieurs reprises au prix d'une perte partielle.
Dans la voûte entière donnée ci-dessus, on voit à gauche le Christ apparaissant à sa mère. Il figure entre les évangélistes Jean et Marc. À droite, Lallemant a peint une Annonciation entre Matthieu et Luc, mais les restaurateurs ont sacrifié deux des trois panneaux. Passez la souris sur l'image pour voir la voûte avant la dernière restauration.
Le style de Lallemant est celui du maniérisme tardif qui s'exprime en France à l'époque du roi Henri IV. On constate chez ce peintre, qui se rattache la seconde école de Fontainebleau, des effets de perspective intéressants, notamment dans l'Assomption ci-dessous, ainsi qu'un goût marqué pour les musculatures puissantes. On les voit sur les évangélistes et surtout sur le Christ qui apparaît à sa mère.
En 1817, on plaça une statue de sainte Anne dans la chapelle. La dédicace fut modifiée en conséquence.


L'Assomption de la Vierge, détail.
Georges Lalllemant
Chapelle Sainte-Anne.

L'Assomption de la Vierge, détail.
Georges Lalllemant
Jésus ressuscité apparaissant à sa mère. La scène est entourée des deux évangélistes Jean et Marc.
Chapelle Sainte-Anne.

Sainte Anne et la Vierge.
Groupe sculpté.
Chapelle Sainte-Anne.

La Vierge de la famille de Vic
François II Pourbus(1569-1622), 1617.
Chapelle Sainte-Anne.

La Circoncision
Louis Finson (1580-1617).
Chapelle des Saintes-Reliques.

La Vierge de la famille de Vic, détail.
François II Pourbus, 1617.
Chapelle Sainte-Anne.

Chapelle Sainte-Anne et sa voûte peinte.

Le Baptême du Christ
Gaudenzio Ferrari (1484-1546).
Chapelle Saint-Nicolas.

Saint Nicolas ressuscitant des enfants
Édouard-Charles Brongniart
Chapelle Saint-Nicolas, XIXe siècle.

La Conversion de saint Paul
d'après Le Dominiquin.
Chapelle des Saintes-Reliques.

La Vierge de la famille de Vic.
En déambulant dans les bas-côtés de l'église, le visiteur devra impérativement s'arrêter devant la chapelle Sainte-Anne. C'est là qu'est exposé un important tableau relatif à l'Histoire de France, la Vierge de la famille de Vic, une œuvre de 3,6 mètres de haut réalisée par le peintre flamand Frans II Pourbus, datée de 1617.
Dominant la scène, la Vierge tient sur ses genoux l'Enfant bénissant. En bas, au premier plan, un roi répond à son geste rappelant par là qu'il est l'oint de Dieu Ce roi, qui ne regarde pas la Vierge, mais le spectateur, veut attirer l'attention à lui.
Dans Trésors des églises parisiennes, Bertrand Dumas le présente comme étant Robert II le Pieux, fils d'Hugues Capet. L'Histoire a gardé de ce roi, comme d'ailleurs de Louis XI, l'image d'un souverain ayant manifesté une dévotion toute particulière à la Vierge
Pour d'autres commentateurs, il s'agit plus simplement de Charlemagne.
Mais l'essentiel de la peinture n'est pas là. Le point important est que le roi présente les regalia, c'est-à-dire les insignes royaux portés par le souverain lors de son sacre à Reims.
Étant un proche de Marie de Médicis, Frans II Pourbus a sûrement eu l'occasion de voir ces insignes de près. Aussi le goût du détail du peintre a-t-il pu s'épanouir.
Tous les regalia sont représentés avec une précision qui soulève l'attention des historiens : l'impressionnante couronne de saint Louis (détruite à la Révolution et qui contenait une épine de la couronne du Christ), les éperons d'or, le sceptre d'or, dit sceptre de Charles V, et Joyeuse, l'épée du sacre que le roi porte au côté gauche dans son fourreau.
On peut leur ajouter le manteau fleurdelisé doublé d'hermine et son agrafe, ainsi que les chausses également fleurdelisées.
Notons que Joyeuse a été décrite pour la première fois dans un texte de 1271 et que l'épée, le sceptre et les éperons sont conservés au musée du Louvre..
Le tableau a été commandé en 1617 par Merry de Vic, ambassadeur et garde des Sceaux, pour orner la chapelle familiale qu'on lui avait attribuée à Saint-Nicolas-des-Champs (actuellement chapelle Sainte-Anne). La chapelle fut dédiée à la Vierge et à son frère décédé Dominique I de Vic.
Les frères Merry et Dominique sont représentés sur les bords du tableau, à droite et à gauche, regardant la Vierge et l'Enfant.
Merry est à droite, en manteau noir et col blanc, à côté de saint Victor qui tient une lance.
À gauche, Dominique de Vic porte un manteau rouge où le peintre a représenté les armoiries de sa famille. Devant lui se tient debout saint Dominique en habit de son ordre. Et au premier plan, le prélat agenouillé serait, sans certitude, saint Anselme.
Sources : 1) Trésors des églises parisiennes de Bertrand Dumas, éditions Parigramme ; 2) notice affichée dans l'église.


La Vierge de la famille de Vic, détail.
François II Pourbus, 1617.
Chapelle Sainte-Anne.

Sainte Geneviève bénie par saint Germain, détail.
Joseph-Nicolas Jouy 1845.
Tableau offert par la ville de Paris en 1846.

L'Assomption de la Vierge, détail.
Georges Lalllemant
Jésus ressuscité apparaissant à sa mère.
LES SIX TRAVÉES DES XVIe et XVIIe SIÉCLES : LES CHAPELLES NORD

Bas-côté nord : les piles ondulées de l'âge flamboyant
laissent la place aux piles monocylindriques lisses.

Saint Louis distribuant des aumônes
Tableau attribué à Jacques Stella.
Chapelle Saint-Louis dans le bas-côté nord.

Chapelle Saint-Étienne et son retable
dans le bas-côté nord.

Saint Étienne portant secours à une famille pauvre
Léon Cogniet, 1827.
Chapelle Saint-Étienne.

Saint Étienne allant au martyre
Jules Quantin, 1831
Chapelle Saint-Étienne.

Le second collatéral nord et sa suite de chapelles.
Au premier plan : chapelle Saint-Louis et chapelle Saint-Étienne.
Les piles d'entrée des chapelles sont monocylindiques à quatre réglets.

Chapelle Saint-Jean-l'Évangéliste et son retable.

Saint Jean à Patmos
Philippe-Auguste Jeanron, 1866.
Chapelle Saint-Jean-l'Évangéliste.

Saint Bruno refusant les offrandes du comte Roger
Jean-Paul Laurens (1838-1921), 1874.
Chapelle Saint-Bruno.
Préférant l'humilité et la pauvreté, saint Bruno refuse
les richesses offertes par le comte Roger de Sicile.

Chapelle Saint-Vincent-de-Paul et Louise-de-Marillac
et le triptyque de la Passion.

L'Annonce aux bergers
Peinture murale attribuée à Nicolas Chaperon, élève de Simon Vouet.
Chapelle Saint-Vincent-de-Paul et Louise-de-Marillac.

La Nativité, détail : le roi David et saint Jean-Baptiste. ---»»»
Voûte de la chapelle Saint-Vincent-de-Paul et Louise-de-Marillac.


La Cène
Jules Quantin, 1847
Chapelle Saint-Jean-l'Évangéliste.

Saint Vincent de Paul relevant un mendiant
Pierre-Nicolas Brisset, 1858.
Chapelle Saint-Vincent-de-Paul et Louise-de-Marillac.

La chapelle Saint-Vincent-de-Paul et Louise-de-Marillac
et son retable.

Le déambulatoire nord et ses deux collatéraux.
Au fond, la chapelle des Catéchismes.

La Nativité
Voûte de la chapelle Saint-Vincent-de-Paul et Louise-de-Marillac.
Peinture parfois attribuée à Simon Vouet ou à son école.

Triptyque de la Passion
Chapelle Saint-Vincent-de-Paul et Louise-de-Marillac.
  À gauche : Portement de croix d'après Rubens,
Au centre : Calvaire de l'École flamande du début du XVIe siècle,
À droite : Descente de croix d'après Rubens.

Suite de piles monocylindriques lisses dans le déambulatoire nord.

Chapelle Saint-Jean-Baptiste
avec la statue du curé d'Ars de Pascal Boureille.

Statue de saint Jean-Baptiste
Chapelle Saint-Jean-Baptiste.

Le curé d'Ars, détail.
Statue de Pascal Boureille.
Chapelle Saint-Jean-Baptiste

«««--- Hérodiade recevant la tête de saint Jean
Sébastien-Louis-Guillaume Norblin, vers 1849.
Chapelle Saint-Jean-Baptiste.


Documentation : «Les églises de Paris, Paris et la Seine», Letouzey et Ané, 1933
+ «Les églises flamboyantes de Paris», Agnés Bos, éditions Picard, 2003
«Une capitale flamboyante», Étienne Hamon, éditions Picard, 2011
+ «L'église Saint-Nicolas-des-champs à Paris» de Michel Dargaud, étude historique et archéologique, 1975
+ «Paris d'église en église», Massin éditeur, 2007
+ «Dictionnaire des églises de France», Robert Laffont, 1966
+ dépliant disponible dans l'église.
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